Hausse de la mortalité routière : le « plan de lutte » de Cazeneuve est-il adapté ?

Autoroute Credit Yoann Lambert (CC)

Le ministre de l’Intérieur a présenté lundi son « plan de lutte » contre la hausse de la mortalité routière en 2014. Premier décryptage.

Une tribune de 40 millions d’automobilistes

Autoroute Credit Yoann Lambert (CC)

Alors que 2014 s’est clôturée sur un bilan de sécurité routière négatif affichant une légère reprise à la hausse des accidents après 12 années de baisses consécutives, faisons un premier décryptage de ce résultat.

Il n’existe pas de « bonne » année de sécurité routière

En préambule et pour lever toute ambiguïté, nous devons préciser qu’il est très difficile de parler de « bonne » année de sécurité routière tant que nous dénombrerons des décès sur les routes. Cependant, force est de constater que le bilan 2014, souvent présenté ces derniers jours comme « noir », doit être relativisé. 2014 est en effet la deuxième meilleure (ou moins mauvaise) année de sécurité routière depuis la création des statistiques. En aucun cas, l’année 2014 ne vient rompre la courbe de baisse des accidents amorcée en 1972. Le bilan 2014 aura juste le tort de s’inscrire suite un bilan 2013 marquant une chute brutale de l’accidentalité. Rappelons tout de même qu’avec un premier bilan évalué par l’association de 3389 tués sur les routes, 2014 affiche 256 victimes de moins qu’en 2012 et 870 de moins qu’en 2011.

Des disparités régionales avérées et un bilan en trompe l’œil

Si la hausse de la mortalité sera vraisemblablement inférieure à 4% (3,7% selon nos estimations) à l’échelle du territoire national, notons tout de même que cette hausse n’est pas équilibrée. Ainsi, la Bretagne voit par exemple sa mortalité routière augmenter de 14%, l’Alsace de plus de 41%. À elles seules, ces deux régions portent près de 40% du poids de l’augmentation de la mortalité routière nationale. Dans ce contexte, il est impossible de mettre en avant l’argument d’un changement de comportement des automobilistes français face à un relâchement de la répression, d’autant que l’Alsace, comme la Bretagne, s’est dotée de radars mobiles de dernière génération cachés dans les plaques d’immatriculations des véhicules banalisés des forces de l’ordre.

Rappelons aussi, pour lever toute ambiguïté, que la période de désactivation des radars bretons suite aux actes de vandalisme n’avait eu aucun effet négatif en termes de mortalité sur les routes. Au contraire, durant les mois de désactivation, les accidents mortels ont été à la baisse.

Si cette hausse montre des disparités régionales, elle montre aussi d’énormes disparités entre les usagers. Ainsi, si les automobilistes semblent être épargnés par la hausse du nombre d’accidents mortels, il convient de noter que les usagers vulnérables (piétons, cyclistes, 2 roues) sont les catégories les plus touchées par la hausse.

L’effet de la répression focalisée sur la « vitesse » touche à sa fin

Alors que d’autres pays présentant de bien meilleurs résultats que la France en termes de sécurité routière font progressivement marche arrière sur l’augmentation du nombre de radars (comme le Royaume-Uni qui a désactivé près de 60% des radars sur son territoire), la France ne pourra pas désigner l’arrêt du développement des radars comme responsable de la légère reprise des accidents mortels.

Au contraire, la France n’a cessé en 2014 de faire progresser son parc « radars » (fixes et mobiles). Un radar ne mesure qu’un seul paramètre de sécurité routière : la vitesse à un instant T, occultant de fait tous les comportements dangereux qui n’apparaissent pas au radar (franchissement de ligne continue, distances de sécurité…).

Des mesures à prendre

S’il est capital d’entendre que ce n’est pas la mesure politique à elle seule qui agit sur la courbe des accidents, il est néanmoins nécessaire de reconnaître les lacunes de notre pays qui n’apparaît pas dans le haut du classement de la sécurité routière à l’échelle européenne.

  • Entretenir les routes : chaque année, les dépenses de l’État pour l’entretien de nos routes diminuent comme peau de chagrin. Pourtant il s’agit d’un des trois paramètres capitaux pour assurer la sécurité des usagers (un véhicule en bon état conduit par un usager raisonnable sur une route entretenue). De même les investissements routiers français pâtissent aujourd’hui d’un lobby environnementaliste qui considère que tout investissement routier est un mauvais signal pour la sauvegarde de la « planète ». Rappelons que la sécurité routière nécessite surtout des investissements pour préserver la vie des usagers de la route.
  • Lutter contre les drogues au volant : 40 millions d’automobilistes rappelle que de plus en plus d’accidents mortels sont marqués par la présence de stupéfiants lors des analyses sanguines des tués. Nous devons comprendre que sans mesure forte, les stupéfiants au volant deviendront le fléau de la sécurité routière du 21ème siècle.
  • L’alcoolémie : alors que l’Angleterre a réussi le pari de minimiser la mortalité due à l’alcoolémie au volant (7 à 10% des accidents mortels) tout comme l’Allemagne (20%), la France ne parvient toujours pas à suivre l’exemple de ses voisins européens. En cause notamment, le manque de contrôles d’alcoolémie comparativement à l’abus de ceux sur la vitesse des véhicules (la France est le seul pays européen à appliquer un retrait de point pour les petits excès de vitesse de moins de 10 km/h).
  • L’usage du téléphone tenu en main : même si certains pays comme la Suède continuent à tolérer l’usage du téléphone tenu en main, plus aucun usager de la route ne conteste le danger représenté par son utilisation lorsqu’il est manipulé. Aussi, 40 millions d’automobilistes appelle à une grande campagne de communication sur l’intérêt des systèmes embarqués au sein du véhicule qui permettent de sécuriser au maximum son utilisation.

Bien d’autres pistes encore sont évidemment proposées par l’association 40 millions d’automobilistes. En Octobre 2013, l’association remettait aux parlementaires ainsi qu’au ministre de l’Intérieur les idées des automobilistes français pour une amélioration de la sécurité routière dans un livret « Raconte-moi la route de tes vacances, les idées des Français pour sauver des vies » téléchargeable sur le site www.racontemoitaroute.com et sur le site internet de notre association : www.40millionsdautomobilistes.com rubrique « nos livrets »

Une note positive

S’il est incontestable que l’année 2014 présente un bilan de reprise des accidents dans sa globalité, décembre 2014 aura été le meilleur mois de décembre de sécurité routière depuis la création des statistiques, prouvant ainsi qu’il n’y a pas eu de changement de comportement des automobilistes.

Cette donnée atteste aussi que la baisse des prix des carburants n’a pas d’effets négatifs de sécurité routière comme certains voudraient bien le laisser supposer.

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