Conseil à mes amis Allemands : quittez vite l’euro !

sauve qui peut credits Jessica lucia (licence creative commons)

Pour l’Allemagne, la politique du Pirée est la pire des politiques.

Par Serge Federbusch.

sauve qui peut credits Jessica lucia (licence creative commons)

Bien chers Teutons,

Pour vous, l’heure est grave. Coup sur coup, on vous a conviés à deux parties de bonneteau jouées par les pays dits du Sud sous le regard complice des institutions européennes qui servent de «barons», selon le vocabulaire en vigueur pour ces attrape-nigauds.

Cela a commencé par la draghinade dite de l’assouplissement quantitatif. À raison de 60 milliards d’euros par mois, la BCE et les banques centrales de l’Euroland vont racheter de la dette publique. On remarquera d’abord que la BCE ne prend à sa charge qu’un cinquième de l’opération. L’essentiel du risque sera logé dans les comptes des banques centrales nationales. Voilà une forme discrète de détricotage du système monétaire commun.

Bah, l’essentiel, nous dit-on, est que les banques commerciales seront incitées à réorienter leurs prêts vers les entreprises et les particuliers, ce qui réduira les taux d’intérêt pratiqués. Hum… curieusement, ces taux sont déjà au plus bas et quelques dixièmes de points en moins n’auront que peu d’impact. Aux États-Unis, Mecque du « Quantitative easing », ils sont d’ailleurs plus élevés qu’en Europe. Mais passons…

Et espérons que les banques commerciales, censées prêter davantage, ne préfèrent pas tout simplement se délester de leurs obligations d’État les plus douteuses sans distribuer quelque crédit supplémentaire que ce soit. Après tout, rien ne les y oblige et leur rentabilité actuelle est déjà correcte. Il faut dire que les États leur ont racheté une grosse partie de leurs créances pourries. Le crime est presque parfait.

Depuis trois ans, la relance de l’activité, notable en Amérique, moindre en Grande-Bretagne et qui donne déjà des signes de faiblesse au Japon, est due à la baisse des devises de ces pays autant qu’à la création monétaire. Tout comme le recul du chômage est lié à des réformes du marché du travail. La BCE aurait pu doper l’économie européenne en rachetant du dollar, du Yen et du Sterling, ce qui aurait assuré une dépréciation de l’euro vis-à-vis de l’ensemble de ces monnaies et pas seulement du dollar. Mais elle a préféré prendre un marteau pour partir à la chasse aux mouches.

Admettons même que l’activité soit légèrement ragaillardie par la planche à billets. Que vont faire les États cigales, soulagés des milliards qu’ils n’auront pas à faire avaler aux marchés ? Aucune réforme structurelle nouvelle n’est envisagée. Si l’on prend l’exemple français, une fois suspendus les colifichets de Macron, Hollande est bien décidé à ne plus toucher à rien pour ne pas s’attirer les foudres de l’aile gauche du parti socialiste. Le chemin est long d’ici la présidentielle, surtout quand on fait du surplace… Et le gouffre sans fond des subventions aux régimes spéciaux, des allocations en tout genre et des dépenses d’administrations pléthoriques n’est pas prêt d’être comblé.

Dans ce contexte, le cas grec est on ne peut plus inquiétant pour vous, chers Allemands.

On distrait actuellement l’opinion avec la dette hellène. Le FMI et la BCE ne veulent pas renoncer à leurs créances ni même les ré-échelonner pour cause de statuts. Ce sera donc aux États européens de s’y coller et ils devront y griller une partie de la facilité de financement que la BCE va leur offrir. On fera beaucoup de mimiques et de grimaces mais, comme la coalition internationale de technocrates qui nous gouverne ne veut pas perdre ses jobs, on finira sans doute par trouver un accord.

Certes. Mais Tsipras n’est pas arrivé au pouvoir avec ce seul programme de renégociation des dettes. Il a aussi annoncé une vaste régalade d’emplois publics, de hausse de salaires et de dépenses électoralistes diverses. Sauf à perdre très rapidement tout crédit et le contrôle du parlement, il va devoir les mettre en œuvre. Les difficultés grecques reviendront dare-dare et le déficit budgétaire repartira à la hausse, rendant inévitable une nouvelle crise de la dette à moyenne échéance.

Ce petit jeu finira par lasser les marchés et l’étau dans lequel est prise votre épargne, amis Allemands, se resserrera. La baisse de l’intérêt doublée d’une baisse de l’euro siphonnera une bonne partie des économies que vous avez durement constituées. Pas terrible, pour un pays qui compte tant de retraités dont le capital est davantage investi en produits financiers qu’en immobilier… Pour vous, la politique du Pirée est la pire des politiques.

Bref, amis Allemands, il serait temps d’envisager la poudre d’escampette. Si vous retrouvez votre bon vieux mark, vos exportations en souffriront peut-être mais elles sont tellement vigoureuses aujourd’hui que le problème est bénin pour longtemps. En revanche, votre épargne sera à l’abri et votre capital se valorisera face à tous ces méridionaux laxistes.

Mais ces derniers ne vous en voudront pas ! Conservant un euro déprécié, ils n’auront pas à renégocier leur dette avec des créanciers floués, au contraire de ce qui se produirait s’ils rétablissaient franc, lire, peseta ou drachme. Avec une banque centrale définitivement à leur solde, ils pourront redécouvrir les délices de la dévaluation compétitive, qui répugnait peut-être aux Pères-la-rigueur mais qui, ma foi, produisait davantage de croissance et mettait plus directement les gouvernements devant les conséquences de leur impéritie. L’inflation est une fièvre, l’endettement un cancer. Et, de deux maux, il faut choisir le moindre.

Chers amis Allemands, n’écoutez pas ceux qui vous parlent de solidarité européenne. Soyez libéraux : c’est en défendant vos intérêts personnels que vous œuvrerez à l’intérêt collectif. C’est notre alternative pour l’Allemagne.

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