Généreux, mais avec l’argent des autres

Faire payer les riches (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence CC-BY 2.0)

Comment font ceux qui se réclament de la « justice sociale » pour surmonter leurs contradictions économiques et morales ?

Par Jean-Louis Caccomo.

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« J’ai voté avec la droite contre la gauche, quand il s’est agi de résister au débordement des fausses idées populaires. J’ai voté avec la gauche contre la droite, quand les griefs légitimes de la classe pauvre et souffrante ont été méconnus ». F. Bastiat, 1862, Œuvres économiques.

S’ils sont si nombreux ceux qui se proclament à l’avant-garde du combat social, c’est qu’il y a une grande facilité à se montrer généreux avec l’argent et l’effort des autres. Mais, comment systématiquement attaquer ou retarder les privatisations, demander à l’État de combler les déficits des entreprises publiques et des régimes sociaux et refuser dans le même temps d’étendre l’assiette fiscale à une plus grande partie de la population ou d’entreprendre toute réforme du secteur public ou de la sécurité sociale ? Comment prétendre défendre le système de retraite par répartition, vouloir travailler moins et refuser toute forme de capitalisation ?

Malheur aux riches !

La France aurait trouvé la réponse miracle : il faut s’attaquer aux riches, il faut ponctionner les marchés financiers et limiter la spéculation. Mais on ne rend pas service aux gens de condition modeste en s’attaquant à ceux qui gagnent de l’argent car, dans une société où il n’y a pas de riches, c’est que tout le monde est pauvre !

Dans un tel univers, l’égalitarisme est à ce point écrasant qu’il conduit à supprimer les riches plutôt qu’à accepter l’enrichissement du plus grand nombre. En supprimant la possibilité de s’enrichir – et donc de changer sa condition d’origine -, on détruit dans le même temps toute incitation au travail efficace et tout espoir dans l’avenir. Les pays qui ont permis le plus grand épanouissement possible des principes du libre-échange et de la libre entreprise sont aussi ceux qui ont connu la plus grande prospérité. À l’inverse, les pays qui ont subi pendant près de 70 ans l’expérience collectiviste de l’économie dirigée ont assuré la pauvreté pour la masse de leurs citoyens. Si la tendance à la paupérisation des masses s’est réalisée quelque part, c’est bien dans les nations qui ont éliminé le droit à la propriété privée et le principe de concurrence parce que leurs dirigeants ont cru qu’il pouvait construire, produire et régenter l’ordre social.

Faire du social

Faire du « social », voilà la grande ambition moderne des politiciens au moment où ils se rendent compte de leurs capacités limitées à contrôler l’économie. Tout est alors décliné à l’aune du social : l’économie sociale, les prélèvements sociaux, la social-démocratie ou encore la politique sociale. Mais, l’action sociale est bien illusoire si elle consiste à briser les ressorts de la dynamique économique alors même que les dimensions économiques et sociales sont inextricablement entremêlées.

Dès 1776, Adam Smith faisait remarquer qu’il suffisait, « pour passer de la plus extrême barbarie à la plus grande opulence, d’assurer la paix, une administration juste et de faibles impôts ». Mais, voilà bien un rôle de l’État trop raisonnable et modeste pour contenter l’orgueil et l’ambition du personnel politique. La dénonciation des inégalités est un refrain bien connu et qui fera toujours recette tant certaines inégalités sont en effet insupportables et illégitimes. Cependant, l’existence de gens riches n’est pas un problème pertinent en soi. La question est de savoir si ce sont toujours les mêmes qui s’enrichissent et en fonction de quels critères : le travail ou la naissance, l’effort ou le patrimoine, le mérite ou le piston, la compétence ou la corruption ? En liant le revenu du travail à sa productivité, l’économiste montre l’importance de l’effort, du mérite, des compétences et du talent dans la double détermination du revenu économique et des différences de revenus. La reconnaissance de la diversité des talents et des efforts se traduit inéluctablement par une échelle des revenus, laquelle agit comme une incitation à l’effort, seule moteur du progrès pour tous dans le respect des différences de chacun. Il n’est donc ni raisonnable, ni efficace de vouloir réduire à tout prix cette échelle de revenus.

Ceux qui ont le privilège rare de briller sous les feux médiatiques s’en prennent volontiers à l’économie en l’assimilant à une sorte de vision comptable complètement déshumanisée et peu soucieuse des malheurs humains. Mais, il est indécent de voir des personnalités du show-biz ou des vedettes du sport donner des leçons de vertu et de désintéressement alors que la plupart d’entre eux se font fort de déclarer leurs revenus dans un pays fiscalement plus accueillant (en Suisse par exemple) tout en médiatisant leur dévouement « désintéressé » pour une cause sociale ou humanitaire. Pourquoi cherchent-ils à échapper, en tant que contribuable anonyme, au financement de la production de biens et services publics ?

Ce rapport hypocrite à l’argent est affligeant, tout autant que le discours anti-économique qu’il cautionne. Ce discours se complaît à décliner l’éternelle rengaine anticapitaliste alors même que ses promoteurs les plus zélés répugnent à entrer dans des discussions trop techniques dès qu’il s’agit de réfléchir sérieusement sur le fonctionnement réel de l’économie. Vous comprenez, nous disent-ils, nous ne sommes pas des spécialistes en économie et ces choses trop sérieuses ne nous intéressent pas. C’est là tout le drame ! Comment peut-on parler si sûrement de choses que l’on ne veut pas connaître ?

L’économie a plus à voir avec la logique qu’avec l’idéologie et certains de ses principes les plus fondamentaux n’ont pas été inventés par les économistes mais découverts par les plus brillants. À l’heure des débats spectacles, où il s’agit plus d’impressionner que de convaincre – et en ce domaine, les gens du spectacle sont bien des professionnels -, où il s’agit plus de faire monter l’audience que d’éveiller les consciences, le discours économique ne trouve plus guère sa place. Et ses rares défenseurs sont bien timides quand ils se réfugient derrière l’académisme universitaire aussi hermétique qu’élitiste.

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