Larrouturou : malthusien sauf avec l’argent des autres

Pierre Larrouturou (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Le socialisme qui dispose d’une image d’optimisme et de progrès n’est ainsi qu’une idéologie mécaniste de finitude sans possibilité de dépassement, une décroissance résignée.

Le retour médiatique de Pierre Larrouturou vient nous rappeler que le socialisme, qui dispose d’une image d’optimisme et de progrès, n’est rien d’autre qu’une idéologie mécaniste de finitude sans possibilité de dépassement, une décroissance résignée.

Par Florent Belon.

Voilà un personnage que l’on voit réapparaître dans le débat public. On se souvient de ce promoteur de la semaine de 4 jours de travail et autres propositions stakhanovistes du temps libre… Les faits n’ont pas vraiment démontré l’effet ahurissant sur la baisse du chômage que la diminution du temps de travail aurait dû permettre depuis 15 ans. Et pourtant, il y a une quantité incroyable de personnes encore prêtes à écouter sophismes et poncifs dont la force tient au riche terreau socialiste produit, entretenu et constamment approfondi par l’État, ses organes Éducation nationale en tête, et ses auxiliaires intellectuels (voir L’opium des intellectuels de Raymond Aron).

En somme, même le plus mono-produit de nos politico-économistes d’opérettes n’est toujours pas hors du marché français où les tsunamis d’opinions viciées permettent de maintenir le cours de toute la mauvaise monnaie intellectuelle, à condition qu’elle soit socialo-compatible.

La création de richesse et les facteurs de production

La création de richesse est une fonction des facteurs de production, capital et travail. À productivité des facteurs donnée, plus il y a de capital et/ou de travail, plus la création de richesses en faveur de l’ensemble de la population est importante. En outre, plus le rapport capital/travail est élevé, plus la rémunération du travail est élevée car non seulement les capitalistes se font concurrence pour obtenir le facteur travail, mais surtout la productivité du travail est augmentée. Un journalier devant participer à un chantier avec une pioche a peu de chance d’obtenir la rémunération d’un conducteur de pelleteuse… Le niveau de production peut être augmenté, à quantité de facteur donnée, par une meilleure allocation de ces facteurs ou des progrès techniques accroissant la productivité du travail comme du capital.

C’est ce principe qu’Emmanuel Lechypre a tenté de rappeler (ou d’enseigner) à Larrouturou et Rocard lors de leur passage sur BFM. Mais en réaction ils ont immédiatement sorti leurs crucifix solidaires et autres slogans destinés à rester en dehors du réel.

Socialisme et pénurie

Le politique ne peut pas décréter la croissance car il ne peut pas décréter le niveau des facteurs de production ni leur productivité. Le politique ne peut que dégrader leur quantité ou leur productivité. Si cela peut paraître aberrant, il s’agit pourtant là de la conséquence des politiques socialistes dont le but est de réduire les inégalités qui, je le rappelle, ne sont pas des injustices. Le seul effet de ces politiques est un appauvrissement global dont les premières victimes sont les plus faibles que l’on souhaitait initialement protéger…

Comment fait-il ? Il limite, par la règlementation ou la fiscalité, la circulation des facteurs qui ne vont donc plus où ils auraient été les mieux employés. J’avais détaillé les principaux moyens dans le texte développé ici.

Bien entendu Larrouturou plaide pour l’ensemble des dispositions limitant la quantité de facteurs, fiscalité décourageant l’épargne et l’investissement, mais son truc à lui c’est la limitation du temps de travail. Selon lui et son actuel acolyte et caution Michel Rocard, le Monde (ou l’Europe, en tout cas la France) est fini, limité. La preuve, grâce au traitement administré depuis des décennies selon les méthodes socialistes les plus variées à base de concentrés de taxes, règlementations et fausse monnaie, le pays – et ceux ayant suivi le même régime – est en panne. Devant cette finitude, car rien ne pourrait leur faire admettre que le problème ne vient pas du patient mais du traitement passé et actuel, le plus grand passe-temps des socialistes est de retour : le rationnement et l’aggravation de la pénurie. Et en matière de pénurie, le socialisme est un producteur patenté. De nos jours, où la nature ne peut plus annuellement et globalement menacer notre vie par une famine ou une épidémie, le socialisme est là pour que notre bien-être soit altéré artificiellement grâce à toute la panoplie dirigiste. Un pays où la médecine a une longue et glorieuse histoire, pénurie. Un pays fertile s’il en est, jachères imposées. Un pays où l’automobile est presque née, désert industriel…

Le socialisme qui dispose d’une image d’optimisme et de progrès n’est ainsi qu’une idéologie mécaniste de finitude sans possibilité de dépassement, une décroissance résignée.

Rationnement et pénurie d’emploi

Une pénurie d’emplois ? Limitons l’emploi individuel pour le répartir ! Oui, mais cet emploi sera remplacé par un moins efficace, voire… personne ne peut me remplacer ! Non seulement les compétences ne sont pas homogènes, mais elles peuvent également être non disponibles sans limites et sans coût. Égoïste dira-t-on !

Il est vrai qu’un étudiant raté, vieilli, mal habillé, et avec de l’assurance, pourrait remplacer sans dommages collatéraux beaucoup de nos économistes d’opérette. Et si l’on prend un vieux millésime de type Stéphane Hessel, toute platitude socialiste devient sagesse ! Nota bene, cela ne marche pas dans les médias pour les libéraux comme Florin Aftalion.

Résultat, la création de richesses est handicapée car la productivité des facteurs de production décroît, le capital ne s’accroit plus ou se déprécie (la France manque de robots et ces derniers sont vieillissants nous apprenait le rapport Gallois, au constat factuel mais aux propositions dirigistes). Les effets mécaniques et espérés de la pénurie organisée du travail sont alors plus que compensés par la diminution de la prospérité générale. Par conséquent, le bon docteur Larrouturou préconise de continuer le traitement en renforçant les doses, accélérez crie-t-il partout, peu importe la direction dramatique, pour sûr à compter d’un seuil inconnu cela deviendra efficace surtout si on l’impose à l’échelle de l’Europe !

Oui, mais avec de la dope !

Le docteur a l’intuition que son traitement ne donne pas des résultats enthousiasmants (mais ils sont excellents, il en est certain, car il est dans le sens de l’histoire, lui !). Pour améliorer visiblement les résultats (la foi dans le socialisme montre parfois ses limites malgré tout le travail d’évangélisation), il faut une substance active donc l’efficacité est à peu près assuré. Pas sûr que les effets soient durables, ou que les effets secondaires à terme ne soient pas très néfastes. Mais le principe de précaution ne vaut pas pour les politiques socialistes, y compris quand les essais de long terme en laboratoires est-allemand, nord-coréens, cubains, russes, ou encore africains ont été tous négatifs. On n’a peut-être pas encore trouvé la population socialo-compatible, ou bien faudrait-il la modeler, avec un peu de contraintes rééducation active… mais cela aussi ils ont tenté !

Revenons à notre prescription, ce que recommande celui dont le nom rime avec rien de sérieux (argument sans valeur dont je devrais faire l’économie, je le concède), c’est la dépense publique. À l’écouter, l’argent est là, il dort et ne demande qu’à être mobilisé. Plus de déficit, plus de dettes à l’écouter. Nous disposons du fonds de réserve des retraites dans lequel on a déjà prévu de pomper et qui sera très insuffisant pour faire le joint avec une hypothétique croissance économique à deux chiffres sans truquer les chiffres, natalité de bonobos, et inflation non officielle en hausse pour diminuer les retraites sans le dire, pour sauver notre système sans en changer les vices conceptuels. Et là, aucune limite, plus de rationnement ni de pénurie… si ce n’est l’argent du contribuable qui, comme le disait Margaret Thatcher, est la limite au socialisme, ce dernier ne produisant aucun carburant mais siphonnant celui des autres.

Malthus finit ruiné car il avait spéculé sur le papier (pour lui le bois allait manquer, d’où une pénurie de papier. Il en amassa ainsi une quantité phénoménale). Si l’on suit la prescription de Larrouturou, c’est le pays qui finira d’être sera ruiné, mais pour sûr le remède socialiste est bon !

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