To The Max !

To the max ! (Crédits : H16, licence Creative Commons)

Plus on avance dans ce quinquennat, plus on a de mal à lire la stratégie gouvernementale et présidentielle et plus on en vient à se demander si elle a seulement existé.

Plus on avance dans ce quinquennat, plus on a de mal à lire la stratégie gouvernementale et présidentielle et plus on en vient à se demander si elle a seulement existé. Cependant, avec l’actualité, une tendance consternante se dégage : tout se passe comme si la République avait abandonnée son “Liberté, Égalité, Fraternité” pour passer à un slogan plus commercial, du type “Tout, deux fois, avec beaucoup de sauce” ou, plus simplement, To The Max !

On pourrait, par exemple, prendre le cas Woerth.

Ayant commis l’irréparable en s’attaquant à deux monstres à la fois, le pauvre écuyer du roy se fait gentiment mettre en pièce ; quelle idée de s’en prendre, de front, au système bancaire suisse en divulguant, sans vergogne, des informations obtenues frauduleusement pour le compte du fisc ! Si, pour les Français, le bon vin touche au sacré, il en va de même avec le secret bancaire pour les Suisses. L’affaire Bettencourt, qui n’en finit pas de fuiter de tous les côtés, est la réponse évidente du berger à la bergère.

Et comme la Nouvelle République Française, c’est To The Max, il aura fallu qu’en plus d’une bataille de petits Suisses, Woerth s’attaque à l’épineux problème des retraites, qui aura constitué le faible et unique catalyseur d’une gauche et des syndicats qui attendaient désespérément un sujet, n’importe lequel, pour se refaire une santé.

A présent, le Président choisira d’essorer son ministre jusqu’au bout, To The Max, et une démission lui sera cordialement refusée tant elle apparaîtrait comme un abandon en rase campagne d’une réformichette mal boutiquée portée à bout de bras par une présidence elle aussi coincée sur Mélange Plein Riche alors qu’en trois ans, on n’a pas décoincé du taxi sur une piste de plus en plus cabossée.

On pourrait écrire des douzaines de billets sur les rebondissements de ces affaires, et ce qui passe pour une réforme des retraites a déjà fait verser beaucoup d’octets à droite ou à gauche : en soi, cela constituerait déjà une bonne preuve de cette tendance pour ceux qui nous gouvernent actuellement à tout vouloir faire, n’importe comment, sans réfléchir, deux fois si besoin, en agitant les bras bien haut pour montrer qu’on produit des litres de sueur … à agiter les bras bien haut.

Mais non.

Quand je vous dis, “To The Max”, c’est vraiment au bout du bout du maximum à fond.

République Française : to the max !

Si Woerth tente de faire la une en accumulant les fronts de combat, pendant ce temps, les mousquetaires de la distribution de migraines (Hortefeux, Besson et Estrosi) ne restent pas tranquillement à l’écart : ils empilent idioties sur maladresses, actions ridicules sur déclarations bouleversantes dans ce qu’elles montrent leur inculture crasse des bases mêmes de leurs fonctions.

Dernièrement, c’est la “découverte” de la circulaire qui demande explicitement que soient expulsés, en priorité, les Roms :

«300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms».

Qu’ils s’imaginent que ce soit légal est déjà, à la base, particulièrement gratiné en matière d’ineptie.

Qu’ils en parlent ouvertement, leur petit museau humide reniflant gentiment les gros micros mous tendus par des journalistes retors en mal d’inspiration et pour les exciter, c’est encore plus sot : penser des conneries, c’est le lot commun de tout le monde, mais la société perdure parce que, justement, les gens se restreignent et ne sortent pas systématiquement toutes les idées navrantes qui leur passent par le bulbe. Apparemment, le politicien, opéré de la honte dès le plus jeune âge, ne se limite donc pas.

Mais qu’ils l’écrivent ainsi sur une circulaire à faire appliquer, là, on dépasse l’entendement. Et là encore, la seule explication qui tienne la route est qu’on a délibérément choisi une nouvelle voie pour la Vème République, celle du To The Max.

On pensait avoir atteint les limites, l’extrême bout après lequel, pouf, il n’y a plus rien, que dévastation, pleurs et maux de tête ?

Que nenni ! Chaque jour qui passe, de nouvelles portes s’ouvrent, que dis-je, volent en éclats, de nouvelles frontières sont dépassées ou d’autres, aussi stupides qu’aléatoires, sont posées, de grands projets remplis d’air chaud et de petits ballons festifs se dessinent à grand frais payés par un contribuable dont chaque orifice a été ouvert aux forceps pour y faire rentrer des semi-remorques d’idées lumineuses en marche arrière.

Ainsi, alors que le pays croule déjà sous des taxes, que chaque semaine qui passe est une ode à la Comptabilité Administrative Créative et Triomphante, la symphonie fiscale monte crescendo entraînée par un chef d’orchestre dont le passé journalistique donne une bonne idée des capacités.

J’avais déjà mentionné dans ces colonnes que la prochaine cible de Bercy serait le bas de laine des Français, et ça n’a pas loupé. A présent, histoire de varier les plaisirs, ce sont les intéressements et participations qu’on va accrocher au tableau de chasse des industriels de la ponction fiscale.

On passera ainsi de 4% actuellement à 6% (soit 400 millions de plus pour la Sécu, mais qui ne suffiront pas à combler l’éternel trou). Côté Cour des Comptes, on aurait souhaité un petit 19% (oui oui, un taux multiplié par presque 5).

To the max, que je vous dis.

Ineptitude

Tout ceci s’inscrit donc dans une vraie tendance de fond qui consiste, chacun l’aura deviné, à améliorer le sort des français ! Plus de taxes, plus d’affaires, plus d’agitations cosmétiques, plus de lois, plus de circulaires écrites par plus d’imbéciles pontifiants, tout ça, c’est du bonheur présent et futur pour chaque citoyen du pays, c’est de l’Amour Étatique à sucer longuement en regardant sa télé.

En plus, le résultat est déjà visible : la reprise est là, le chômage chute, les banques françaises sont en bon état et ne recapitalisent pas, Bâle III, c’est in the pocket (to the max).

Tiens, outre Rhin, la Deutsche Bank ne partage pas cet optimisme.

Tiens, la BCE ne se sent pas à l’aise avec les dettes croissantes des plus gros pays de la zone Euro.

Bah. Ce n’est pas grave : s’il y a un nouveau coup de vent sur les marchés, nous savons déjà ce que nos gouvernants se diront.

To The Max !