Marketing : bienvenue dans la Matrix !

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Marketing : bienvenue dans la Matrix !

Cet article en est un d’opinion. Il ne représente que le point de vue de son auteur
Publié le 31 décembre 2014
- A +

Par Charles Bwele.

matrix credits Hersson Piratoba (licence creative commons)

Ce n’est guère un hasard si le restaurant asiatique Happy Child a modifié ses menus et ses tarifs : il connaît les gymnases et les night-clubs préférés de ses clients yuppies et « branchés ». Le classieux restaurant Czehoski a recruté un DJ orienté années 80 pour ses vendredis soirs après avoir constaté que deux tiers de ses clients ont plus de 30 ans. Situés dans le centre-ville de Toronto, ces deux restaurants ont souscrit à des solutions Turnstyle moyennant une quarantaine de dollars mensuels.

Spécialisée dans l’analyse des données consommateurs, la start-up canadienne Turnstyle Solutions (Consumer Analytics For The Real World) a installé 200 capteurs dans plusieurs magasins et bars/restaurants du centre-ville de Toronto. Après avoir détecté les cartes wi-fi activées de tous les smartphones dans un rayon de 45 mètres, ces capteurs récupèrent leurs adresses MAC[1. L’adresse MAC est le code d’identification unique de la carte wi-fi/réseau intégrée dans chaque téléphone mobile / ordinateur. Rien à voir avec les produits Apple !] et, pour peu qu’ils soient connectés à Facebook ou à Google Plus via un hotspot wi-fi, obtiennent également les noms, l’âge et le sexe de tous les utilisateurs.

Grâce aux merveilles du Big Data, une boutique de vêtements peut en savoir plus sur les sites e-commerciaux visités par ses clients et sur leurs achats en ligne afin de mieux cibler ses promotions. Un bar/restaurant peut adapter ses happy hours ou la gestion de son personnel en fonction de l’agenda des spectacles du théâtre le plus proche. Sus aux aficionados de Foursquare : où qu’ils aillent, le Docteur Marketing ne les lâchera plus d’un poil !

Turnstyle Solutions n’est qu’une pionnière parmi tant d’autres du géomarketing à viseur laser combinant capteurs (à peine plus volumineux qu’un smartphone), géolocalisation et Big Data.

euclid

Créée par quelques figures de proue de Google Analytics, la start-up californienne Euclid Analytics analyse les données wi-fi et GPS afin que les commerces de détail circonscrivent précisément les habitudes de déplacement de leurs clients, le temps passé sur les points de vente, les rayons les plus visités, etc. La start-up torontolaise Viasense est plus versée dans la démographie des mobinautes : où vont et viennent les clients d’un magasin ou d’un centre commercial ? Où vivent-ils ? Sont-ils golfeurs ou footballeurs ? Combien gagnent-ils ? Sont-ils blancs, noirs, latinos, asiatiques, indiens, etc. ?

Ces trois agences géomarketing jurent par tous les octets qu’elles ne font qu’analyser des données anonymes et Chris Gilpin, fondateur de Turnstyle Solutions, fait preuve d’une (fausse) naïveté typiquement geek. Toutefois, le croisement et la corrélation de ces données – enregistrées et géolocalisées en temps réel par l’infomédiaire (Google/Android, Apple/iOS, Microsoft/Windows Mobile), par le réseau social et/ou les apps (Facebook, Twitter, Google Plus, Linkedin) et par l’opérateur télécom (Orange, Vodafone, Verizon, etc.) annihilent complètement l’anonymat initial. Devrons-nous accepter ou refuser le contrat de service d’un magasin ou d’un centre commercial avant de faire nos emplettes ? Aurons-nous quelque droit de regard sur l’usage de nos données mobiles ? Faudra-t-il systématiquement désactiver le wi-fi, le GPS et les apps avant de faire du shopping ? Nos profils seront-ils inéluctablement disséqués à proximité (moins de 45 mètres) d’un point de vente pourvu d’une solution géomarketing ? Et si les transports en commun et les péages et commerces autoroutiers adoptaient ces solutions ?

Quelques mois plus tôt, j’avais expliqué sur mon blog comment et pourquoi votre empreinte mobile vaut de l’or. Vous savez désormais à quoi vous en tenir dans un café, dans un fast-food, dans un magasin de fringues ou dans un centre commercial. Bienvenue dans la Marketrice !


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  • Toi qui entre ici, abandonne toute différence.

  • Et en même temps le big data est une source de créativité immense…. »Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve »

  • Le fait d’être connecté en permanence avec le monde entier et de pouvoir communiquer en temps réel avec lui en permanence n’a évidemment pas que des avantages. Aucune situation n’est parfaite, et avec les avantages énumérés ci dessus il y a Forcément des inconvénients dont celui d’être pisté.

  • En ce qui me concerne, la précision des publicités que Facebook réussit à m’envoyer sur le côté droit de mon écran me fascine positivement plutôt que de m’horrifier. Je n’ai pas la sensation d’être manipulé comme une marionnette, mais simplement d’être tenu au fait de ce qui est offert relativement à ma volonté. Que le marché évolue de manière à mieux cibler les désirs des consommateurs, puis d’établir plus efficacement le pont entre les producteurs et eux, c’est un gain pour la société et non une perte.

  • Je ne comprend pas les réactions si négatives. Que l’offre s’adapte plus finement et pour beaucoup moins cher à la demande est une très bonne chose.

    L’important pour garantir la liberté de tous, c’est que ce type de traçage puisse être modulé par l’individu qui en fait l’objet. Pas de faire interdire la récolte et l’analyse des données par l’état (qui préfère, lui, les « réguler » à son strict avantage, de toute façon).

    Si vous n’aimez pas le Big Data penchez-vous sur l’initiative Indie: https://ind.ie/about/

    • Mouaip. Ca ne me dérange pas qu( un resto sache qui je suis : il ne peut pas me faire de mal. Au contraire, il gagne plus d’argent seulement s’il me rend un meilleur service.
      Par contre l’Etat, c’est une autre histoire.

      • L’état y arrivera aussi … dans 20 ans. Le temps qu’on explique au ministre de l’économie numérique ce qu’est une adresse MAC et que les utilisateurs apprennent à la changer.

  • Le smartphone est-il une obligation ?
    Je commence très sérieusement à me poser la question.
    Bientôt, je m’inquiète à l’idée de penser qu’un jour le champ « Mobile » d’un questionnaire (en ligne par exemple) sera affecté d’un * (= champ obligatoire), en l’absence duquel aucune démarche ne sera possible.
    Le smartphone (comme l’interface à venir bioport cerveau ordinateur) sera-t-il une condition obligatoire du citoyen moderne ?

    • Idem avec la carte bancaire. Ceux qui refusent d’en avoir le payent, par exemple, en voulant sortir de l’autoroute en pleine nuit et qu’ils n’ont po as prévu de monnaie. Ils ne peuvent pas non plus acheter sur Internet. C’est un choix de leur part, ils en subissent les conséquences après avoir pesé librement le pour et le contre.
      Pour ce qui est de l’obligation d’avoir un smartphone, si c’est voulu par le secteur privé ou la concurrence règne, et non pas imposé par le système monopolistique étatique, pourquoi pas ?

  • Le marketing permet d’aller toujours plus loin dans la finesse d’analyse des gouts de chacun. En quoi un tel progrès serait un mal ? Chacun est libre ensuite de faire ce qu’il souhaite des propositions marketing, mais surtout va gagner beaucoup de temps à ne pas faire le tri entre les offres intéressantes et les autres.

  • si bien évidemment, il est à préférer que l’offre soit plus adaptée à la demande, encore faut-il outre sa nature y inclure la dimension temporelle afférente au moment où elle nous apparaît, car quand ce n’est pas le cas, la pléthore de sollicitations se fait aussi répugnante que n’importe quelle coupure publicitaire.
    Que celle-ci apparaisse à l’instant où je désirerai faire une acquisition, par exemple via une indexation du moteur de mes recherches et cela me conviendra; par contre, je tiens plus que tout à conserver le pouvoir décisionnaire quant à l’opportunité, c’est une question de liberté
    C’est qui le patron ??? 😉

  • La bonne question n’est pas de savoir si l’on est espionné. On l’est. Point. C’est un état de fait et je suppose que la plupart des gens sont ravis de l’être (coupons de réduction, pub pertinente, meilleurs approche marketing,…)

    La bonne question est de savoir comment couper cette surveillance.

  • Honnêtement tout ça ne fait pas du tout peur, au contraire.
    De toutes façons quand je contacte avec quelqu’un il a les mêmes infos et même plus. Là avec cette information j’ai en plus de grandes chances de trouver les meilleurs deals.
    Et rien ne m’empêche de déconnecter ce que je veux et de contrôler ce que je partage…

    C’est pas comme avec la nsa…

  • « Faudra-t-il systématiquement désactiver le wi-fi, »

    Attention, ne pas confondre le Wifi d’un réseau privé d’une box, protégé par WPA ou WPA2, et un réseau Wifi ouvert, pas protégé du tout. Un réseau protégé utilise le chiffrement, et les appareils non autorisés ne peuvent pas (en principe) décrypter les données qui transitent. Un réseau Wifi ouvert est en clair, donc écoutable.

    Vous pouvez laisser activé le Wifi mais désactiver la connexion automatique aux réseaux non protégés. Ainsi vos données de connexion ne seront pas si faciles à récupérer.

    Bien sûr, si vous avez un logiciel espion sur votre ordiphone (= smartphone, mais c’est bien un ordinateur), ça ne changera pas grand chose. Attention à ce que vous installez!

  • Tant mieux que les magasins connaissent bien mes gouts. J’aime la pub qui est ciblé. Ainsi sur le net je ne voit s’afficher de plus en plus que des trucs qui m’intéressent et pas des pubs qui de toutes façons ne m’atteignent pas.
    Mes choix en sont facilités. Effectivement, la question peut se poser en ce qui concerne l’état.
    Ma sécurité, ma vie privée, je sais quoi faire pour la protéger.

  • Les commentaires sont fermés.

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