Le Tea Party selon Arte

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Dans le reportage « Au cœur du Tea Party » diffusé mardi soir, Arte a présenté un portrait bien caricatural des membres du Tea Party.

Dans le reportage « Au cœur du Tea Party » diffusé mardi soir, Arte a présenté un portrait bien caricatural des membres du Tea Party.

Un article du Parisien libéral.

Après que Telerama ait caricaturé Ayn Rand la semaine dernière, y compris avec des jeux de mots acerbes (montée de Ayn… ), Arte dresse un portrait douteux du Tea Party !

Quand les médias de la gauche CSP+ française étudient le phénomène libéral [1] américain, les barrières sautent !

Il n’y a qu’à lire la présentation du reportage par Arte :

Rencontre avec les militants du Tea Party, qui constitue la droite du parti républicain.

Bienvenue à Nashville, capitale du Tennessee et coeur battant d’un mouvement qui veut tirer le parti républicain vers la droite. Qui sont ses militants ? Ben Cunningham se bat depuis des années contre les hausses d’impôts et pour la défense du droit de propriété tandis que Ken Marrero et sa femme préfèrent faire cours eux-mêmes à leurs enfants plutôt que de les envoyer à l’école publique. De leur côté, après le 11-Septembre, Tess Saint Clair et Ralph Weber ont acheté un camping-car pour se mettre à l’abri en cas de nouvelle attaque terroriste.

La voix des déçus
Américain blanc, de sexe masculin, âgé de 50 ans ou plus, ayant un emploi et appartenant à la classe moyenne : tel se présente le partisan lambda du Tea Party. Mais Astrid Schult a aussi rencontré de nombreux déçus de tous bords, qui ne font plus confiance à la classe politique pour améliorer leur vie et défendre leurs intérêts. Le mouvement, qui met au pinacle les valeurs traditionnelles et l’indépendance de l’échelon local vis-à-vis de Washington, séduit et élargit ainsi sa base. Pèsera-t-il dans l’élection présidentielle ?

Commençons par le commencement : « bienvenue à Nashville ». Tout d’abord, sur 61 représentants Tea Party du Congrès [2], seuls 2 viennent  du Tennessee. Pourquoi ne pas être allé au Texas ? Mystère. C’est un peu comme si, pour comprendre le FN, on interrogeait Arnatu (une élue FN au conseil régional d’Île de France) au lieu d’aller à Orange ou Vitrolles.

Continuons sur le bienvenue à Nashville. Le Tennessee est un État pauvre et rural. Pourquoi essayer de comprendre l’Amérique à partir de ce cas particulier où les démocrates et les républicains y sont aussi plus marqués par la réalité locale d’une histoire raciste, sudiste et sécessionniste ? Quand les journalistes américains débarquent pendant des émeutes dans une banlieue de Seine Saint-Denis et tirent des conclusions d’ordre général, les Français hurlent et ils ont raison. Arte ne se permet pas ce genre de précautions. Si Arte avait poussé son reportage jusqu’au bout, ils auraient vu que le Tennessee a 9 représentants au Congrès à Washington, et que sur ces 9, deux sont démocrates (le parti d’Obama). L’un deux, Jim Cooper, est un ami de la NRA, la célèbre association pro armes. On montre un reportage de gens surarmés en disant voilà le Tea Party, mais on oublie que dans le Tennessee, tout le monde est armé. Voilà la déontologie et la rigueur journalistique d’Arte.

Viennent ensuite, les valeurs du Tea Party : contre les hausses d’impôts/pour la défense du droit de propriété/faire cours eux-mêmes à leurs enfants plutôt que de les envoyer à l’école publique. En effet, quel extrémisme ! Que ce soit des valeurs compatibles avec la Constitution US ne semble pas important. Mais même du point de vue de la gauche européenne dont Arte est un bon représentant, comment peuvent-ils approuver sans réserves les hausses d’impôts et les atteintes au droit de propriété ? Comment peut-on en même temps critiquer une Amérique ultra interventionniste, qui part faire la guerre aux 4 coins du monde, et ostraciser ceux qui ne veulent pas que l’État fédéral prenne de plus en plus de poids, grâce aux impôts notamment ? Pourtant, en bonne gauchiste, la réalisatrice de « Au coeur du Tea Party » veut aussi être une « humaniste » prenant le temps de verser une larme sur la souffrance des GI’s de retour de combat (voir Dokumentar : Der innere Krieg sur le site du Zeit).

« La voix des déçus : Américain blanc, de sexe masculin, âgé de 50 ans ou plus, ayant un emploi et appartenant à la classe moyenne », c’est ça le Tea Party ? Mais comment peut-on, une fois de plus, tirer des conclusions de portée générale à partir de micro trottoirs ? D’abord, les blancs représentent 86% de la population du Tennessee. Il est donc logique d’en retrouver dans les partis politiques. Un sondage de Gallup d’Avril 2010 montre qui sont les sympathisants du Tea Party. Leur profil n’est pas éloigné de celui de l’ensemble de la population. Les hommes y sont 55% (contre 49% dans l’ensemble de la population), ce qui est plus que la moyenne mais pas écrasant.

Allen West, Tea Party.

Autrement dit, la thèse qui consiste à confondre le Tea Party avec le Ku Klux Klan ne tient pas la route, même s’il y a forcément des racistes au sein du Tea Party, comme chez les Démocrates et les Républicains. Évidemment, la réalisatrice de « Au coeur du Tea Party » qui ne doit lire que Der Spiegel, Le Monde et The Guardian n’a probablement jamais entendu parlé d’Andre Carson, Lenny McAllister, Lloyd Marcus, Deneen Borelli, Allen West et autres « non white persons who support the Tea Party movement ».

Est-ce que le Tea Party pèsera dans l’élection ? Probablement pas. Ses membres se sentiront vraisemblablement peu représentés par le candidat républicain Mitt Romney qui, quand il était gouverneur du Massachusetts, a appliqué au niveau local les idées d’Obama. Certes, Ryan Paul est présent dans la course. Mais si Ron Paul ou Michele Bachmann avaient été choisis par les Républicains, les idées du Tea Party auraient été mieux représentées.

Alors, pour suivre cette élection présidentielle sans suspense (c’est encore un diplômé de Harvard qui va gagner), pensez à suivre les scores de Gary Johnson (candidat libertarien), car, oui, contrairement à ce que les médias laissent penser, il y a plus de deux candidats à cette Présidentielle US 2012. Il y a même une écolo !  [3] Que le Président Obama séduise par son charisme et son parcours personnel hors des sentiers battus, ok. Mais ne nous laissons pas abuser : Guantanamo n’est pas fermée, les GI’s sont toujours aux 4 coins du monde, la Fed. fait toujours n’importe quoi, la TSA pelote en toute impunité, les libertés civiles reculent aux États-Unis, le Patriot Act n’a pas été aboli.

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Sur le web.

Lire aussi :

Notes :

  1. Libéral au sens européen. Rappelons que liberal désigne plutôt aux États-Unis les gens de gauche.
  2. Lire Members, 112th Congress sur Wikipedia.
  3. Voir la liste des candidats sur http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_presidential_election,_2012.
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