L’optimisme libéral, par Bertrand Russell

Bertrand Russell credits Aldo C. Benedetti (licence creative commons)

Bertrand Russell credits Aldo C. Benedetti (licence creative commons)Bertrand Russell (1872-1970) fut à la fois un grand mathématicien et un grand logicien. Il était également libéral au sens qu’on donnait à ce mot au début du 20e siècle : les progrès de la science et la rationalisation de la politique devaient nécessairement aboutir à l’amélioration globale du bien-être de l’Humanité. Son Histoire de la philosophie occidentale témoigne de cet optimisme, qui prend sa source dans la tradition intellectuelle de la fin du Moyen âge et ne s’effacera qu’avec l’expérience traumatisante des deux guerres mondiales :

Le libéralisme primitif était optimiste, énergique et philosophique parce qu’il représentait les forces grandissantes qui paraissaient devoir être victorieuses sans grandes difficultés et apporter par leur victoire de grands bienfaits à l’Humanité. Il était opposé à tout ce qui était médiéval, en philosophie comme en politique, parce que les théories du Moyen âge avaient été utilisées pour sanctionner le pouvoir de l’Église et du roi, pour justifier la persécution et faire obstacle aux progrès de la science mais il était aussi opposé aux fanatismes, alors modernes, des calvinistes et des anabaptistes.

Il voulait la fin des luttes politiques et théologiques afin de libérer les énergies pour les entreprises plus vivantes du commerce et de la science, pour la théorie de la gravitation et la découverte de la circulation du sang. Dans tout le monde occidental, la bigoterie faisait place à la lumière, la crainte de la puissance espagnole prenait fin, toutes les classes de la société s’enrichissaient et les plus grands espoirs paraissaient devoir être sanctionnés par les esprits les plus sobres. Durant un siècle, rien ne vint obscurcir ces espoirs. Puis enfin, ils engendrèrent eux-mêmes la Révolution française qui conduisit directement à Napoléon et la Sainte Alliance. Après ces événements, le libéralisme dut reprendre des forces avant que la nouvelle vague optimiste du XIXe siècle devienne possible.

Source : Bertrand Russell, Histoire de la philosophie occidentale, Les Belles Lettres, vol. 2, p. 684 (trad. H. Kern).