Censure : CSA v. Fondation Lejeune

censure.jpg licence CC/ credits Isaac Mao

La Fondation Lejeune a lancé plusieurs campagnes qui ont fait polémique. Est-ce une raison pour que le CSA demande l’arrêt de leur diffusion ?

Par Maxime Pichon.

censure

Les campagnes de publicité et les différentes vidéos réalisées par la Fondation Jérôme Lejeune font débat, c’est le moins que l’on puisse dire. En quelques mois, le Jury de déontologie publicitaire, Le Nouvel Observateur et le CSA sont montés au créneau et se sont élevés contre certains messages relayés par la Fondation, sous prétexte qu’ils ne susciteraient pas une « adhésion spontanée ».

Le premier épisode de ces controverses entourant les messages de la Fondation Lejeune remonte à la campagne de publicité lancée en janvier 2013 par la fondation d’utilité publique. Très au fait de la destination de l’argent récolté par le téléthon, la Fondation Lejeune n’hésitait pas à affirmer que « la recherche sur l’embryon sert d’abord l’intérêt de l’industrie pharmaceutique. En effet, les cellules souches embryonnaires humaines, comme les cellules iPS, sont efficaces pour la modélisation de pathologies et le criblage de molécules, piliers de l’industrie pharmaceutique. La pression des laboratoires, qui se sont déjà manifestés pendant la révision de la loi de bioéthique de 2011 pour obtenir l’autorisation de la recherche sur l’embryon humain, est significative. Les cellules iPS coûtent cher, alors que l’embryon humain ne coûte rien. »

« Vous trouvez ça normal ? »

Pour alerter l’opinion sur la quasi-certaine destruction des embryons utilisés pour la recherche, la Fondation a lancé une campagne de publicité intitulée « Vous trouvez ça normal ? On arme des bateaux pour défendre les baleines alors qu’on laisse l’embryon sans défense », mettant en regard une image d’embryon humain destiné à la recherche puis à la destruction et une image d’animal, dont les mesures de protection ne cessent d’augmenter.

Le Nouvel Observateur est ensuite venu démarcher et attribuer un prix à la Fondation pour plusieurs publicités pleine page figurant dans différents numéros. Jusqu’ici, rien de très choquant. Sauf que cela a suffi à susciter l’émoi de la communauté des lecteurs du magazine, qui ont immédiatement demandé la fin de la diffusion de la campagne de publicité. Effarouché, le Jury de déontologie publicitaire, dont tout le monde ignorait l’existence jusqu’à présent, est lui aussi intervenu pour mettre fin à la diffusion de la publicité.

La Fondation Lejeune, coupable de montrer des enfants trisomiques à la TV ?

Cette histoire n’est pas un cas isolé. Au mois de juillet 2014, le conseil de surveillance de l’audiovisuel (CSA), sûrement pour justifier son existence, est venu mettre son petit grain de sel dans les affaires de la Fondation. Cette fois-ci, cet organisme public demandait aux différentes chaines de télévision ayant diffusé le message « dear future mom », vidéo notamment réalisée par la Fondation, de ne plus le faire. Cela pourrait culpabiliser des femmes qui auraient fait un choix de vie différent. Mais que voit-on donc de si dérangeant dans cette vidéo ? De nombreux enfants trisomiques qui s’adressent à leur future maman en lui disant que même si leur vie sera parfois compliquée, ils se considèrent heureux et sont capables de beaucoup. Une vidéo pleine d’espoir donc, qui a été vue plus de 5,5 millions de fois dans le monde et rediffusée par de nombreux responsables politiques.

Le CSA a finalement cru bon de demander l’arrêt de la diffusion de cette campagne, jugeant qu’elle ne suscitait pas « l’adhésion spontanée » de tous les téléspectateurs. Mais que peut-on véritablement reprocher à cette vidéo ? De montrer des enfants trisomiques heureux ? Faudrait-il les cacher, les occulter ? Rapidement caricaturée, la Fondation ne fait qu’éclairer des réalités qu’elle juge graves. Au travers des remontrances de ces organismes publics, c’est une réalité trop radicale, trop extrême, trop difficile à supporter, qui se trouve dénoncée. Une autre réalité qu’il convient de rappeler alors que la recherche autour de maladie comme la trisomie 21 n’est aujourd’hui véritablement supportée que par la Fondation Lejeune.