Nos ancêtres les Monomotapas

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Nos ancêtres les Monomotapas

Publié le 30 juin 2011
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Nos ancêtres les Monomotapas

Les lecteurs réguliers l’auront noté : le libéral qui sommeille en moi s’éveille parfois à l’évocation de l’instruction des jeunes cerveaux confiés à la République. Il m’arrive en effet, à ce sujet, de m’emporter un tantinet et je vais jusqu’à prétendre que l’Edulcoration Nationale s’emploierait à véritablement pourrir la tête des générations montantes avec plein de concepts clairement orientés pro-sociale-démocratie dégoulinante. On m’a souvent dit que j’exagère… En fait, même pas.

C’est grâce à l’un de mes lecteurs qu’a été portée à mon attention la récente chronique d’Ivan Rioufol.

Soyons bien clair : je n’en suis pas un lecteur ni assidu, ni habituel, ni même occasionnel. En gros, les journalistes chroniqueurs ne déclenchent en général aucun enthousiasme, et très rares sont ceux capables d’amener autre chose qu’un vague sentiment d’hébétude à la lecture de leurs inepties. Quelques uns échappent de peu à cette réaction et n’entraînent qu’un petit « bof » maussade. Rioufol doit en faire partie.

Mais cette fois-ci, dans son billet sur Borloo, en plus des quelques lignes qu’il consacre à l’autre leader du centre mou (par opposition au premier leader du centre mou, Bayrou), on (re)découvre que les aimables saboteurs en charge de l’instruction de nos enfants ont récemment fait entrer dans les programmes de 4ème l’étude des civilisations africaines du Monomotapa et du Songhaï, au détriment de Henri IV et de Louis XIV.

J’avais, en son temps, vaguement entendu parler de la nouvelle mais je n’ai pas pu m’empêcher de douter.

C’est tout de même un peu gros : faire ainsi sauter deux des rois de France les plus connus et les plus marquants pour les remplacer par deux empires africains, certes situés à la même période, ça me paraissait franchement sujet à caution. Normalement, c’est le genre de choix controversé qui provoque généralement, au moins pendant quelques jours, une petite polémique comme la France est capable d’en produire sur un peu tout et n’importe quoi.

Or, là, je ne me souvenais d’aucune joute majeure, impliquant une presse enflammée et des journalistes concernés (ou consternés) qui seraient montés au créneau, qui pour défendre les introductions de ces éléments dans les programmes, facteur de progrès, d’ouverture et de petits bisous douillets, qui pour s’élever avec véhémence contre cet assaut à la citoyenneté, l’idée d’une nation soudée autour d’une même histoire, que sais-je, bref, une bonne petite castagne.

Mais non, aucun souvenir.

Quelques recherches plus tard, j’ai effectivement retrouvé de petits articles expliquant l’affaire : les deux rois ne sont pas, à proprement parler, supprimés, mais simplement déplacés dans la chronologie en fin de 5ème (vers juin, par exemple) et le temps ainsi dégagé dans le programme de 4ème peut être alors consacré à ces piliers indispensable du savoir commun de tous les petits Européens. On imagine d’emblée le sérieux avec lequel les deux rois vont être étudiés…

Et l’ensemble de l’opération a été relayée dans la presse, assez discrètement, au milieu de juillet de l’année dernière, date à laquelle d’une part, j’avais autre chose à faire qu’à la lire, et où, d’autre part, des millions de Français ont fait la même chose que moi, à savoir s’en foutre.

C’était une erreur.

Education

Maintenant que l’année scolaire est passée, certains élèves ont donc eu le bonheur douteux d’avoir eu plusieurs chapitres d’Histoire consacrés à ces deux empires africains dont les liens avec la France de l’époque étaient … ténus, dirons-nous. Et à présent, une classe entière d’élèves n’aura qu’une très vague idée de ce que furent Henri IV et Louis XIV. C’est ballot.

Qu’on ne se méprenne pas : il y a très certainement beaucoup de choses à apprendre de ces empires. Mais avant d’aller voir ailleurs si l’on y est, il me semble urgent que l’Éducation Nationale apprenne les bases de l’histoire traditionnelle française aux élèves qui lui sont confiés.

De la même façon qu’attaquer les mathématiques par les théories ensemblistes a prouvé être assez contre-productif, et que faire passer du temps aux élèves sur les additions, soustractions, multiplications et divisions de base aura permis de produire des générations d’individus capables d’au moins réaliser les calculs de base pour s’en sortir dans la vie courante, expliquer, chronologiquement, les grandes étapes de la construction française en passant un peu de temps sur les rois qui ont fait date donne quelques repères essentiels pour comprendre le pays dans lequel on vit.

Mine de rien, ne pas passer pour un flan lorsqu’on parle du Roi Soleil sans citer son nom, cela peut servir.

Mais non : pour de pures raisons idéologiques, on propulse l’élève dans le champs d’autres possibles où il faut s’ouvrir à l’autre, à toutes les histoires alternatives, aux vérités singulières et nécessaires dans leur altérité (comme aiment à dire les pédagos) et youplaboum.

J’écris « pures raisons idéologiques » parce qu’absolument rien ne justifie qu’on ajoute ces notions au programme d’histoire. Une chose assez phénoménale avec le passé, c’est qu’il ne bougera plus trop. Certes, certains s’emploient tous les jours à le modifier pour mieux contrôler le présent (on le voit ici), mais ces gesticulations ne doivent pas faire oublier que non, ce que nos aïeux apprenaient, ce que nos parents apprirent, ce que j’ai moi-même appris, non, ça n’est pas démodé, vieillot, inapproprié, décalé, renfermé ou que sais-je.

C’est la base. Et c’est sur une base solide qu’on construit ensuite un savoir cohérent. Les précédentes générations ont pu mesurer combien ces bases sont nécessaires, tant pour se construire une identité que, tout simplement, pour construire une société dont les individus puissent continuer à se parler le même langage.

Mais cette base, on n’en veut plus. Jugée probablement réactionnaire, poussiéreuse ou pas assez interactive pour les gentils mickeys qui font de la présence en cours, on va l’adapter, la casser en petits morceaux faciles à digérer, ludiques, et qui s’inscrit dans la découverte des autres, patati, patata.

Du parfait bourrage de crâne de citoyen, festif, ouvert et vaguement au courant de ce qui se passait à 2500 kilomètres de chez lui il y a 600 ans et ignorant des histoires qui ont façonné l’endroit où il vit.

Et non, je n’exagère plus en disant que toute l’Edulcoration Nationale en est réduite à cette approximation du savoir par cercles concentriques de plus en plus larges et vagues.

HADOPI, la créature d'aujourd'hui

À présent, il ne s’agit même plus de camoufler l’Histoire de France, franchement chiante et pas du tout ouverte sur les zôtres. Non, ça, c’était l’année dernière. Maintenant, il s’agit d’expliquer ouvertement comment les jeunes doivent penser en ce qui concerne le téléchargement.

Et au moins, c’est simple et facile à retenir : le téléchargement, c’est mal. HADOPI, c’est la soluce.

Voilà, maintenant, Théo, Chloé, Léa et Hugo, il va falloir cocher la case « HADOPI » quand on vous demande « qui appeler lorsque Papa télécharge illégalement » et souligner le mot « droit d’auteur » pour en discuter avec ton voisin.
—-
Sur le web

Voir les commentaires (13)

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  • Eric Brunet, sur RMC, en a également parlé il y a une quinzaine de jours environ.

  • praxéologie au Bac!

  • Evidemment, Louis XIV et Henri IV sont 2 rois de frances extrêmement important a connaitre pour comprendre l’Histoire de France.

    Mais personellement, au cours de mes études (c’est récent) j’ai toujours regretté qu’on ne s’interesse pas plus a l’histoire du monde et des différentes civilisations, et que les programme, au cours de 12 années de cursus, consiste qu’a rabâcher la même histoire de France, plus ou moins détaillée selon le niveau d’étude auquel on se trouve.

    Au final, même si la plupart des étudiants ne retiennent pas vraiment leurs cours d’histoire, l’histoire de France on la voit quand même en long en large et en travers, mais on a pas beaucoup d’informations sur le contexte mondial.

    Plutôt qu’un énième chapitre d’auto-flagellation sur la colonisation, de la glorification de la Révolution, ou de lamentations sur les guerres mondiales, j’aurais en effet préféré avoir de temps a autre un chapitre sur l’empire chinois, l’inde, l’empire de Songhai, etc. et sans aller aussi loin, de l’italie, de la germanie, de l’angleterre …

    Y’a un truc qui m’avait frappé a l’époque, c’est que sur toutes les cartes d’histoires sur une très longue période, juste a coté de la france se trouve, le Saint Empire Germanique. A aucun moment on a appris ce qu’était cet étrange pays, qui pourtant était juste a nos portes. Et c’était très dur de comprendre la guerre de 100 ans, si on avait jamais entendu parler du Royaume d’angleterre auparavant.

    • Effectivement, c’est pénible de revoir toujours la même chose, mais comme ceux qui n’ont rien appris passent quand même en classe superieure, il est nécessaire de revoir ce qui n’est pas acquis.

  • L’enseignement de l’histoire est une catastrophe : les dates sont supprimées. Comment, faire apprendre des chiffres à des enfants non matheux !, Mais c’est une source d’inégalité !!!!
    Résultat, les étudiants et les adultes plus tard n’ont plus aucun repère…

  • H16 : « Mais non : pour de pures raisons idéologiques, on propulse l’élève dans le champs d’autres possibles où il faut s’ouvrir à l’autre, à toutes les histoires alternatives, aux vérités singulières et nécessaires dans leur altérité (comme aiment à dire les pédagos) et youplaboum. »

    Je ne suis pas sûr justement. Je pense qu’il faut tenir compte du fait que de plus en plus d’enfants sont originaires des zones géographiques où se sont développés ces empires et qu’il y a peut-être une demande en ce sens. Il est difficile de déterminer dans quelle mesure ces changements de programme obéissent à une pression communautariste.

    Dans un système éducatif libéral, il est vraisemblable que les programmes d’histoire seraient assez différents en fonction de l’origine des enfants et des choix éducatifs des parents (ce qui ne réglerait pas nécessairement la question de la difficulté à cohabiter intelligemment).

    • Oui, dans un système libéral, les programmes seraient un peu différents et les parents choisiraient.

      Mais je ne suis pas sûr qu’ils intégreraient tant que ça de différences, compte tenu des besoins finaux : intégrer les enfants pour qu’ils puissent travailler et donc échanger des valeurs culturelles communes…

      Maintenant, dans le cas courant qui nous occupe, la pression existe peut-être, mais j’ai nettement l’impression qu’elle vient d’en haut plutôt que des parents.

      • « Mais je ne suis pas sûr qu’ils intégreraient tant que ça de différences, compte tenu des besoins finaux : intégrer les enfants pour qu’ils puissent travailler et donc échanger des valeurs culturelles communes… »

        Vous ne pensez pas que la ‘richesse’, et le rôle social que jouent les parents dans la création de celle-ci peuvent diverger selon la naissance, et donc leurs besoins finaux peuvent varier de même ?
        La rhétorique de ‘classe’ ne me plait pas forcément, car elle n’est qu’une abstraction, mais une abstraction d’un regroupement social en fonction de la richesse réel et naturel (on se regroupe plus facilement avec ceux qui nous ressemblent)

        J’ai des doutes sur ce besoin d’échanger des valeurs culturelles communes pour travailler…
        (ou du moins que ces valeurs soient nécessairement humanistes, ce que je préfèrerais.)

  • A partir du moment où les savoirs fondamentaux ne sont plus enseignés, les enfants dont les parents ont les moyens financiers, intellectuels ou culturels de leur transmettre eux-mêmes ces savoirs obtiennent un avantage incomparable sur les autres.

    L’éducation nationale n’est plus qu’une immense fabrique à discriminations dont il faut se débarrasser le plus rapidement possible par une privatisation systématique.

  • l’enseignement de la géographie aussi est devenu sympa ! une matière qui donne des rudiements quant la géographie, la démograpohie, l’économie de grands pays ou de régions du monde est quand même utile pour ne pas passer pour un con, développer quelque curiosité pour le monde extérieur, et accessoirement si on maîtrise une langue étrangère ( hu hu hu ) pour pouvoir s’exporter … là aussi pari réussi : on est passé des fleuves-et-affluents-et-sous-préfectures un peu rigides et plus hyper-utile à … ben rien, que dalle, pas une capitale étrangère, aucune idée du nombre d’habitants d’un pays comme le Brésil, des ressources de la Russie …. et aucune langue étrangère à part l’occitan et le basque !

  • Les commentaires sont fermés.

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