Allemagne / UE : fourmi contre cigales

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Bruxelles et Paris préfèrent faire l’économie de la réforme que la réforme de l’économie. Et demandent à Berlin de se tirer une balle dans le pied pour être sur un pied d’égalité.

Par Baptiste Créteur.

imgscan contrepoints 2013818 Hollande AllemagneAprès les injonctions de François Hollande, c’est au tour de la commission européenne de demander des « efforts » à l’Allemagne. C’est l’avis du commissaire européen en charge de l’emploi, Laszlo Andor :

Il serait très important que l’Allemagne intensifie les investissements publics, stimule la demande et réduise ses excédents commerciaux excessifs, qui font du tort à ses voisins européens. Pour cela, un changement sur la politique des salaires est indispensable, du point de vue de la commission. […] La croissance des salaires est restée fortement derrière l’évolution de la productivité [depuis plus de 10 ans en Allemagne].

Concrètement, le commissaire européen demande à l’Allemagne :

  • d’être moins raisonnable dans sa gestion de la dépense publique, l’Allemagne faisant des efforts pour réduire ce que les autres préfèrent laisser exploser ;
  • de réduire volontairement sa compétitivité, que l’Allemagne a fait en sorte depuis 10 ans d’améliorer.

Au lieu de demander aux autres pays de suivre le bon exemple allemand, la commission demande à l’Allemagne de suivre le mauvais exemple des autres pays. Et devrait essuyer le même revers que François Hollande avant elle, alors que la porte-parole du gouvernement allemand déclarait il y a quelques jours :

Les déclarations très générales en provenance de Paris ne fournissent aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique. L’Allemagne est déjà une locomotive importante, la plus importante même pour la conjoncture de la zone euro.

En clair, les Allemands n’ont aucune envie de se tirer une balle dans le pied pour que la compétition soit moins rude pour les autres pays de la zone euro, même si c’est demandé très gentiment. D’autant plus que l’Allemagne demande depuis plusieurs années aux États cigales de faire quelques efforts, au moins symboliques, indiquant qu’ils s’engageraient dans la bonne direction – sans succès. Que la demande vienne de Paris ou de Bruxelles ne changera probablement pas grand chose.

Il est déplorable que la France et l’Europe soient dirigées par des pleurnicheurs qui, au lieu de mener les réformes de bon sens chez eux, demandent à l’Allemagne de mener des réformes dans le mauvais sens. Ils semblent penser que la fée économie est plus clémente avec les pays qui s’astreignent à réduire la dépense publique, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, par pure coïncidence, et que ses bienfaits doivent par conséquent être redistribués. Ils persistent aussi à penser que la hausse des salaires et la dépense publique stimulent la croissance, malgré les échecs évidents chez eux.

Les chances que l’Allemagne cède sont faibles. Mais, après s’être éloignée des Américains qui espionnaient sans scrupules l’allié allemand, elle pourrait bien choisir de se retirer aussi d’une Union Européenne prisonnière d’une vision où le succès des uns se fait toujours au détriment des autres. Elle rejoindrait en cela un Royaume-Uni à l’euroscepticisme et aux réticences croissants. Se dirige-t-on vers une Union plus solidaire, ou moins solide ?

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