Tour Triangle, symbole de l’inanité de l’accord PS-Verts à Paris ?

Tour Triangle - Credit Herzog et de Meuron (tour-triangle.com)

La mobilisation des riverains et la division des élus parisiens sèment le doute sur l’issue de ce projet architectural controversé.

Par le Parisien libéral

Tour Triangle - Credit Herzog et de Meuron (tour-triangle.com)

Les électeurs qui ont tenté de comprendre quelque chose à la campagne des municipales Paris 2014 avaient bien remarqué quelque chose : la sortante Anne Hidalgo, au pouvoir aux cotés de Bertrand Delanoé depuis 2001, était opposée à tout une série d’opposants, de l’extrême-droite non résidente à Paris (Wallerand de Sant-Just) à l’extrêm- gauche (Danielle Simonnet), en passant par NKM, les centristes (Christian Saint-Étienne) et les écolos (Christophe Najdovski).

Or, au vu de la campagne et des amabilités que s’étaient échangées les militants socialistes et les écologistes durant des mois, il était apparu pour le moins étrange qu’Hidalgo et Najdovski parviennent, quelques heures après la fin du premier tour, à un accord de fusions de listes entre le PS et EELV. Les points de désaccords fondamentaux ou de frictions étaient en effet nombreux : le tram sur les berges de Seine, le péage urbain, la lutte contre les particules fines… la question de la tour Triangle n’était pas la moindre. D’ailleurs, l’allié écolo d’Anne Hidalgo n’a jamais caché sa position sur la tour Triangle, position qui n’a jamais variée chez les écolos parisiens.

La tour Triangle, un projet architectural controversé

La tour Triangle, c’est ce projet architectural qui vise à construire, Porte de Versailles, le long de l’Avenue Ernest Renan, une tour de forme triangulaire de 180 m de hauteur et 42 étages (la tour Montparnasse en fait 210 m), sur un terrain appartenant à Unibail Rodamco.

Cette tour attire une très forte opposition, émanant de groupes variés aux motifs divergents :

  • les riverains, qui ne veulent pas subir les désagréments tels que l’ombre portée de la tour ou les 5000 travailleurs qui vont venir encombrer la ligne 12 du métro matin et soir,
  • l’extrême gauche, opposée par principe à un projet qui a une tête de capitalisme (même si c’est la mairie qui pilote,
  • les écolos, contre la consommation énergétique que cette tour pourrait générer,
  • les centristes, qui expliquent que les 90.000m² de bureaux sont en retrait du projet initial,
  • l’UMP et NKM, qui reprennent l’avis de l’Unesco en mettant en avant l’impact architectural.

On trouve même des arguments qui sortent du champ politique rationnel, puisque des « anti illuminatis » et autres « anti francs maçons » voient en la tour Triangle une preuve de l’influence (néfaste ?) qu’auraient ces groupes sur la vie politique parisienne. Et ne parlons pas du Canard Enchaîné qui, le vilain, voit des montages financiers douteux partout !

Seuls le Parti Socialiste Parisien et le MEDEF parisien semblent se prononcer en faveur de la tour Triangle. Après les déclarations de Jean-Louis Missika (adjoint PS d’Hidalgo) la semaine dernière, c’est au tour de Christophe Girard, le maire PS du IVeme, de s’exprimer dans la presse. Que dit-il ? D’une part, qu’il est fier du fait que Jacques Herzog et Pierre de Meuron « mettent en œuvre tout leur talent au bénéfice de notre Capitale », et qu’opposer la préservation du patrimoine et l’innovation urbaine est, pour sa part, un non-sens.

Autrement dit, les électeurs du XVème qui, de toute bonne foi, ont voté pour Anne Hidalgo au deuxième tour après avoir voté EELV au premier tour se trouvent relativement floués, puisqu’ils se retrouvent avec le sujet du retour des tours (de bureaux) à Paris.

Quelle politique d’aménagement urbain pour Paris ?

tour triangle rené le honzecIl serait pourtant simple de trancher. Plutôt que de négocier dans les coulisses du conseil municipal pour débaucher des élus centristes et UMP, qui pourraient voter oui, en remplacement des élus EELV, pourquoi ne pas organiser un referendum au niveau du XVème arrondissement et d’Issy-les-Moulineaux, voire au niveau de l’ensemble de la capitale ?

En vérité, le vrai problème, c’est que la campagne d’Anne Hidalgo, qui a préféré parler de fontaines d’eau pétillante, a esquivé deux sujet majeurs : l’exode des sièges sociaux de Paris vers la banlieue, et l’absence de plan d’extension de Paris, en dehors des bricolages de type intercommunalité.

L’un des problèmes de Paris, c’est que la Défense est entre Courbevoie, Puteaux et Nanterre, et non pas dans le Ier arrondissement, à Châtelet-les-Halles. Pourquoi est-ce un problème ? D’une part, parce que le modèle fiscal parisien, de taxation relativement faible des habitants, ne tient que parce qu’il y a une énorme base taxable d’entreprises. Or, si les entreprises déménagent, notamment faute de locaux disponibles et accessibles, il sera de plus en plus dur de financer le programme socialiste de soviétisation progressive du logement – objectif de 30% de HLM, vous vous souvenez ? – et Paris pourrait rapidement devenir Bruxelles : un centre pauvre et des banlieues riches, et séparatistes. D’autre part, il se trouve que Châtelet-les-Halles est desservi par trois lignes de RER et cinq lignes de métro. Sans tomber dans les excès de l’inacceptable Plan Voisin, il aurait été judicieux de profiter de cette centralité pour faciliter l’acheminement des gens qui travaillent dans des tours. Girard a raison de rappeler qu’une tour peut être joliment dessinée. Est-ce le cas de la tour Triangle, ça se discute. Mais l’exemple de la City de Londres montre qu’on peut mettre des tours au cœur d’un quartier historique.

En ce qui concerne la volonté du PS de faire bouger Paris à travers la tour Triangle, sous prétexte que « Tokyo, Séoul, Shanghai, Singapour, Jakarta ou New-York » bougent au niveau architectural, ça n’a pas de sens. Encore une fois, on ne peut pas comparer les 105 km² de Paris avec New York, mais éventuellement New York et la Petite Couronne (75+92+93+94) comme l’a bien montré le dessinateur Vahram Muratyan .

Paris New-York Credit Vahram Muratyan HuffingtonPost
Source : Huffington Post

 

Le candidat centriste Christian Saint-Étienne avait montré qu’en parallèle de la question du Grand Paris (jusqu’au Havre), il fallait ré-ouvrir le dossier des frontières de Paris intramuros. Elles n’ont plus bougé depuis Napoléon III ! Les densités comparées de Paris et d’autres capitales sont nettement en défaveur de la ville lumière. Si les habitants du XVème ne veulent pas de la tour Triangle, c’est peut être parce qu’à la différence de la City of London où personne n’habite, il y a 21.000 habitants au km² à Paris !

Pourquoi Anne Hidalgo est-elle incapable de proposer aux habitants de Montrouge, Saint Denis, Boulogne ou Montreuil de devenir des nouveaux arrondissements parisiens, ce qui permettrait d’envisager l’aménagement métropolitain autrement ? Ainsi, le PS parisien arrêterait de réfléchir seul dans son coin, et gérerait Paris à une autre échelle.

Évidemment, pour cela, il aurait fallu un programme qui aille au delà des petits accords de circonstance, et artificiels, entre états-majors politiques…


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