Super Mario, prochain patron de la BCE ?

Le prochain patron de la BCE sera probablement Mario Draghi. Lorsqu’on découvre son parcours, on est en droit de frémir.

Super Mario, prochain patron de la BCE ?

Youpi ! Comme vous le savez déjà (si, si, je sais que vous compulsez attentivement tous les statuts des grandes institutions internationales), Jean-Claude Trichet finit son mandat à la BCE en octobre. Et qui est pressenti pour le remplacer ? Super Mario ! Ça tombe à pic, on avait bien besoin d’un plombier pour réparer la finance européenne.

Il circule en effet dans les couloirs feutrés des institutions européennes le nom de Mario Draghi comme prétendant au remplacement de Trichet qui nous quitte dans les prochains mois. Il faut s’y résoudre : cela fait 8 ans que Jean-Claude officie aux commandes de la Banque Centrale Européenne, et, comme tous ces postes importants où l’on gagne beaucoup d’argent à en dépenser énormément dans la décontraction de ceux qui n’ont finalement de compte à rendre à personne, cela fatigue.

Eh oui : notre JC national a choisi de prendre une retraite bien méritée, ce qui lui donnera l’occasion de bien se nettoyer les mains des multiples taches d’encre que sa petite Epson couleur aura produite lors de son impression frénétique des milliers de milliards d’euros.

Pour lui succéder, il fallait quelqu’un qui ait une bonne connaissance des mécanismes de base de la bidouille financière, qui aime tendrement l’inflation, dont la morale et le bon sens économique soient suffisamment souples pour s’accorder avec les impérieuses nécessités des dirigeants des pays qui ont actuellement quelques épieus dans l’arrière-train, en bref, quelqu’un qui soit à peu près à l’opposé de ce que l’orthodoxie allemande commanderait pour sauver le bazar.

Au départ, les Allemands, justement, envisageaient assez fermement d’installer un des leurs au poste convoité d’imprimeur officiel d’assignats européens : Axel Weber, ancien patron de la Bundesbank, et assez carré dans sa façon de procéder (inflation réduite, nécessaire retour aux critères de Maastricht, bonne tenue des budgets et maîtrise des taux directeurs).

Manque de bol, ce dernier n’est donc plus dans la course. L’Italien Mario Draghi, que personne ne considérait comme un challenger solide jusqu’alors, se retrouve donc naturellement en bonne place.

Et mardi dernier, profitant de son passage à Rome au départ destiné à bousiller les accords de Schengen, Sarkozy s’est déclaré favorable à la candidature italienne pour la BCE. Joli coup double du Président français : en une seule journée, il sera parvenu à amoindrir de façon sensible l’idée même de l’Europe, un des rares éléments qui fonctionnent vraiment (la liberté de circulation) tout en fusillant l’espoir pour des millions d’Européens d’une sortie de crise financière par le haut.

Nous avions le choix entre la rigueur ou l’inflation. Nous aurons l’une et l’autre. En effet, le parcours du bonhomme ne laisse guère de doute; Mario Draghi dispose de lettres de recommandations qui font frémir.

Mario à la BCE, ça va donner !

D’abord, il est passé par Goldman Sachs, formerly known as The Devil’s Bank, dont l’implication dans l’ensemble du foutoir des subprimes et du foreclosuregate n’est plus un secret pour personne. Draghi fut le directeur de la branche européenne du conglomérat entre 2002 et 2005.

Vous avez la pétoche ? Ce n’est rien à côté du reste.

Il préside en effet, actuellement, le FSB (non, pas le truc secret russe, mais le Financial Stability Board, ou Conseil de stabilité financière en mauvais français) ; c’est un organisme, créé en 2009 lors d’un G20, qui se charge de filer de pertinents conseils aux différentes institutions et pays en plein milieu de la crise financière. Son historique est jalonné de succès vibrants comme … comme … Bref, plein de succès. Comme on s’en doute, ce Conseil brille par son utilité.

Et puis, un italien de 64 ans, vif comme un jeune winner, qui a connu la Lire Italienne du temps de sa splendeur et qui a su s’accommoder d’une inflation trottinante, n’aura aucun mal à gérer le changement rapide de cartouches couleurs pour la petite jet-d’encre qu’il va faire fonctionner en cadence rythmée, ni à trouver des idées diaboliques prodigieuses pour sauver l’Europe, comme par exemple l’utilisation de contrats de dérivés de gré à gré…

Oui oui, contrats dérivés, vous avez bien lu : comme vous en convaincra la rapide lecture de ce petit document (dont l’auteur est, justement, Super Mario), on a à faire à un joyeux loustic qui n’a pas hésité à toujours nier toute implication dans les bidouilles rocambolesques des comptes grecs alors qu’il était patron, au moment opportun, de la banque d’affaires qui a justement aidé l’état grec dans ses montages financiers « alternatifs ».

On retrouve ici l’attitude délicieuse de ces autres banquiers de Wall Street, détachés de toute responsabilité, qui ont amené l’ensemble de l’édifice au bord du précipice. Je me pose là encore la question : se moquerait-on gentiment de mon visage ? D’autres se sont posés cette question, au sujet de Draghi, mais essentiellement, tout se résume à : quelle confiance peut-on avoir en un type qui a joué des deux côtés de la balance et toujours à son profit personnel ?

En tout cas, l’avenir promet d’être frétillant, les enfants !

Et on peut être sûr de voir le gentil Mario courir d’un robinet de billets à l’autre pour les « réparer », sauter de fonds en fonds pour « éviter » la noyade d’un pays ou d’un autre, refermer des vannes par-ci, des tuyaux par-là (ou les ouvrir un petit peu, hein, des fois que…)

Croyez moi, ce sera à la fois ludique et enrichissant (pour lui) !

Ne boudons pas notre plaisir ! Après tout, c’est avec notre argent.
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