Jacques Maritain, le Philosophe Thomiste

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Jacques Maritain, le Philosophe Thomiste

Publié le 1 avril 2012
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Philosophe inspiré par Saint Thomas d’Aquin, Jacques  Maritain rejoint la pensée libérale – à laquelle il se ralliera volontiers dans ses dernières œuvres : pour lui, les hommes jouissent de droits inviolables, qui lui permettent de vivre dans la dignité, en respect de sa nature.

Un article de l’aleps.

Jacques Maritain (1882-1973) est considéré comme le philosophe du XXème siècle le plus inspiré par Saint Thomas d’Aquin. Même si la tradition thomiste n’avait jamais été abandonnée dans la pensée catholique, la scolastique avait été la grande oubliée de la reconstruction de la science philosophique au début du siècle. Se référer à Aristote et Saint Thomas, c’était s’éloigner des deux tendances « modernes » majeures : le scientisme matérialiste négateur de l’être humain et la phénoménologie centrée sur l’évolution de l’être humain.

Or, Aristote inspirateur de Saint Thomas (influencé aussi par Avicène) a eu pour dessein de situer l’être humain dans un ordre naturel, lui-même ordonné. C’est la place de l’homme dans l’ordre général qui doit retenir l’attention du philosophe. Le thomisme introduit cependant un progrès décisif dans cette approche aristotélicienne : l’ordre naturel n’est ni immuable ni immanent : il est dynamique, résultat permanent de la recherche par les hommes de la perfection, recherche éclairée par la révélation et la grâce de Dieu. L’être humain ne saurait donc trouver son plein épanouissement que dans sa quête de Dieu.

Droit naturel et droits naturels

La démarche personnelle de l’être humain s’inscrit dans un cadre institutionnel, fait essentiellement de règles de vie en commun qui se ramènent à autant de droits naturels. Ici Maritain rejoint la pensée libérale – à laquelle il se ralliera volontiers dans ses dernières œuvres : les hommes jouissent de droits inviolables, qui lui permettent de vivre dans la dignité, en respect de sa nature. Mais la liste et le contenu de ces droits ne sont pas seulement ceux du Décalogue, ils s’inscrivent aussi dans les institutions, dans le droit positif, de sorte que les droits naturels existants sont en fait le résultat d’une dialectique incessante, d’un échange concret, entre le droit divin et le droit positif (les règles « posées » par les hommes). Pour Maritain, aucun doute : c’est la convergence vers le droit naturel qui explique l’évolution des institutions.

La politique, anti-chambre du totalitarisme

Jacques Maritain a été quelque temps séduit par les idées de Charles Maurras et de l’Action Française, qui dans les années 1920 enflammaient les jeunes catholiques conservateurs, défenseurs de l’ordre moral contre les assauts du laïcisme républicain, et partisans d’un régime de monarchie absolue. Ils voulaient mettre la politique au service de la religion, elle-même au service de la nation. « Politique d’abord » : disait Maurras. Maritain voit venir le danger de l’absolutisme : « Les deux concepts de Souveraineté et d’Absolutisme ont été forgés sur la même enclume. Ils doivent être ensemble mis au rebut ».

Dès lors il mènera le plus lucide et le plus courageux des combats contre l’État et le totalitarisme, sous toutes ses formes. Il lutte contre l’anti-sémitisme, non pas seulement parce qu’il partage un amour sans faille avec sa femme Raissa Oumançoff, juive ukrainienne qui a été convertie et baptisée le même jour que lui, mais aussi parce que le totalitarisme réduit l’homme au rang d’esclave. Comme Hayek, il a montré la parfaite identité entre le nazisme et le communisme. Vivant aux États-Unis, Maritain va plaider en Amérique Latine la cause de la démocratie et il aura une influence considérable.

Agir en chrétien

Pour éradiquer le totalitarisme, l’appel à la politique ne convient pas, puisque le totalitarisme naît de l’inévitable dérive du pouvoir, y compris quand le pouvoir se veut défenseur des valeurs spirituelles. La vraie réponse au totalitarisme c’est le comportement chrétien, qui est avant tout un comportement d’amour. Dans une lettre à Cocteau, Maritain écrit :

Il y a si peu d’amour dans le monde, les cœurs sont si froids, si gelés, même chez ceux qui ont raison, les seuls qui pourraient aider les autres. Il faut avoir l’esprit dur et le cœur doux. Sans compter les esprits mous au cœur sec, le monde n’est presque fait que d’esprits durs au cœur sec et de cœurs doux à l’esprit mou.

Il opère ainsi une distinction entre « l’action en tant que chrétien », simple respect des préceptes religieux, et « l’action en chrétien » ; qui implique un engagement personnel dans l’amour et le service des autres. Maritain propose ainsi une convergence entre les idées de la liberté et le message évangélique : une route semée d’étoiles…

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