BCE : l’erreur fatale sur les agrégats monétaires

Facepalm (Crédits : Alex Proimos, licence CC-BY 2.0). Image publiée initialement sur Flickr.

Comment se fait-il que les malheureux membres de la zone euro aient pu tomber dans le piège grossier tendu par les monétaristes américains ?

Par Jean-Pierre Chevallier.

facepalm credits alex proimos (licence creative commons)

Le manque de culture monétariste parmi les journalistes que sont la plupart des intervenants sur les marchés est quand même étonnant mais il ne faut pas s’étonner que les bons spéculateurs toujours discrets profitent des erreurs des idiots inutiles qui deviennent alors miraculeusement utiles…

Ainsi par exemple, tous sont persuadés que les dirigeants de la BCE vont inonder le marché de plus de 1 000 milliards d’euros, ce qui va créer une abondance de liquidités alors que la BCE ne prêtera que l’argent que les banques déposeront en retour, ce qui est une opération qui n’aura aucune incidence sur la masse monétaire, mais cette manip a fait et fera baisser les rendements des mauvais bons des Trésors, donc de faire monter les prix des contrats, ce qui a pour conséquence de créer une gigantesque bulle obligataire qui ne fera qu’aggraver la situation dans la vieille Europe continentale.

Les données les plus pertinentes sont les agrégats M1, M2-M1 et M3-M2 à relativiser par rapport au PIB (en %) et par rapport aux États-Unis qui est la référence en la matière car l’argent y est resté sain sans création monétaire après l’éclatement de la bulle qui s’était développée en M3-M2.
Ainsi, il apparaît clairement une augmentation totalement anormale de M1 (dans la zone euro) à partir de 1999 qui atteint maintenant 60 % du PIB,

Document 1 :

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Avant la convergence des monnaies préludant à l’adoption de cette monnaie unique contre nature qu’est l’euro, la structure des agrégats était acceptable avec M1 qui représentait entre 25 et 30 % du PIB, dans une proportion proche de celle qui prévalait alors aux États-Unis.

Cependant, par la suite, M1 est tombé à 16 % (par rapport au PIB) aux États-Unis, ce qui montre qu’il n’y a pas eu de création monétaire pendant cette période dans ce pays, mais ce rapport a augmenté dans la zone euro pour se situer maintenant à ce niveau tout à fait hors normes de 60 %, ce qui est le résultat d’une création monétaire létale.

L’adoption de l’euro a laissé se développer sans sanction possible (ou sans frein naturel) une hypertrophie en M1. De l’argent non gagné a été distribué en masse : plus de 4 000 milliards d’euros se trouvent ainsi indûment dans les poches et sur les comptes courants des malheureux membres de l’eurozone…

Document 2 :

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… alors qu’ils auraient dû se trouver dans les trésoreries des entreprises, c’est à dire en M3-M2 qui ne représente plus que… 6,5 % du PIB !

Document 3 :

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Il aurait fallu que cette situation évolue comme aux États-Unis, avec une baisse relative de M1 (qui aurait dû tendre vers 16 %) et une augmentation relative de M3-M2 (qui aurait dû dépasser les 30 %).

M3-M2 ne se monte qu’à 635 milliards d’euros, c’est-à-dire au même niveau qu’en 1996, ce qui est dramatiquement faible compte tenu de l’inflation (les chiffres sont évidemment en euros courants),

Document 4 :

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Il y a eu une sorte de chassé-croisé entre M1 et M3-M2, les membres de l’eurozone s’étant indûment accaparé l’argent qui aurait dû rester dans les comptes des entreprises,

Document 5 :

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Dans ce document 5, les lignes en pointillés représentent l’évolution qui aurait dû être celle de M1 et de M3-M2 (par rapport au PIB), à l’image de ce qui en a été aux États-Unis qui sont la référence.
En fait, les salariés, les fonctionnaires et plus généralement ceux qui profitent des divers organismes étatiques ont confisqué globalement plus de 4 000 milliards d’euros qui auraient dû rester dans les comptes des entreprises qui sont de ce fait à l’agonie.

Pas de bénéfices, pas d’investissements, donc pas de croissance, c’est-à-dire pas de création de richesse ni de création d’emplois.

Tout est simple.

Une baisse de 1,5% de M2-M1 aurait dû se manifester par un bond prodigieux de la croissance car cela aurait signifié que les membres de l’eurozone diminuaient leur épargne pour augmenter leurs achats, ce qui aurait dû stimuler la croissance, or il n’en est rien : cette baisse de M2-M1 signifie que les malheureux membres de la zone euro sont obligés de puiser dans leur épargne pour vivre,

Document 6 :

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La situation dans la zone euro est donc maintenant totalement incontrôlable, irrécupérable à cause de l’hypertrophie de plus de 4 000 milliards d’euros en M1.
C’est tellement gros que personne ne la voit, à part une exception qui s’exprime…
Compte tenu du même type de déséquilibres dans la structure des agrégats, M3 évolue en France comme dans la zone euro.

Document 7 :

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Enfin, il est vraiment étonnant que personne ne voit que ce ne sont pas les dirigeants de la BCE qui sont les initiateurs de la création monétaire : c’est M1 qui augmente, indépendamment de la politique menée par la BCE, de 100 milliards d’euros en novembre, dernier chiffre publié à ce jour,

Document 8 :

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Le QE des dirigeants de la BCE n’est qu’un artifice qui n’aura aucune incidence sur la masse monétaire.

agrégats monétaires rené le honzec

L’argent sain est le premier pilier des Reaganomics. Le problème essentiel à résoudre pour refaire partir la croissance sur des bases saines, c’est-à-dire sur de l’argent sain, serait donc de faire éclater cette hypertrophie en M1 (et d’en supprimer les causes, c’est-à-dire de sortir en douleur de l’euro-système), ce qui permettrait donc de mettre fin à la distribution d’argent non gagné, ce qui est difficile à mettre en œuvre auprès du peuple de gauche qui en est le principal bénéficiaire.

Comment se fait-il que les malheureux membres de la zone euro aient pu tomber dans ce piège grossier tendu par les monétaristes américains qui auront ainsi gagné cette première guerre monétariste mondiale en affaiblissant considérablement et durablement leurs concurrents pour garder leur leadership sur le monde libre ?

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