Belle Knox : « La pornographie est un métier comme un autre »

belle knox credits alan (licence creative commons)

Une série documentaire vient de sortir sur Belle Knox, cette étudiante de Duke University qui s’est lancée dans le porno pour financer ses études.

Par Elisabeth Nolan Brown, depuis les États-Unis.

belle knox credits alan (licence creative commons)

Belle Knox est le sujet d’une nouvelle série documentaire qui se focalise sur son entrée dans l’industrie du X et la notoriété qui en découle. Produit par Condé Nast Entertainment and Stateless Media, Becoming Bell Knox comprend cinq courts clips dans lesquels le spectateur peut voir l’étudiante studieuse de 19 ans, Miriam Weeks, se transformer en « l’Actrice X de Duke », une jeune femme qui fait ses débuts dans le X sur le site FacialAbuse.com, cite Sheldon Richman dans ses premiers écrits pour le Time, se fait « gangbanger » devant la caméra, participe à un groupe de discussion libertarien-féministe dont je fais aussi partie, apparait dans The Independents, et twitte qu’elle va acheter de la lingerie grâce à des dons en bitcoin.

Weeks ne se déshabille pourtant pas pour devenir la dernière égérie des travailleurs du sexe. Non, elle se déshabille pour payer ses frais de scolarité : après avoir vu ses parents lutter pour rembourser leurs propres prêts étudiants, elle a décidé de ne pas s’engager dans cette voie. « J’ai googlé ‘comment devenir une actrice porno’ », explique-t-elle au début du documentaire. Le jour suivant, elle perçoit 1200$ pour la scène de Facial Abuse.

À ce moment-là, Weeks pense qu’elle peut conserver son alter-ego secret, mais rapidement, un camarade de classe la découvre et répand la nouvelle. Plutôt que d’être rongée par l’embarras ou de laisser d’autres personnes colporter son histoire, Weeks décide de la raconter sur l’internet.

« J’aime la personne sûre d’elle-même et passionnée que je suis en train de devenir grâce à la pornographie » explique-t-elle dans les deux premiers chapitres de la série (même si « c’est gênant d’avoir toujours du sperme dans les cheveux »). Dans le chapitre 3, elle considère la pornographie comme un simple « jeu ». « Belle n’est rien d’autre que le côté très sexuel de Miriam », nous dit-elle. Mais dans le quatrième chapitre, Weeks avoue qu’elle était naïve de penser qu’elle pouvait « compartimenter » Belle et Miriam.

La plupart des difficultés proviennent vraisemblablement des réalités de l’internet et de l’industrie du porno d’aujourd’hui : il n’est plus possible d’être une véritable star de films pour adulte sans venir défendre en personne son statut « on line ». Avec son image publique de « Belle », il devient difficile pour elle d’être « Miriam » dans les yeux de son entourage. (Cela me rappelle William Deireiwicz expliquant que le soi de la génération Y est nécessairement un « soi entrepreneur » parce que le monde digital a effacé la frontière entre le monde personnel et professionnel.)

Toutefois, il n’y a pas que le problème du regard des autres. Au fur et à mesure que la série progresse, il devient clair que, comme tout personnage public, Weeks risque de se perdre elle-même à trop vouloir se donner au public. « Si tu commences à te transformer en Belle, il vaut mieux fuir le milieu », lui a conseillé une collègue.

actrice X rené le honzecDans le dernier clip, on apprend que Weeks a beaucoup voyagé et s’ennuie de sa famille et de ses amis, se sentant abandonnée par ceux-ci, ainsi que frustrée par certaines conditions de travail de l’industrie pornographique. Elle ressent une certaine lassitude. Son réel enthousiasme des débuts d’être payée pour des rapports sexuels a disparu (« l’expérience m’a usée »). Certains s’en serviront sûrement comme preuve du coût déraisonnable que la pornographie fait subir aux femmes.

Mais je ne peux pas m’empêcher de penser à cette scène inévitable des documentaires sur les groupes de musique pop en tournée, où l’on peut voir le chanteur dormir par à-coups sur un siège de bus ou en train de téléphoner avec tristesse à quelqu’un resté à la maison. La vie d’un musicien en tournée, ce n’est pas toujours marrant ! La vie d’une actrice porno en plein essor, parfois ça craint ! « La pornographie est un métier comme un autre, c’est du travail et je pense que ça n’a aucune importance de l’apprécier ou non » dit Weeks dans le cinquième clip.

Weeks m’a confié que les critiques de Becoming Belle Knox ont été positives et elle est globalement satisfaite du résultat de la série. « Je trouve que le documentaire raconte parfaitement mon histoire et je suis tellement contente d’avoir été capable de toucher des gens à travers mes discussions honnêtes et ouvertes sur ce que signifie être une femme de sexe, dit Weeks. J’ai reçu d’incroyables retours de mes fans qui m’ont écrit pour me confier que j’étais une source d’inspiration pour eux et qu’ils se sentaient concernés par les sujets que j’ai soulevés. »


Traduction pour Contrepoints de « Belle Knox Docu-Series: Porn Is Like Any Other Job, It’s Labor » publié le 24.09.2014 par Reason.com.

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