Ottawa creuse son trou

Coup de pelle à droite, coupe de pelle à gauche… c’est pas long qu’on se retrouve au fond d’un trou

On aime bien taper sur le gouvernement du Québec dans cette chronique, particulièrement sur sa gestion discutable des fonds publics. Mais n’oublions pas qu’au fédéral aussi, on gaspille. Et on a aussi beaucoup, beaucoup de misère à réduire les dépenses.

Dans un rapport publié jeudi sur le site du Bureau du directeur parlementaire du budget, Kevin Page — en quelque sorte le « chien de garde » officiel des contribuables canadiens —, celui-ci partage des constats plutôt décourageants.

Pas de plan

Dans son dernier budget, le gouvernement Harper avait promis un ensemble de mesures budgétaires, dont le gel des dépenses de fonctionnement des ministères au niveau de 2010-2011. Et ce, pour les deux années suivantes. Le but : économiser 6,8 milliards sur cinq ans.

Sauf que les coûts relatifs au personnel (principalement les salaires), qui représentent environ les deux tiers de ces dépenses de fonctionnement, ont grimpé de 8,3% par année depuis cinq ans, selon le rapport de M. Page. Et comme les ententes syndicales prévoient des hausses de salaire d’environ 5,3% sur trois ans, il faudra réduire le nombre de fonctionnaires dans plusieurs ministères et organismes si on veut équilibrer le budget un jour.

Comment ? On ne le sait pas. Et c’est ça le problème. Le bureau de M. Page a demandé à 10 organismes et ministères s’ils avaient un plan de ressources humaines pour atteindre leurs objectifs. Un seul avait un plan, Ressources humaines et Développement des compétences Canada (tiens donc !) Deux organismes, le Service correctionnel du Canada et la GRC, n’ont même pas daigné répondre à M. Page.

Ensemble, ces 10 organisations disent qu’elles vont couper 1.000 postes à temps plein « à moyen terme ». Le président du Conseil du Trésor s’attendait plutôt à 11.000… seulement cette année.

Ce n’est pas une si grande ville, Ottawa. Est-ce qu’on se parle dans ces tours d’ivoire ?

Gauche-droite, gauche-droite…

On trouve ça loin, le fédéral. Un peu abstrait. Mais regardez votre dernier chèque de paye. C’est tout près. Ça vient de vos poches. Il faut les avoir à l’œil, eux aussi.

Surtout qu’au moment où j’écris ces lignes, la dette du fédéral s’élève à $555,7 milliards, selon le compteur de la Fédération canadienne des contribuables (CTF), affiché sur leur site web. Elle grimpe de $124 millions chaque jour. Le temps de lire cette chronique, plus de $600.000 viendront alourdir le boulet de nos enfants.

Ce gouvernement est loin de montrer l’exemple en finances publiques. Avant que Stephen Harper prenne le pouvoir, les libéraux collectionnaient les budgets équilibrés. Cette année, le ministre des Finances prévoit un déficit de plus de $50 milliards, et des déficits annuels jusqu’en 2014.

Oui, il y a eu une (courte) récession au Canada. Mais c’est aussi ce qui arrive quand on essaie de gouverner à droite et à gauche en même temps. Les « plans de relance », les sauvetages d’entreprises comme GM, les subventions à n’en plus finir, tout ça coûte cher. En même temps, les conservateurs ont réduit la TPS, l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les profits des entreprises. Coup de pelle à droite, coupe de pelle à gauche… c’est pas long qu’on se retrouve au fond d’un trou.

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