L’érosion des monnaies fiat et l’alternative Bitcoin

Alors que les monnaies fiat perdent leur valeur, Bitcoin, lui, en gagne. Ce qui pousse les États à montrer les dents.
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L’érosion des monnaies fiat et l’alternative Bitcoin

Publié le 31 mai 2013
- A +

J’ai déjà évoqué Bitcoin dans de précédents billets (celui-ci notamment) et j’y notais que l’intérêt pour cette monnaie électronique grandissait, tant chez les particuliers que chez les États. Petit à petit, les événements s’accélèrent.

Ainsi, avec les problèmes survenus à Chypre en mars dernier, dans lesquels – ô stupeur – le contribuable/déposant européen lambda a découvert que ses comptes en banque n’étaient protégés par rien du tout au plus grand bonheur de ceux qui nous dirigent et adorent y glisser leurs petits doigts boudinés, les actualités ont bruissé du souffle tout particulier que les journalistes peuvent produire lorsqu’il s’agit d’un domaine auquel ils n’entendent rien : mélangeant avec le brio qu’on leur connaît leurs présupposés vaseux avec l’approximation habituelle de bouillie mathématico-mystique qu’ils avaient comprise du système Bitcoin, ils entreprirent de nous expliquer comment la monnaie virtuelle s’installait dans le paysage financier mondial.

Mieux : alors que les monnaies (l’euro notamment) subissait des attaques de la part du dollar, alors que la situation se tendait visiblement autour de la petite île méditerranéenne, Bitcoin affichait une santé insolente et surtout, progressait tant en valorisation que les transactions dépassèrent le milliard de dollars dans la foulée (avec un bitcoin à plus de 200 dollar pièce). Le krach inévitable devant la frénésie qui s’était emparée des traders de bitcoins, et qui verra cette monnaie dégringoler à 78 dollars, sonnera d’ailleurs l’hallali sur le sujet pour nos pisse-copie dont l’attention-span dépasse rarement la semaine.

Mais indépendamment des sautes d’humeur du marché de la monnaie numérique, Bitcoin venait d’apparaître sur le radar du public… et des autorités. Partant, il était logique que des économistes se penchent sur cette nouveauté.

C’est donc l’occasion de présenter le dernier livre de Philippe Herlin, paru sous forme d’eBook à un prix très abordable de moins de 5 euros, La révolution du bitcoin et des monnaies complémentaires.

eyrolles herlin bitcoinDans ce court ouvrage d’une cinquantaine de pages (et qui se lit bien, le style de l’auteur étant clair et factuel), Philippe Herlin revient sur les monnaies complémentaires, explique les mécanismes qui les sous-tendent, et leur rapport avec la monnaie fiat que nous connaissons actuellement, en expliquant notamment leur comportement vis-à-vis de l’inflation. Cela lui permet d’introduire les différentes écoles de pensée en matière monétaire, en particulier l’école autrichienne, avec Friedrich Hayek.

Cette introduction effectuée, Herlin peut s’étendre sur le fameux bitcoin, devenu l’une des monnaies complémentaires les plus connues. L’ouvrage détaille d’abord le fonctionnement particulier de cette monnaie exclusivement mathématique, construite pour répondre à des impératifs de non-centralisation (aucun organisme n’est maître de l’émission de bitcoins, il ne peut y avoir création de bitcoin sans contrepartie – calcul – attestée) et d’absence de confiance dans un tiers, les échanges se basant précisément sur le fait qu’on peut obtenir du réseau (de tous les autres pairs) une assurance solide de la validité de la transaction :

Le bitcoin est ainsi une monnaie qui n’est la propriété de personne (elle fonctionne en réseau), complètement autonome (pas de banque centrale !), autorégulée (les participants sont incités à contrôler les transactions), et transparente.

Logo BitcoinDans la suite de l’ouvrage, l’auteur détaille sans concession les forces et les faiblesses de la monnaie virtuelle, et présente de façon claire ses perspectives d’avenir alors que la crise qui touche les monnaies étatiques continue de dérouler ses actes de plus en plus dramatiques.

Il détaille en particulier les menaces qui pèsent sur Bitcoin : celles introduites par ses concurrents (en l’espèce, les banques et le système financier traditionnel) et celles introduites par son statut juridique bâtard, puisque le bitcoin n’est pas une monnaie électronique (au sens de la réglementation bancaire européenne par exemple), ni une monnaie locale (comme le SEL), ni une devise comme le yen ou le dollar.

Et s’il apparaît que ce statut juridique puisse poser problème pour son adoption auprès des entreprises et des particuliers, c’est bien évidemment les concurrents du système bancaire actuel qui constituent les plus sérieux soucis de Bitcoin. Et à ce propos, il suffit pour s’en convaincre de constater que les États sont passés, dernièrement d’observateurs vaguement amusés par ce bricolage cryptographique anodin à des observateurs attentifs (avec des rapports de la BCE et de la Fed) et que tout montre qu’ils se muent en opposants farouches à mesure que l’ampleur de la monnaie virtuelle grandit, d’ailleurs aidés en cela par l’inculture moyenne des journalistes qui auront tôt fait de raccrocher les monnaies virtuelles, le bitcoin en tête, à tous les trafics et les noirceurs du monde (pédonazisme compris).

Et c’est sans surprise qu’on a appris il y a quelques semaines que le gouvernement américain a décidé d’interdire certaines plateformes d’échange pour convertir les bitcoins en dollars et inversement. Si l’on se rappelle à quel point les banquiers centraux ont en horreur les monnaies historiques que furent l’or et l’argent, on ne peut guère être étonné de l’agressivité des autorités devant une nouvelle alternative aux monnaies fiat qu’ils nous refourguent.

Ce mouvement américain contre le bitcoin n’est pas le seul : dans les jours qui ont suivi, ce sont les Anglais qui se sont intéressés de très près à la monnaie numérique. Bien évidemment, l’idée générale est qu’un tel système de monnaie décentralisée, échappant assez bien au contrôle étatique, ne peut que faire venir des boutons aux autorités en place dont le but est tout de même de contrôler aussi finement que possible la masse monétaire à leur profit.

Ensuite, le mécanisme pour diaboliser l’invention est toujours le même : puisqu’il n’est pas contrôlé par l’État, il sert à faire des choses que celui-ci désapprouve voire combat, comme (au hasard, cumul possible) acheter ou vendre de la drogue, des armes, des organes, des pièces détachées de drones, ou pire, des betteraves au marché du coin et constitue donc la graine de tous les terrorismes. Oui, certes, c’est comme les grosses coupures en dollar ou en euro, mais ce n’est pas pareil puisque dans le second cas (les monnaies fiat), les États les contrôlent. Puisqu’ils vous le disent. Enfin. Voyons. Suivez un peu.

dark side of the force : join us, we've got cookies

Bref, vous l’aurez compris : le bitcoin permettant à l’évidence de favoriser l’évasion fiscale et l’énucléation de chatons, il faudra l’interdire. Et pour cela, rien de plus simple si l’on fait passer tout détenteur de cette monnaie pour un terroriste, un dissident anti-démocratique ou un dangereux lunatique décidé à attaquer la souveraineté nationale.

En attendant, et comme le remarque fort justement Philippe Herlin dans son livre que, décidément, je vous recommande (au contraire des articles du Monde, toujours plus pathétiques), le bitcoin prouve déjà son utilité comme protection de son épargne : en Argentine par exemple, le pouvoir restreint les mouvements de capitaux et le change, ce qui pousse les Argentins à utiliser le bitcoin. Dans ce cadre, l’utilisation de la monnaie électronique constitue une forme subtile d’auto-défense contre la spoliation étatique par l’inflation.

À n’en pas douter, ce genre d’utilisation va augmenter d’autant que les monnaies fiat montrent bien des signes d’essoufflement. Le fait est que le bitcoin entre tous les jours un peu plus dans la vie courante (un exemple intéressant peut être lu ici) et c’est précisément ce développement qui terrorise les étatistes et autres banquiers centraux ; les attaques subies ne seront pas les dernières.

Tant mieux : si c’est mauvais pour eux, c’est en revanche libérateur pour les individus.
—-
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  • ce qui est étonnant c’est que le cours de bourse montre une acceleration de sa hausse contre le dollars il est ce matin a 128 sans que je ‘n’ai encore compris encore comment fonctionne cet Alien
    En particulier sur ce point «  »il ne peut y avoir création de bitcoin sans contrepartie – calcul – attestée » »
    ma question etant quelle contrepartie puis je offrir pour acqueri des Bitcoins et que puis je en faire
    Pour les Beotiens que nous sommes un article sur le sujet serait le bienvenu Merci

    • Lorsque vous achetez un bien, la contrepartie est une quantité de devise officielle, que vous devez payer. Pour obtenir des bitcoins (« BTC »), vous pouvez soit les acheter, soit les produire (par le « minage »). Il existe plusieurs plateformes d’échange de BTC, dont une des plus importantes est MtGox (https://mtgox.com/), afin d’acheter des BTC.

      Lorsque vous minez, en contrepartie des BTC que vous recevez, vous offrez au réseau décentralisé du temps et de la puissance de calcul de votre PC, utilisée pour crypter et decrypter, c’est à dire in fine authentifier, les blocs échangés sur le réseau.

      Autant vous prévenir tout de suite, miner n’est pas à la portée du béotien en informatique, même si quelques heures sur le wiki BTC doivent suffire pour y arriver (https://fr.bitcoin.it/wiki/Accueil pour la partie française, le wiki en Anglais est plus complet https://en.bitcoin.it/wiki/Main_Page ) . Les sources d’information en Français sont rares et pas encore assez développées (http://bitcoin-france.fr/ ), pour approfondir il vaut mieux aller sur le forum le plus important, en Anglais (https://bitcointalk.org/), Un tour préalable sur le site officiel est un bon point de départ (http://bitcoin.org/fr/).

      Si vous avez un bon PC de gamer avec une carte graphique dernier cri, vous pourrez collecter environ 0,1 BTC par semaine, soit 10€ selon les cours actuels. il faudra déduire l’électricité et l’usure prématurée de votre matériel, notamment la carte graphique, qui est sur-sollicitée. Si vous avez un MAC, passez votre chemin.

      Ce chiffre de 0,1 BTC, c’est dans le cas où vous minez en pool, c’est à dire en groupe, avec un partage de BTC collectés au prorata de votre quote – part de puissance de calcul offerte au pool. Seul, vous pouvez passer 3 mois à ne rien trouver. Je suis dans le pool de slush, un des plus gros pools et les moins chers (https://mining.bitcoin.cz/)
      On peut toutefois mettre plusieurs PC en parallèle pour miner plus.

      Pourquoi m’y suis -je lancé ? Pour diversifier mes actifs en dehors de la zone euro, et être prêt à faire face pour le moment où l’Etat français s’effondrera sur lui-même. Ca va de pair avec d’autres mesures préventives plus importantes, bien entendu. Mais lorsque la France renaitra de ses cendres, je serai content d’avoir un outil de plus pour m’en sortir, et aller de l’avant.

  • Voila une belle pub pour nos minustres : vite une taxe et une loi ! Tueons le Bitcoin… Ah, si il y avait des gens intelligents comme dans la greve pour tourner ce monde en grosse parodie, là on pourrait au moins avoir du fun. Aujourd’hui c’est juste des grosses larmes et le dos rond. (Comme le chat).

    • Le bitcoin est assez façilement anonyme (aussi anonyme qu’on puisse l’être sur le web). Il risque d’être difficile de le taxer.

      De plus, il n’y a pas d’organisation s’occupant de sa géstion, ni aucune centralisation particulière.

      La seule solution pour l’état désirant taxer ou contrôler bitcoin serait de mettre la main sur chaque appareil en contennant. Ce qui rique d’être compliqué et onéreux.

  • Excellent article. Par contre ne pourrait-on pas appeler un chat un chat ? Nos dirigeants sont des escrocs, des voleurs, des fachos et de plus en plus des repris de justice.
    Ils ont bien réussit à faire croire qu’un type qui roule à 132 km/h sur une autoroute dégagée est un chauffard.
    Il serait temps de les appeler par leur nom que cela rentre dans le cerveau des bonnes âmes.

    • Connétable de Ranzay
      31 mai 2013 at 17 h 07 min

      Jusqu’à 130 + 5 % vous pouvez être un chauffard sans encourir de pénalité, soit 136,5 et non 132 !

  • je regardais ce matin le cours du Bit coins a la bourse et je me demandais par quelle miracle cet instrument monetaires encore incomprehensible a mes yeux est arrivé là qq un peu m’expliquer

  • Merci a mattei

  • A vous lire , on a l’impression que chaque état combat ses citoyens en permanence … et il faudrait connaître les risques que cette ‘monnaie’ apporte pour se faire une idée correcte.

    • « on a l’impression que chaque état combat ses citoyens en permanence »
      Si vous n’avez pas cette impression, c’est que vous travaillez pour lui et/ou que vous n’avez jamais eu à faire à lui. En général, une ou deux expériences suffisent pour s’en rendre compte.

    • En théorie, l’Etat est supposé servir les citoyens. En pratique, chaque guichet, chez appel téléphonique, chaque formulaire prouve dans les faits que l’Etat considère chaque citoyen comme son serviteur. Et avec le sourire, s’il vous plaît.

    • Beaucoup de gens ne connaissent pas les risques associés à la monnaie qu’ils utilisent…

  • Mais, sinon dans la vie de tous les jours, on peut payer quoi avec des Bitcoins?

    • Du matériel informatique pour miner d’autres bitcoins, vous n’avez pas connu les flippers dans les bistrots ? 🙂
      En fait, on peut s’échanger n’importe quoi du moment qu’on trouve un interlocuteur qui en est d’accord.

  • Tant mieux enfin le rétablissement du secret bancaire le plus absolu et la fin de la spoliation étatique!Espérons que Bitcoin en sorte victorieux!

    • Techniquement le Bitcoin peut il être annonyme ? Il y a toujours des traces, au moins des 0 et des 1. L’adresse Ip, le lieu, l’heure etc….sinon comment retrouver son Bit…coin ? Je trouve que c’est l’avenir et je vote pour…en attendant que nos politiciens et autres parasites détournent le système pour l’adapter à leurs besoins : comme internet !

      • Son adresse IP est facile à camoufler, en passant par Tor.

        En revanche, chaque BTC est traçable : on sait quand il a été fabriqué, et qui l’a transmis à qui. L’historique est publiquement accessible. Mais chaque « qui » n’est qu’un hachage cryptographique, un nombre.

  • Gagner des bitcoins
    3 janvier 2014 at 11 h 35 min

    Je suis d’accord avec PUB, le gouvernement va vite nous pondre une taxe, une loi et des contrôles. Et en cas d’échec sur la maitrise, le prohiber … pour finalement l’approuver une fois que tout sera jouer. Nous conserverons ainsi notre éternelle retard sur les tendances.

  • Les commentaires sont fermés.

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