L’inflation n’a pas remédié aux problèmes économiques de l’Islande

L’inflation n’est pas une solution miracle et indolore, comme le montre la comparaison des politiques monétaires de l’Islande et de l’Irlande.

Par David Howden [*]
Traduit par Stéphane Mozejka, Institut Coppet.

Deux réponses à la crise n’ont autant polarisé l’attention des commentateurs, durant ces cinq dernières années, que les politiques divergentes menées en Islande et en Irlande.

Dans un article publié dans Economic Affairs (disponible ici en PDF), je compare les politiques menées par l’Islande et l’Irlande, peut-être les deux pays les plus touchés par le gel des liquidités en 2008. Une conclusion habituelle a été de dire qu’un pays a tout fait comme il fallait, et l’autre a fait tout ce qu’il ne fallait pas. Cependant, mon approche est plus pragmatique. Il y a des aspects positifs dans chaque cas, et des aspects dont on peut se passer.

Au risque de simplifier excessivement les deux situations, les différences essentielles des deux politiques sont les suivantes :

  1. L’Islande a laissé une partie substantielle de son secteur financier s’écrouler (principalement des filiales à l’étranger), tandis que l’Irlande a promulgué des garanties pour maintenir son secteur financier à flots.
  2. L’Islande a rapidement dévalué sa monnaie, la couronne, avec l’intention de regagner de la compétitivité à l’international. Étant liée à l’euro, l’Irlande ne pouvait pas suivre le même chemin et devait, à la place, devenir plus attractive pour les étrangers en baissant ses prix (c’est-à-dire désinflation ou carrément déflation).
  3. L’Islande a limité les mouvements de capitaux en promulguant un contrôle des changes dans le but de maintenir les investissements dans le pays. Étant membre de l’Union européenne, l’Irlande a respecté ses engagements en faveur de la libre circulation du capital, et les investisseurs pouvaient entrer ou se retirer selon leur bon plaisir.

Les faits sont mitigés et chacune des solutions paraît efficace. L’Islande paraît avoir adouci l’effet immédiat de sa récession, mais la croissance actuelle de l’Irlande est plus forte. De même, le chômage en Islande était plus faible et demeure plus faible aujourd’hui.

Pour notre objectif ici, je me focaliserai juste sur les effets des politiques monétaires respectives de chaque pays, et montrer combien les bénéfices à court terme de la politique inflationniste de l’Islande sont faibles en comparaison de la politique moins brutale en la matière de l’Irlande.

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Graphique 1 : PIB nominal (2008 = 100). Source : Banque de la Réserve fédérale de St-Louis.

 

Le graphique 1 décrit la version la plus répandue de l’histoire. La politique inflationniste de l’Islande a stimulé les exportations, a couvert les mauvaises dettes par la planche à billets, et, de manière générale, a permis au pays de sortir relativement indemne de la tempête. Par contraste, l’Irlande est embourbée dans une croissance molle et cinq ans plus tard la production du pays est toujours de 10% en dessous du pic d’avant la crise.

Une telle analyse néglige l’effet pernicieux de l’inflation sur l’économie islandaise. Cette politique a augmenté la création monétaire de près de 20% pour la seule année 2008, et a mené immédiatement à une augmentation des prix.

Figure2
Graphique 2 : PIB réel (2008 = 100). Source : Banque de la Réserve fédérale de St-Louis.

 

Avec le graphique 2, nous avons une meilleure appréhension de l’ampleur de la dégradation pour l’Islandais ou l’Irlandais moyen. Alors que la banque centrale islandaise augmentait la création monétaire, l’inflation des prix faisait rage. Les Islandais sentaient leur situation financière empirer tandis que leur pouvoir d’achat s’écroulait. Ce qui n’apparaissait pas au reste du monde, fixé qu’il était sur les chiffres nominaux de l’économie islandaise. À son plus bas fin 2010, le PIB en volume, c’est-à-dire corrigé de l’inflation, a diminué de plus de 35%.

En Irlande, ce déclin était atténué par la baisse des prix, la déflation. Comme les prix baissaient, il devenait plus facile pour les citoyens irlandais de continuer à encore baisser leurs revenus nominaux. À son point le plus bas, l’économie irlandaise avait perdu moins de 10% en termes réels.

Cela semble suggérer que l’Irlande a choisi la meilleure solution en ne suivant pas une politique monétaire inflationniste. Certains noteront, cependant, que la reprise islandaise depuis 2010 semble véritablement forte.

En effet, si nous observons la chute du taux d’emploi dans chaque pays, notre sympathie ira vers la masse de chômeurs irlandais.

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Graphique 3 : taux d’emploi (2008 = 1). Source : Banque de la Réserve fédérale de St-Louis.

 

En creusant un peu, cependant, on s’aperçoit que la réalité n’est pas ce qu’elle semble être. Beaucoup d’Islandais ont deux emplois afin de joindre les deux bouts. Ce qui était d’autant plus nécessaire pendant la récession, tandis que l’inflation rendait plus difficile de s’en sortir avec un salaire. Par conséquent, beaucoup d’Islandais ont perdu un emploi pendant la récession mais ce n’est pas reflété par les statistiques du chômage tant qu’ils sont toujours employés ailleurs. Ce qui n’est absolument pas le cas en Irlande, ou non seulement la norme est un emploi par actif, mais où la baisse des prix a aidé à joindre les deux bouts pour une personne ayant un travail malgré la récession qui perdurait.

Un meilleur moyen de jauger la situation de l’emploi est de regarder l’évolution des heures travaillées.

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Graphique 4 : heures annuelles travaillées (2008 = 100). Source : Banque de la Réserve fédérale de St-Louis.

 

Ci-dessus, nous pouvons voir que la situation est renversée. Depuis le début de la récession jusqu’en 2010, le nombre d’heures travaillées par l’Islandais moyen a diminué de 6%, tandis que dans le même temps la baisse pour l’Irlandais moyen était de 3,5%, presque moitié moins.

Les deux pays connaissent toujours des difficultés. Le contrôle monétaire islandais décourage des investissements nécessaires au pays, tandis que l’Irlande se retrouve avec sur les bras une énorme dette provenant du renflouement de ses banques, ce qui ralentit la croissance. Une chose est claire cependant : les effets de la politique monétaires ne sont pas bons et les bénéfices affichés de la politique inflationniste islandaise sont contrecarrés par l’inflation qui s’en est suivie.

Il ne faut pas laisser une bonne crise dégénérer ; il faut apprendre quelque chose de cela. Comme le démontre l’histoire de ces deux pays, provoquer de l’inflation peut donner l’apparence de la reprise, mais la vérité est quelque peu moins rose.


Article original publié dans le Mises Daily. Traduction : Institut Coppet.

[*] David Howden est titulaire de la chaire du département des affaires et de l’économie et professeur d’économie à l’Université de Saint Louis, campus de Madrid, et Vice-Président du Ludwig von Mises Institute of Canada, et récipiendaire du prix Douglas E. French du Mises Institute.

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