À la fois juges et parties, ils maintiennent la France dans l’illusion

monde finance

L’État crée et entretient des castrateurs de liberté et fait de la finance un tremplin pour permettre à certains de parvenir à leurs fins.

Par T. Matique.

monde financeQuelle que soit la position envers les agences de notation, leurs rapports offrent néanmoins un regard et une appréciation extérieurs. À chacun son analyse sur les arguments des rapports émis par ces agences. Mais une fois le fond décortiqué pour étayer les convictions de chacun, nous avons tendance à simplifier la complexité des mécanismes et à éluder des objectifs sous-jacents par des conclusions émanant de notre propre logique, notre propre logiciel. Or, si en France le pouvoir et le business heurtent bien des consciences formatées au cloisonnement des genres et des fonctions, il n’en est pas de même dans d’autres pays.

Ainsi les agences de notation ne sont pas vouées qu’à un rôle de baromètre économique. Standard & Poor’s est une filiale de McGraw-Hill dont le principal actionnaire est The Capital Group Companies. Via ses filiales, Capital Group International Inc. et Capital Research and Management Company, Capital Group Companies s’est introduit dans le capital de certaines entreprises françaises notamment en ayant 14% du capital d’Accor, 8% de celui de Bouygues, 10% de celui de Michelin, plus de 12% de celui de Pernod Ricard, plus de 12% de celui de Suez Environnement et même plus de 5% de ceux de Renault et de la Société Générale. Son point commun avec Moody’s : Warren Buffett, actionnaire de la Goldman Sachs. En effet, l’un des administrateurs de McGraw-Hill est Douglas N. Daft de The Coca-Cola company dont le principal actionnaire est Warren Buffett qui est aussi le principal actionnaire de Berkshire Hathaway Inc dont Moody’s détient 13% du capital. Quant à Fitch Ratings Ltd. c’est une filiale de Fimalac, bien français, dont le principal actionnaire est Marc Eugène Charles Ladreit de Lacharrière qui est, entre autres, administrateur de l’Oréal, du groupe Casino et de Renault.

Ce mélange des genres a-t-il une incidence sur le fondement des rapports publiés ? À chacun sa réponse. Par contre, le moment de la publication et les effets, aussi minimes soient-ils, peuvent être des révélateurs sur les objectifs associés qui leur permettent de conforter leur indépendance vis-à-vis de tout État en créant un équilibre sur l’échiquier du pouvoir grâce aux rouages étatiques.

Si en France nous préférons cloisonner le pouvoir d’un côté et le business de l’autre, il n’en est pas de même ailleurs, notamment dans les pays anglo-saxons, où la pratique des mélanges ne pose aucun problème moral. Ainsi, ces agences de notation peuvent tout à la fois établir des comptes-rendus de situation, de perspective, dont chacun appréciera la partialité ou l’impartialité, et répondre à leurs propres objectifs. Indépendamment des subtilités sémantiques et de la forme, le rapport en soi de Standard & Poor’s ne fait que formaliser par écrit ce que les indicateurs économiques confirment déjà, malgré la campagne de communication, voire de lobotomisation, du gouvernement. En revanche, le moment choisi et les soubresauts des marchés rapidement contenus sont bien plus révélateurs des intérêts en jeu, dont ceux de Warren Buffett qui n’aurait aucune emprise politique sans l’étatisme d’Obama qu’il soutient. Avec une augmentation de 2,39% du taux d’emprunt le jour de la publication du rapport puis un pic de 68,93 points de la prime de risque soit une augmentation de 45%, avant de clôturer à 46,46 points (évoqué par la revue financière El Economista) nul doute que, dans les coulisses des marchés financiers, certains ont été à la manœuvre pour éviter une hausse trop forte des taux d’emprunts de la France, et surtout de la prime de risque, pouvant menacer leurs investissements. Il leur fallait maîtriser tout dérapage spéculatif car les mesures qui auraient été prises par un gouvernement souffrant de schizophrénie économique pour y faire face auraient pu parasiter leur stratégie financière et politique. De même, si les cours du CAC 40 ne s’effondrent pas, malgré l’agonie de tout le tissu économique et la castration de tous les talents et des libertés individuelles, ce n’est pas, contrairement à ce que prétend Moscovici, dû au fait que « les investisseurs peuvent et vont continuer à faire confiance à la France » mais au maintien d’un équilibre par quelques-uns pour que la stratégie de certains aboutisse. La baisse des taux par la BCE, la veille de l’annonce de la dégradation de la note de la France, n’est pas un fait du hasard. Draghi, un ancien de la Goldman Sachs, a préparé le terrain. Pas pour la France, mais pour ce que représente le marché européen et pour sauver les perspectives qui s’annoncent meilleures au Royaume-Uni, voire même timidement en Espagne et en Italie, de même que pour asseoir son propre pouvoir personnel.

Mais les marchés ne se résument pas à quelques intérêts particuliers et le monde de la finance à quelques individus. Ce maintien artificiel du statu quo sur la France a un coût. Aussi, les mesures de préservation ne peuvent durer qu’un temps et le rapport de Standard & Poor’s n’est au fond qu’un rappel de l’urgence à sortir la tête du bac à sable. Moody’s en fera autant d’ici peu. Le fait de mettre une perspective stable, avec un gouvernement et un Hollande sûrs de leur fait et nullement enclins à faire les réformes qui s’imposent, contraste avec les faits évoqués dans le rapport et le manque de marge de manœuvre qui en résulte. La France est ménagée, pour l’instant, non seulement pour préserver quelques intérêts particuliers mais aussi pour protéger le centre névralgique dans la mondialisation que constitue l’Union Européenne sachant qu’elle n’est pas encore en mesure de parer à une défaillance de la France. Hollande et son gouvernement le savent et en profitent. Il faut avouer que la France est devenu un boulet autrement plus explosif que la Grèce, l’Espagne, l’Italie, ou le Portugal, pour le devenir du marché européen. Là, c’est juste le premier coup de semonce courtois car la Chine est aux aguets et après avoir pris, entre autres, le saucisson Justin Bridou et le Cochonou, pourrait très bien faire de la France sa plate-forme européenne, tout comme elle a fait du port de Pirée sa base méditerranéenne. Quand les caisses sont vides, faire l’autruche et fermer les frontières ne sont que des leurres purement politiciens, un fantasme rassurant pour les étatistes et les socialistes. Personne ne vit d’amour et d’eau fraîche !

De son côté, le Medef tente de contenir le ras-le-bol fiscal des entreprises ne faisant pas partie du CAC 40, pour préserver les intérêts de ces dernières. Un double jeu. Nous avions déjà un avant goût avec Laurence Parisot qui avait affirmé le 7 mai 2013 que « Le gouvernement est certainement plus pro-business qu’à ses débuts. Mais la majorité ne l’est pas suffisamment, quand je vois par exemple la proposition de loi du PS sur la cession des sites rentables ! » puis par la suite « la direction donnée par le gouvernement est la bonne ». Il y a de quoi se poser des questions sur sa vision des chefs d’entreprises. Des demeurés ? En octobre 2013, c’est Pierre Gattaz qui prend le relais pour affirmer d’un côté : « On gère ce pays en créant de nouvelles taxes et de nouvelles pages au Code du travail. C’est le problème numéro 1 à régler dans les mois qui viennent » ; puis de préciser qu’il faut « se garder d’une surenchère qui ne mène à rien » pour conclure que : « Les patrons doivent admettre que le gouvernement est responsable de l’intérêt général, pour toute la société. Le gouvernement dialogue, il n’est pas aux ordres. » Ce n’est certainement pas le Medef qui défendra la liberté d’entreprendre et les libertés individuelles, lui qui se nourrit et nourrit le groupe du CAC40 des mannes de l’État, de l’argent des contribuables. Pierre Gattaz a même accepté une surtaxe de 10% sur l’impôt des sociétés car au fond il sait que l’écart demeure pour les entreprises du CAC40 entre le taux facial d’imposition des société et le taux réel. Mais les autres sociétés soumises au taux d’imposition de 33% seront lourdement pénalisées. En 2010, Christine Lagarde avait souhaité une réforme pour réduire les écarts entre les entreprises du CAC40 qui n’avaient, après les montages fiscaux et comptables, qu’un taux d’imposition en moyenne de 22%, voire même moins, au lieu de 33% et les autres entreprises soumises au même taux facial sans possibilité de s’y soustraire, engendrant un perte de plus de 8 milliards d’euros dans les caisses de l’État. Nul doute que le Medef préfère un Hollande avec lequel il pourra maintenir, voire diminuer le taux réel d’imposition, pour les entreprises du CAC40. Il ne pouvait rêver de meilleur allié que le socialisme qui va même au Mali et dépense 75 millions d’euros par mois, auxquels se rajoutent les aides logistiques pour, entre autres, former l’armée malienne, protégeant ainsi les intérêts de certaines entreprises, notamment Areva, dans leur stratégie à se procurer des ressources naturelles à moindre coût, dont l’uranium au Nigeria, tout en jouant le rôle de VRP pour l’industrie française de l’armement.

Il ne faut pas compter sur les journalistes français pour nous extraire d’un scénario made in France. Mais, il faut se montrer indulgent car leur appréhension des faits est à l’image de celle déployée dans l’émission « C dans l’air » du vendredi 8 novembre où aucun journaliste n’a su répondre à la simple question : « Qui va financer les 3 milliards d’euros pour les transports à Marseille ? ». Une amnésie complète sur les 70 projets d’infrastructures routières et ferroviaires lancés par Sarkozy pour un coût total de 250 milliards d’euros sur une dizaine d’années financés très partiellement par l’État car cofinancés par des fonds européens dans le cadre du Réseau trans-européen de transport, par les régions et pour les voies ferrées la Sncf, et relevant d’un accord entre plusieurs parties et non d’une volonté personnelle. À force de mettre les journalistes sous perfusion étatique à coup d’avantages fiscaux et de subventions dont 258 millions d’euros pour la presse qui bénéficie d’une TVA à 2,1% sans nourrir l’estomac, ni même les neurones, et 144 millions d’euros pour l’audiovisuel et les radios, l’information n’est plus qu’une réalité figée dans un coma artificiel et se résume aux convictions d’éditorialistes qui sillonnent tous les plateaux télé pour faire la promo de leur presse et de leur égo. La Charte de déontologie n’est plus qu’une relique rappelant ce qu’était le journalisme : « C’est dans ces conditions qu’un journaliste digne de ce nom… Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique… N’use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée… Refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication… » Ce n’est plus qu’une corporation à la conquête du pouvoir aux frais du contribuable qui tente de voir ses convictions et/ou ses valeurs s’imposer au travers de représentants politiques qu’elle promeut ou rejette, qu’elle façonne à sa convenance dans l’opinion publique. Heureusement que certains reporters nous rappellent encore la beauté et les risques de ce métier de l’information. Heureusement que Contrepoints nous permet de sortir de cette léthargie neuronale. Heureusement que la presse étrangère nous ouvre d’autres horizons.

L’étatisme, et qui plus est le socialisme, sont les meilleurs alliés de ceux qui aspirent à imposer leurs propres règles. Un État strictement régalien, et encore moins un libéralisme à son apogée, ne leur permettraient de fomenter des rêves de conquête de pouvoir, de devenir juge et partie. La finance, partenaire essentiel des ménages et des entreprises dans l’accomplissement des libertés individuelles de chacun, des projets de chacun, n’est pas un ennemi. Seul l’État crée et entretient des castrateurs de liberté et fait de la finance un tremplin pour permettre à certains de parvenir à leurs fins. Les subventions, le labyrinthe fiscal, les lourdeurs administratives, la rigidité du marché du travail, la réglementation à outrance, le mille feuilles territorial sont autant d’éléments qui aliènent les libertés individuelles au bon vouloir des corporatismes et des intérêts particuliers.

Mais à chacun ses convictions et ses analyses. Alors je me contenterai de conclure avec ces citations : « On parle de crise économique, financière, politique… Il y a une crise qui me préoccupe beaucoup plus, c’est la crise des idées politiques » ; « Nous avons changé de siècle, nous ne pouvons pas porter une grille de lecture du 21ème siècle avec les idéologies du 20ème siècle. » Tant pis pour les militants de tout bord et ceux qui cultivent l’ostracisme politique. Être libéral c’est aussi avoir la liberté de pouvoir s’en référer aux citations de qui bon nous semble.

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