France : quand la dépense publique conduit à l’austérité

La dépense publique ne fait que panser les plaies. Il faut des réformes structurelles pour réellement relancer l'économie.
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France : quand la dépense publique conduit à l’austérité

Publié le 31 mai 2013
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La dépense publique ne fait que panser les plaies. Il faut des réformes structurelles pour réellement relancer l’économie.

Par Vladimir Vodarevski.

La France est en récession, c’est officiel, elle a aligné deux trimestres consécutifs de baisse du PIB. Modérons tout de suite le propos, pour ne pas tomber dans les excès des médias pourtant dits sérieux : la France est en stagnation, et ce n’est pas nouveau. La baisse du PIB au premier trimestre 2012 serait de 0,2%, après également une baisse de 0,2% fin 2012, selon l’INSEE. Le même institut qui calcule une croissance nulle en 2012. Le PIB est une mesure imprécise, tant elle agrège de chiffres divers et variés. L’INSEE commence par ailleurs toujours par donner une estimation, qui sera révisée par la suite. Par conséquent, titrer qu’un pays est en récession quand il est à -0,2% à la première estimation, ou en croissance quand il est à +0,2%, n’a pas grand sens.

En revanche, il est indéniable que le PIB stagne, depuis au moins un an. Le PIB de la France en 2012 dépasse à peine celui de 2007, d’après l’INSEE. Ce qui n’est pas conforme à la théorie économique suivie par le gouvernement français, ou plutôt les gouvernements français depuis 2008.

En effet, la France pratique une politique de dépenses publiques massives pour relancer l’économie. Le déficit budgétaire était de 2,7% en 2007, 3,3% en 2008, 7,5% en 2009, 7,1% en 2010, 5,3% en 2011, et 4,8% en 2012. La dépense publique est passée de 52,3% du PIB en 2007 à 56,6% du PIB en 2012, tandis que les recettes publiques totales, prélèvements obligatoires et hors prélèvements obligatoires, passaient de 49,9% à 51,8% du PIB.

Principaux agrégats de Finances Publiques en point de PIB

Intitulé 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Dépenses 53,6 % 53,0 % 52,6 % 53,3 % 56,8 % 56,6 % 55,9 % 56,6 %
Dépenses hors cotisations sociales imputées (1) 51,8 % 51,2 % 50,8 % 51,5 % 54,8 % 54,6 % 53,9 % 54,6 %
Recettes 50,6 % 50,6 % 49,9 % 49,9 % 49,2 % 49,5 % 50,6 % 51,8 %
Recettes hors cotisations sociales imputées (1) 48,8 % 48,8 % 48,1 % 48,1 % 47,3 % 47,5 % 48,6 % 49,8 %
Déficit au sens de Maastricht – 2,9 % – 2,3 % – 2,7 % – 3,3 % – 7,5 % – 7,1 % – 5,3 % – 4,8 %
Dette notifiée des administrations publiques (2) 66,8 % 64,1 % 64,2 % 68,2 % 79,2 % 82,4 % 85,8 % 90,2 %
Dette nette des administrations publiques (3) 60,6 % 59,6 % 59,6 % 62,3 % 72,0 % 76,0 % 78,7 % 82,4 %
Prélèvements obligatoires (4) 43,8 % 44,1 % 43,4 % 43,2 % 42,1 % 42,5 % 43,7 % 45,0 %
dont au profit de l’Union Européenne 0,3 % 0,3 % 0,3 % 0,3 % 0,2 % 0,2 %

 

(1) Les dépenses/recettes hors cotisations sociales imputées peuvent permettre d’obtenir une mesure plus comparable entre pays compte tenu du périmètre variable des administrations publiques.
(2) Dette au sens de Maastricht.
(3) La dette nette des administrations publiques est définie comme la différence entre la dette au sens de Mastricht et les actifs exigibles (dépôts, crédits, titres de créance négociables) détenues par les administrations publiques sur des agents privés.
(4) Hors cotisations sociales imputées.
Source : Comptes nationaux – Base 2005, Insee.

L’augmentation du déficit provient de l’augmentation des dépenses. Selon la théorie de la dépense publique, ces niveaux de dépense publiques financées par le déficit devraient se traduire par une augmentation de la croissance. Et une baisse du chômage. Ce qui n’est pas le cas. Le PIB stagne, l’emploi diminue.

La dépense publique doit également permettre de soutenir le pouvoir d’achat. Or, celui-ci a diminué en 2012. Paradoxalement, une partie de cette baisse est imputable à la hausse des prélèvements obligatoires. Ce qui signifie que, malgré des niveaux de déficits inédits en temps de paix, les rentrées fiscales n’augmentent pas, contrairement à ce que stipule la théorie de la dépense publique. Il faut augmenter les prélèvements.

Le gouvernement coupe même dans des programmes sociaux. C’est ainsi que les allocations familiales vont être attribuées sous condition de revenus, et diminuées pour de nombreuses familles. C’est un abandon de la politique nataliste du pays. Les allocations ne sont plus un avantage octroyé aux couples qui font des enfants. Elles deviennent une aide sociale.

Enfin, la dépense publique est censée redonner la confiance à la population, ce qui entraîne un effet bénéfique sur l’économie. Or, là encore, personne ne conteste que la confiance n’est pas au rendez-vous. Une illustration en est donné par le débat sur l’exil entrepreneurial. Quels que soient les chiffres, que personne ne connaît, il est indéniable que la France apparaît de moins en moins comme un pays où entreprendre.

L’alternative aujourd’hui en matière de politique économique est soit une politique de dépense publique, soit une politique de réformes structurelles. La première consiste à augmenter la dépense publique, en considérant que l’économie est comme une pompe qu’il faut amorcer. Il suffit d’injecter de l’argent dans le circuit pour que tout reparte. La seconde s’interroge sur la structure de l’économie : la pertinence du système fiscal, de la réglementation du travail, de la réglementation économique, de l’efficacité de la dépense publique. L’économie est considérée comme un système complexe, où, finalement, ce sont les gens qui créent de la richesse, de la croissance, et de l’emploi. Il faut donc créer des conditions favorables à ces gens.

En France, la balance penche en faveur de la politique de dépense publique. Elle est désignée comme une politique de relance. La politique de réforme structurelle est dénigrée. Elle est désignée comme une politique d’austérité. Il lui est reprochée de provoquer une baisse temporaire du PIB, un sacrilège quand le moindre dixième de pourcentage de ce dernier est scruté à la loupe. Il lui est reprochée de demander des efforts temporaires à la population. Elle préconise en effet de s’interroger sur la manière de dépenser l’argent public, et sur les mesures d’adaptation de l’économie, dont des mesures de flexibilité.

Les défenseurs d’une politique de réforme structurelle ne nient pas ces efforts. Ils sont nécessaires pour relancer l’économie, rétablir la confiance, et relancer l’entrepreneuriat et l’investissement.

Le paradoxe, en France, c’est que le pays connaît finalement l’austérité sans mener une politique de réformes structurelles (il s’agit en fait d’une faustérité !). La population est confrontée à des efforts similaires. Aux réductions d’emplois, à des doutes sur la croissance, à des diminutions de programmes sociaux, à des gels de rémunération dans la fonction publiquess, des gels d’embauches.

On peut toujours dire que les efforts seraient plus grands avec une politique de réformes structurelles. On peut dire que la dépense publique atténue les difficultés sociales. Mais où mène-t-elle finalement, s’il s’agit uniquement de compenser les effets de la crise, sans mener des réformes pour sortir de la crise ? C’est là le principal problème. Personne ne nie que la dépense publique peut servir à aider les gens en difficultés. Mais, s’il n’y a pas de réformes, l’économie ne générera pas suffisamment de revenus pour maintenir le niveau de protection sociale.

L’échec de la politique de relance par la dépense publique devrait, au moins, inciter à mener une politique de réformes structurelles, et à ne considérer la dépense que comme un accompagnement, non comme un outil de relance, mais comme une aide sociale. Sachant par ailleurs que la dépense n’est pas neutre : il faut la rembourser, et si l’État emprunte trop, il peut y avoir un effet d’éviction à l’encontre des entrepreneurs. Il faudra donc faire des choix de dépenses publiques, pour ne pas entraver la relance que permettront les réformes structurelles par une dépense et des prélèvements excessifs. Mais, pour le moment, ce n’est pas la politique choisie par la France.

—-
Sur le web.

Après la faustérité – Débats Contrepoints.

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  • Supprimer les allocs pour les ménages >60 000€ de revenu, franchement, il n’y a pas de quoi dire que cela détruit la politique nataliste du pays….

    Il faut être sérieux…

    D’autant que ces ménages aisés profitent le mieux de toutes les niches fiscales et du quotient familial

    • d’ailleurs il faut aller jusqu’au bout de la logique…prix des autoroutes, du gaz, de l’électricité, de l’eau, des soins médicaux, de l’école et même de la justice, bref toutes les dépenses régaliennes devraient être indexées en fonction des revenus ! çà c’est de la VRAI justice ! faire payer ces salauds de riches et ne par leur donner les mêmes droits que le reste du bon peuple…! çà c’est de la VRAI justice…heu…et on pourrait aussi leur supprimer le droit de vote parce qu’en plus en général ils ne gobent pas très longtemps les BONNES idées marxistes appliquées en Hollandie…
      En fait il faut aller jusqu’au bout…si tout doit être proportionnel aux revenus…alors pourquoi pas le droit de vote. Votre voix devient proportionnelle au montant de votre participation à l’effort national (l’impôts et prélèvement obligatoire)…pas d’IR=1 voix…10 000€ d’IR= 10 voix par exemple…là il aurait de la justice…!
      Chacun peut voir la justice dans le sens qui l’arrange, mais à l’heure ou les enfants d’immigrés nés à l’étranger vont permettre à leurs parents de toucher la CAF…; supprimer la CAF à certains cotisants du fait de leur niveau de revenus me semble objectivement injuste !

      • bravo pour votre réponse , moi je suis pour donner plusieurs votes en fonction de l’ir , ça serait tordant et définitivement en corrélation directe avec ce que nous font subir les gochos

    • Thibault Doidy de Kerguelen
      31 mai 2013 at 10 h 00 min

      Personnellement je me f.. de la politique nataliste. J’estime que le choix d’avoir des enfants et le nombre d’enfants et l’éducation des enfants est du ressort de la famille (la vraie, pas la famille artificielle inventée pour des besoin de manipulation idéologique), pas une affaire de l’Etat. J’estime donc que TOUTES les allocations devraient être supprimées. Il n’ y pas lieu de subventionner des naissances si ce n’est pour les rendre redevables à l’égard d’un Etat qui les considère comme des objets.
      Je plaide pour ma part pour un Revenu Universel qui serait versé à tous les citoyens majeurs et dont chacun pourrait disposer en fonction de ses besoins. Car nul autre que la personne ne sait mieux qu’elle même où se situent ses besoins. Plus de truandage possible, plus de misère car tout un chacun percevrait le minimum vital sans autre justificatif que celui de son appartenance à la communauté nationale.
      par la même occasion, on ferme les administrations parasites qui bouffent la moitié des cotisations perçues….

      • le revenu universel, ça existe déjà, ça s’appelle le rmi. ou le rsa.
        (j’ai encore pas bien vu la différence)… et ça incite et permet l’oisiveté.
        à quel niveau situez vous ce revenu minimum ?
        et si tu le monde le reçoit, qui le finance ?

        oscar n

        • Il propose de supprimer les milliers de fonctionnaires qui gèrent les dossiers d’alloc en imposant un revenu universel sans aucune condition

          ce qui dans le sens des réductions des dépenses n’est pas si bête , il faut être réaliste , supprimer le rsa est suicidaire vu les millions de gens prêt à effectuer un pillage de la société en cas de coupure des vivres

      • @ Thibault DdK. Très intéressant. Merci. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ou nous indiquer où trouver de la littérature qui développerait cette idée de Revenu Universel.

  • voyant l’orage arriver ,j’ai fermé ma petite entreprise (trois collaborateurs et un apprenti ) je fonctionne seul et autrement . j’ai le même travail ,j’ai réduit mais heures , j’ai plus de temps pour me balader et me reposer , j’ai même droit au chômage. pour être entrepreneur il faut être créatif et travailleur fou . mais la créativité on peut la retourner contre le système .

  • Pourquoi le tableau s’arrete-t-il en 2012 ?
    Ne s’est-il rien passé depuis ????
    Ah si… au lieu de restructurer notre économie… notre pays… on appuie plus fort sur l’accélérateur tout en se croyant toujours au centre du monde…
    Mais les autres… ces salauds… ne nous laissent pas faire tranquillement… Si on va mal ce n’est pas a cause de notre incapacité mais a cause des autres qui nous pourrissent la vie !!!
    Et en 2017 on sautera « allègrement » les années 2012-2016… pour recommencontinuer… Jusqu’à quand ???

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