Unedic : non à une dictature de l’austérité proposée par la Cour des Comptes

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Suite au rapport de la Cour des Comptes, les hommes politiques dégainent une nouvelle fois les arguments fallacieux sur l’Unedic.

L’Unedic enregistre des déficits croissants et il devient urgent de la réformer. Mais pas question de toucher aux chômeurs, surtout en temps de crise, même pour améliorer leur situation.

Par Baptiste Créteur.

L’Unedic enregistre des déficits et le rapport de la Cour des Comptes pointe son inefficacité qui, combinée à celle de Pôle Emploi, permet de comprendre à quel point la prise en charge par l’État est un traitement qu’on ne souhaite pas à son pire ennemi. Le rapport pointe notamment l’impossibilité de maintenir les indemnités en l’état compte tenu de l’accroissement du nombre de chômeurs, dans l’absolu et relativement au nombre de cotisants. L’occasion pour les socialistes de gauche au pouvoir et de droite dans l’opposition de faire preuve d’une incroyable fermeté.

Michel Sapin a admis mercredi 23 janvier sur RTL qu' »il faudra prendre des mesures sur ce régime chômage ». Le ministre du travail a tout de même minimisé les conclusions du rapport de la Cour des comptes, dirigée par le socialiste Didier Migaud : « En même temps, qu’un système d’indemnisation chômage soit déficitaire dans une période de gros chômage, c’est la nature des choses. »

Même chose pour l’État, après tout : puisqu’on peut s’endetter à l’envi sans que cela pose le moindre problème, quand la situation n’est pas aussi bonne qu’on le voudrait, on peut s’accommoder de déficits. Le déficit, c’est la nature des choses. Mais il faudra prendre des mesures, parce que la nature des choses n’est pas soutenable bien longtemps.

La question du déficit devrait être étudiée dans l’année : « Les partenaires, seuls gestionnaires du dispositif […], vont devoir, c’est inscrit dans le calendrier, d’ici à la fin de l’année, mener des négociations pour trouver des solutions qui permettent de revenir à un déficit raisonnable en période de chômage », a expliqué M. Sapin.

Le ministre du travail donne aux partenaires sociaux un objectif ambitieux : revenir à un déficit raisonnable en période de chômage. L’équilibre, qui semble plus proche de la nature des choses, ne fait plus réellement partie du vocabulaire du gouvernement, qui fait de la lutte contre le chômage une priorité et souhaite y consacrer tous les moyens requis –ou plutôt tous les moyens qu’il pourra réquisitionner aux Français. Toute l’expertise du ministre transpire de la précision de ses propos : un déficit raisonnable est aisément mesurable, de même qu’on peut facilement distinguer en France les périodes de chômage depuis plusieurs décennies. Nous sommes donc joyeusement entrés dans une ère de déficits raisonnables.

Pour la Cour des comptes, la question des coupes répercutées sur l’indemnisation des chômeurs se pose. « Impensable », répond au Monde.fr Jean-Marc Germain, le spécialiste de l’emploi au PS. « Surtout en temps de crise, il n’y aurait rien de pire que de toucher aux droits des chômeurs. » Pour le député des Hauts-de-Seine, l’Unedic doit encaisser la mauvaise nouvelle : « S’il y a un déficit qu’il faut accepter, c’est celui-là. »

Moins de cotisants pour plus de bénéficiaires, cela suppose soit d’augmenter les cotisations – la Cour des Comptes, pour garder une quelconque crédibilité, ne l’envisage sérieusement un seul instant – ou diminuer les indemnités. Mais l’idée de diminuer les indemnités des chômeurs provoque un réflexe épidermique chez tout socialiste qui se respecte. Quand bien même la situation serait intenable, quand bien même la Cour des Comptes pointerait le manque d’équité du système et son inefficacité, il faut à son corps défendant prôner le maintien en l’état d’un dispositif cher et inefficace. En temps de crise, comme en temps normal d’ailleurs, il n’y a rien de pire que d’imposer aux chômeurs un système inefficace qui ne favorise pas leur retour à l’emploi.

Le PS veut voir dans la signature de l’accord entre le patronat et trois syndicats (CFDT, CGC, CFTC) un début de réponse, notamment dans la volonté de taxer d’avantage les contrats courts. « Les partenaires sociaux ont commencé le boulot, on va le transposer dans la loi. Et si c’est insuffisant, il faudra réfléchir à aller plus loin », explique M. Germain. Une solution qui ne satisfait pas le Front de gauche. Éric Coquerel, le conseiller de Jean-Luc Mélenchon, estime qu’il faut « changer radicalement de politique » : « On ne va pas faire payer à ceux qui en sont victimes les conséquences du chômage. Tant qu’il n’y aura pas une politique qui crée de l’emploi, on n’arrivera pas à résoudre le problème. »

Le Front de Gauche est exceptionnellement à moitié lucide : pour résoudre le chômage, rien de tel que des créations d’emploi ; mais l’État n’a jamais créé un seul emploi et ne pourra jamais le faire. L’État peut échanger 1,5 emplois dans le privé contre 1 emploi dans le public, il peut redistribuer dans le privé l’argent prélevé au privé, et compter ensuite les emplois ainsi « créés » pour afficher fièrement ces chiffres et annoncer qu’il a créé des emplois – mais, sans doute faut-il le répéter, l’État n’a jamais créé et ne créera jamais un seul emploi.

Alors que les partenaires sociaux doivent se retrouver courant 2013 pour négocier une nouvelle convention d’assurance-chômage, la droite aimerait mettre le sujet sur la table le plus tôt possible. « Je demande à ce qu’il y ait un débat public qui soit ouvert sur le sujet, l’assurance-chômage est un bien commun, estime Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines, et secrétaire national de l’UMP à l’emploi. C’est la pérennité de notre système qui est menacée. On aurait dû traiter ce problème-là plus tôt, mais il y a la crise et ça fait partie des choses qu’on ne pense à traiter que quand on est en bonne santé. » Le modèle dans son ensemble pose problème pour l’UMP. « Il faut le mettre complètement à plat, estime Sébastien Huyghe, le député du Nord. Le rapport montre qu’actuellement, l’indemnisation n’incite pas à retrouver un emploi. Il faut notamment réfléchir à mettre le paquet sur la formation professionnelle destinée aux demandeurs d’emplois. »

L’assurance-chômage est un bien commun, que nous devons aujourd’hui remettre à plat. Cela aurait pu et dû être fait plus tôt, parce que c’est moins simple en temps de crise, mais il y a urgence. Depuis 2008, nous subissons la crise de plein fouet ; la France avait à peine eu le temps de se remettre de la crise Internet, de la crise asiatique, des chocs pétroliers hebdomadaires depuis 40 ans, du krach de 1929 et de la crise de la tulipe. Dans ce contexte peu favorable, il est difficile mais nécessaire de chercher à revoir notre modèle – sans prendre en compte les propositions de la Cour des Comptes, qui ont le tort de ne pas être issues d’une grande concertation nationale festive et citoyenne.

Espérons que la Cour des Comptes comprendra un jour à quel point ses rapports sont inutiles et cessera d’attirer l’attention sur l’irresponsabilité totale de ceux qui nous dirigent. Après tout, si nous sommes endettés après 38 ans de déficits, si notre État-providence est inefficace en plus d’être injuste, si nous payons très cher pour des usines à gaz dont nous avons du mal à percevoir les bénéfices mais dont nous percevrons bientôt très matériellement les dettes, c’est que d’une certaine façon, nous l’avons choisi ; est-il bien raisonnable d’attendre de l’État qu’il résolve des problèmes qu’il a lui-même créés ?

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