Libéralisme contre tout État : deux visions irréconciliables

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Le libéralisme et l’étatisme représentent deux visions politiques totalement opposées, et pas seulement d’un point de vue technique ou économique, mais plus fondamentalement, d’un point de vue sociétal.

Par Claude Robert.

Socialisme libéralisme (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)Alors que les médias français ne cessent de nous repaître des différences qui sont supposées séparer ces deux visions sur le plan de leurs répercussions économiques, la plupart du temps d’ailleurs au détriment du libéralisme (qui ne peut-être qu’ultra), puisque l’étatisme a largement investi la pensée dominante1 , il semble au contraire utile de considérer ces différences d’un point de vue plus phénoménologique, pour bien comprendre les croyances qui en sont à l’origine et pour saisir combien il s’agit de deux mondes que rien ne peut réconcilier.

Par ailleurs, bien que recouvrant assez fidèlement la division droite-gauche, la bipolarisation des mentalités selon les idées libérales et les idées étatiques s’avère bien plus profonde que celle-ci.

Sur le plan de l’individu

C’est une évidence, le libéralisme fait confiance en l’individu. Cette confiance est la pierre angulaire de la pensée libérale. Pour cette dernière, l’individu est la source du progrès car il possède le talent potentiel, la motivation. L’enrichissement de la société se réalise grâce à celui de ses individus. Le libéral sait que l’individu est parfois égoïste, parfois improductif, parfois frileux, parfois malhonnête, mais cela ne le dérange pas. Car il sait que dans une société, la plupart des individus représentent une force considérable d’invention, d’adaptation et de progrès. Il est persuadé qu’il faut laisser cette force s’exprimer, par principe, quitte à la réglementer ensuite lorsque cela devient nécessaire.

Ceci implique une donnée fondamentale : la liberté. Le libéral est avant tout épris de liberté individuelle. Symétriquement, la concentration du pouvoir est sa hantise, il y voit un risque de totalitarisme.

L’étatisme lui, ne fait pas confiance en l’individu. Il s’en méfie. L’individu seul constitue un risque : celui de profiter de ses pairs, de les voler, de les écraser. Le risque inverse, celui de les aider et de les stimuler, est considéré comme trop improbable pour être pris en compte.

De fait, la liberté individuelle n’est plus une opportunité. Elle devient un danger. Et même si, parmi les étatismes, le marxisme promet plus de liberté aux individus, dans les faits, il n’a eu de cesse de la restreindre : « Il est hors de doute que la promesse d’une plus grande liberté est devenue une des armes les plus efficaces de la propagande socialiste (…) La plupart des intellectuels embrassèrent le socialisme comme l’héritier présomptif de la tradition libérale : aussi n’est-il pas surprenant qu’ils n’aient pu concevoir que le socialisme mène à l’opposé de la liberté » (Friedrich A. Hayek, La route de la servitude).

Sur le plan de la société

imgscan contrepoints 2013-2281 aronLe libéralisme attend de la société qu’elle corrige les excès de la liberté individuelle, selon le sacro-saint principe de subsidiarité. Ce principe très ancien « consiste à réserver uniquement à l’échelon supérieur uniquement ce que l’échelon inférieur ne pourrait effectuer que de manière moins efficace » (définition du site vie-publique.fr). L’État, la collectivité doivent organiser des contrôles suffisants et doivent prendre en main les affaires individuelles, seulement dès lors que cela devient nécessaire.

Ainsi, au lieu d’inhiber les forces créatrices des individus, le libéralisme fait le pari de les laisser s’exprimer, quitte à ce que l’État intervienne lorsque les individus ne parviennent pas par eux-mêmes à assurer l’équité, l’éthique et l’efficacité attendues. Le rôle de l’État est limité aux tâches que lui seul peut assurer mieux que quiconque. Le Droit intervient en renfort pour assurer le respect de chacun. Il est au service de la défense des individus. Il ne souffre pas ou peu d’exceptions.

À l’inverse, l’étatisme préfère organiser la société de telle sorte que celle-ci ne prenne pas le risque que ses activités soient à la merci du bon vouloir de ses citoyens : « Le trait commun de tous les systèmes collectivistes peut-être défini, en une phrase chère aux socialistes de toutes nuances, comme l’organisation des travaux de la société en vue d’un but social déterminé. Le fait que notre société actuelle ne possède pas cette direction ‘consciente’ en vue d’un but unique, que ses activités sont guidées par les caprices et les fantaisies d’individus irresponsables, ce fait a toujours été un des principaux objets de la critique socialiste » (Friedrich A. Hayek, La route de la servitude).

La centralisation est donc l’exact contraire de la subsidiarité. Les libertés individuelles y sont par principe confisquées puis réallouées par des instances centralisées qui ont la charge de les restituer selon les règles décidées par elles en fonction des objectifs du moment. L’étatisme, et son corollaire le planisme, ne peuvent donc en aucune façon tolérer la notion même de Droit Commun : « L’égalité formelle devant la loi est en contradiction, voire incompatible, avec tout effort gouvernemental tendant à réaliser l’égalité matérielle ou concrète entre les hommes. En d’autres termes, toute politique qui veut mettre en pratique l’idéal de la justice distributive doit mener tout droit à la destruction de la règle de la loi » (Friedrich A. Hayek, La route de la servitude).

Avec pour conséquence, et l’histoire l’a maintes fois démontré, l’aboutissement dictatorial de tout étatisme : « Les différents genres de collectivisme, communisme, fascismes (…) diffèrent tous du libéralisme et de l’individualisme en ceci qu’ils veulent organiser l’ensemble de la société et toutes ses ressources en vue de cette fin unique, et qu’ils refusent de reconnaître que les sphères autonomes où les fins individuelles sont toutes-puissantes. En bref, ils sont totalitaires (…)» (Friedrich A. Hayek, La route de la servitude).

Sur le plan idéologique

L’astuce des opposants au libéralisme est de le taxer d’idéologie. C’est bien évidemment fallacieux car les principes du libéralisme se résument à quelque broutilles d’une extrême simplicité : liberté individuelle, subsidiarité, droit… Il n’y a pas de quoi faire une idéologie. Ni de séduire les foules, hélas. « Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable ; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes » (Friedrich A. Hayek, La route de la servitude).

À l’inverse, l’une des raisons du succès du marxisme tient justement, selon Raymond Aron, dans le fait qu’il se présente comme un système universel, un montage intellectuel réunissant science et morale et mettant l’Histoire en perspective. Sa complexité, son idéalisme et son aspect prométhéen exercèrent et exercent encore une incroyable séduction sur les esprits : « La doctrine découvre aux vrais communistes une interprétation globale de l’univers, elle leur insuffle des sentiments proches de ceux des croisés de tous les temps, elle fixe la hiérarchie des valeurs et détermine la conduite bonne ». L’auteur parle même « d’une idéologie érigée en orthodoxie d’État. Orthodoxie qui nourrit encore des prétentions, abandonnées par l’Église catholique ». (Raymond Aron, L’Opium des intellectuels).

C’est sans doute sur la dimension idéologique que la différence est la plus renversante entre les tenants du libéralisme et ceux de l’étatisme. Comment en effet continuer de croire en une doctrine qui n’a, dans les faits, jamais réussi, et qui a généré tant de drames, si ce n’est au prix d’un aveuglement idéologique/affectif total ? Ne serait-il pas finalement logique de qualifier le libéralisme de pragmatique et de démocratique ? Et de déplorer l’angélisme et le totalitarisme de l’étatisme ?

Il est peut-être d’utilité publique, chez nous en France, de rappeler tout cela noir sur blanc.

Cartographie des deux univers respectifs

Ce tableau relate simplement des tendances associées à chaque univers. Certes, il s’agit en quelque sorte d’une matrice de risques. Et le libéralisme n’est pas dénué de dangers. Il est même par définition fragile. Mais l’histoire n’a-t-elle pas été assez claire en ce qui concerne l’efficacité des régimes étatiques ? Et pourquoi serait-il interdit d’appeler un chat un chat ?

 

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Sur le web

  1. n’oublions pas que 74% des journalistes ont voté Hollande en 2012 selon l’institut Harris Interactive.