Idée reçue : le libéralisme, un « laissez-faire » immoral ?

Contrepoints vous propose de découvrir à travers le Dictionnaire du libéralisme une réponse aux lieux communs sur le libéralisme.
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Idée reçue : le libéralisme, un « laissez-faire » immoral ?

Publié le 30 juin 2012
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Contrepoints vous propose de découvrir sur plusieurs jours l’introduction au Dictionnaire du libéralisme sorti récemment. Conçue comme une réponse aux lieux communs sur le libéralisme, elle vous permettra d’avoir l’ensemble des arguments sur ces préjugés si courants !

Par Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman. Publié en collaboration avec l’Institut Coppet.

Le « laissez-faire, laissez-passer » des libéraux à partir du XVIIIe siècle est souvent honni et rendu par un « laisser-faire » sous la plume de ceux qui le rejettent. Les « économistes » du siècle des Lumières priaient les monarques absolus de laisser, dans l’intérêt de tous, la libre initiative aux individus et, contre le mercantilisme et le protectionnisme, d’ouvrir les frontières pour laisser les hommes commercer librement. La critique s’est ensuite déplacée : le « laisser-faire » définit un libéralisme moral d’autant plus inacceptable, particulièrement aux yeux des conservateurs, qu’il aboutirait, pour ses détracteurs, à une dilution des mœurs et, en dernier ressort, à un relativisme généralisé. Le libéralisme se caractériserait par la volonté de puissance sans borne d’un individu libre de s’affranchir de Dieu, de s’autodétruire, de flatter les plus vils instincts, de commercer de tout jusqu’aux êtres et aux choses les plus immondes. Le libéralisme ne serait pas seulement l’amoralisme du marché, mais un immoralisme complet avec une autonomie de la volonté poussée à son point culminant et dont l’illustration extrême serait le droit de consentir à son propre esclavage.

Raymond Aron avait distingué en 1969 la liberté libérale de la liberté libertaire, prônée par la « nouvelle gauche » dans le contexte de l’après mai 1968. Ce n’est pas parce que les libéraux ont attaché leur nom à la liberté de l’individu qu’ils acceptent un quelconque relativisme moral. Ils refusent simplement toute morale qui serait imposée par une autorité, fût-elle démocratiquement élue. Aron exprimait parfaitement cette idée lorsqu’il écrivait que l’ordre libéral laissait à chacun « la charge de trouver, dans la liberté, le sens de sa vie ». L’individu est apte à se forger le destin qu’il s’est choisi et à rechercher son bonheur, ainsi que le proclamaient les révolutionnaires américains de 1776. Il faut, remarque Hayek en 1960, un certain degré d’humilité pour laisser les autres effectuer cette recherche à leur guise. Le libéralisme attache son nom à la tolérance et il ne saurait empêcher que certains soient relativistes. Il sépare soigneusement la sphère du Droit de celle de la morale, limitée aux seules consciences individuelles, afin d’éviter tout contrôle social sur l’individu et tout moralisme, afin de décharger l’individu du poids des autorités morales, politiques et religieuses. Les valeurs qui fondent une « société » proviennent du libre choix des individus, lesquels ne sont pas autorisés à faire n’importe quoi puisque les droits qui leur sont irrévocablement attachés sont aussi les droits d’autrui qu’ils se doivent de respecter. En effet, l’individu ne détient pas une volonté illimitée et la liberté ne se définit pas comme celle de tout faire. Mais la liberté n’est pas celle de faire simplement ce que les lois permettent, ainsi que le pensait Montesquieu. La liberté, écrit Constant, c’est ce que l’individu a le droit de faire et ce que la société n’a pas le droit d’empêcher.

Au surplus, les libéraux défendent le caractère profondément moral du capitalisme. Par la liberté qu’elle suppose, la propriété, par définition privée, implique la responsabilité parce que les coûts des actions et des absences d’action pèsent sur des personnes bien déterminées. Aussi seule la reconnaissance précise des droits de propriété permet-elle d’attribuer à chacun la responsabilité de ses oeuvres, tandis qu’en présence d’une propriété dite publique, les coûts sont collectifs mais les gains privés. Fondé sur le respect des contrats, de l’échange et des droits de propriété, le capitalisme reconnaît l’appropriation du profit par ceux qui l’ont créé et en ce sens il se conçoit comme le seul système qui ait un fondement moral. Ainsi que l’écrit Hayek en 1961, la liberté est la matrice d’où procèdent les valeurs morales : c’est seulement là où l’individu a le choix qu’il a l’occasion d’affirmer des valeurs existantes, de contribuer à leur croissance et de s’adjuger du mérite.

Enfin, les adversaires du libéralisme ne se lassent pas d’insister sur son matérialisme, puisque chaque individu est préoccupé par ses petits intérêts égoïstes au détriment de tous les autres, de l’intérêt général et de l’altruisme. Pour usuelle qu’elle soit, cette critique est doublement reprochable. En premier lieu, le libéralisme ne refuse par la fraternité et l’altruisme. Il n’accepte pas la fraternité légale, celle qui est imposée par l’Etat-providence, d’une part parce qu’elle détruit la liberté en transformant les individus en assistés par le « doux despotisme » de l’« Etat-nounou », d’autre part parce qu’elle supprime la seule véritable fraternité qu’est la fraternité spontanée. En second lieu, le libéralisme ne magnifie par l’argent en tant que tel. Il constate simplement que la monnaie a été un magnifique moyen pour l’homme de survivre, progressivement de se civiliser, enfin de prospérer et qu’elle l’a autorisé à remplir des fins qui, pour la plupart, n’étaient justement pas économiques. Mises écrit en 1927 que ce n’est pas par mépris pour les biens spirituels que le libéralisme ne s’occupe que du bien-être matériel de l’homme, mais parce qu’il ne cherche pas à créer autre chose que les conditions extérieures nécessaires au développement de la vie intérieure propre à chaque individu.

Les détracteurs du libéralisme n’ont pas manqué de fustiger l’individualisme, couramment qualifié de forcené. Les libéraux, eux, ont pu diverger sur le point de savoir si leur doctrine se définissait avant tout comme celle de l’individu ou celle de la liberté –  le libéralisme étant alors l’ordre qui laisse la plus large part possible à la liberté dans tous les domaines de la vie de l’homme -. Maints penseurs libéraux préfèrent concevoir le libéralisme comme un individualisme au motif que l’individu est logiquement premier. Philosophiquement, l’individualisme se définit comme le respect absolu de l’individu dont il fait la valeur suprême. En effet – les libéraux rejoignent ici l’interprétation commune de Kant -, l’homme ne saurait être un moyen : c’est une fin en soi. Toutefois, la diatribe de Tocqueville contre l’« individualisme » dans son second volume de De la démocratie en Amériqueparu en 1840, a été mal comprise. Il visait en réalité l’égoïsme du citoyen. A l’image de Constant, il rappelle certes que la liberté des Modernes consiste dans la jouissance de sa sphère privée, mais pour autant que l’individu ne doit pas s’y replier en oubliant la sphère publique. En effet, la liberté politique reste essentielle en ce sens qu’elle vient garantir la sphère privée.

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  • « Les valeurs qui fondent une « société » proviennent du libre choix des individus, lesquels ne sont pas autorisés à faire n’importe quoi puisque les droits qui leur sont irrévocablement attachés sont aussi les droits d’autrui qu’ils se doivent de respecter. »

    Mais comment faire adopter ce principe fondamental à la nature humaine qui n’est pas faite que de raison comme chacun sait ?

    • On ne peut pas.

      Ce qui tombe bien, c’est qu’on à pas besoin, c’est un fait. Les « valeurs d’une sociétés » sont bien celles des individus qui la composent.

      Quand à s’assurer que les droits d’autrui soit respectés, ça c’est le boulot de la justice.

      Que la nature humaine soit en partie irrationnelle est tout à fait vrai, mais, pour le coup, ça n’a aucun rapport avec le fromage.

      J’ai crut comprendre que vous préféreriez que quelques uns choisissent pour tout le monde. De la même manière, comment pensez-vous qu’il faille s’y prendre pour que tout le monde respecte les décision de quelques uns?

      C’est impossible, mais là vous en auriez besoin.

    • SI la question du droit se pose, c’est qu’il y a des individus qui le violent, c’est un fait, sinon on ne se poserait pas cette question. Si tout le monde était bienveillant envers tout le monde, la question du droit ne se poserait pas.

      Il est donc important de définir quels doivent être les règles à suivre, et celles qui sont universellement admises.

      Quand à savoir, qui doit faire appliquer ces règles, c’est une autre question.

      Car ceux qui prétendent que l’Etat doit tout réguler, sous prétexte que les hommes ne sont pas tous doués de raison, sont bien naïfs; car qui composent l’Etat, si ce n’est des hommes, et ceux-ci comme tous les hommes peuvent ne pas être bien intentionnés. Et en conséquence ils peuvent user du pouvoir immense de l’Etat, le monopole de la violence, comme le ferait un vulgaire bandit.

      Le libéralisme s’acharne à dénoncer toutes les injustices quelles que soient la forme qu’elles peuvent prendre, même si elles ont le consentement de l’Etat.

    • « Mais comment faire adopter ce principe fondamental à la nature humaine qui n’est pas faite que de raison comme chacun sait ? »
      ——————————-
      Bravo à Citoyen, en une seule phrase, il a trahi les deux travers typique des gauchistes, à l’insu de son plein gré : le penchant pour le totalitarisme (« faire adopter ») et le mépris pour les humains (« la nature humaine n’est pas faite que de raison »).

      • Dire du mal juste pour dire du mal. C’est pas du trollisme ça ?

        Ca va que votre commentaire reste politiquement correct sur Contrepoints. Sinon, qu’est-ce que vous auriez pris !

  • Un bon texte mais qui n’a rien à voir avec la réalité.
    Il suffit de lire certains textes et surtout les commentaires pour constater que le libéralisme c’est : « de flatter les plus vils instincts, de commercer de tout jusqu’aux êtres et aux choses les plus immondes», du moment que ça rapporte.
    Si on veut se faire entendre, il aurait fallu rendre cette encyclopédie en accès libre et gratuit. En dehors de bobos qui va l’acheter ?
    Je me suis retrouvée, un peu, dans ce texte car de nombreuses conditions que vous appelez libéralisme existaient dans les ex pays du bloc de Varsovie et en L’URSS. C’était encore au stade de la formation mais allait dans le bon sens. Un jour, les oligarques occidentaux sont arrivées et ont tout détruit ; ces faiseurs de révolutions !
    Pour les fanatisés qui me contrediront, pensez aux libyens que Kadhafi a commencé à tuer, pour se faire accuser, quand les américains l’ont décidé. Pareil en Syrie ou le régime, tout à coup, s’est mis à bombarder sa population, sûrement pour que les médias occidentaux puissent le raconter à leurs auditeurs, téléspectateurs idiots.
    Le libéralisme n’est ni de « gauche » ni de « droite » ni d’ailleurs sauf si ceux qui se disent des libéraux en décident autrement.
    La gauche, la droite et d’autres ont été inventés pour diviser les simplets.

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