Les inégalités de revenu sont un problème, surtout quand le gouvernement en est la cause

Léviathan (image libre de droits)

Les systèmes politico-économiques à travers le monde sont construits sur des systèmes figés dans le temps, et de privilèges bénéficiant à ceux qui ont le bras long.

Par Sheldon Richman.
Un article de Reason.com

Léviathan (image libre de droits)
Léviathan (image libre de droits)

Les inégalités de revenu font leur grand retour sur le devant de la scène, propulsées par le rapport d’Oxfam International et l’allocution sur l’État de l’Union du président Barack Obama. La question est de savoir si le gouvernement devrait intervenir sur le sujet – ou s’il devrait plutôt défaire les actions qu’il a menées jusqu’à présent.

Mesurer les inégalités de revenu n’est pas tâche aisée, ce qui constitue une source de désaccord entre ceux qui pensent que les inégalités sont un problème et ceux qui pensent qu’elles n’en sont pas. Mais il est possible de tailler dans le vif du sujet et éclaircir les différents points.

On peut donc identifier deux types d’inégalités économiques, et gardons bien cela en tête lorsque l’on doit réfléchir quelles actions, s’il en existe, le gouvernement devrait mettre en place.

Le premier type correspond aux inégalités de marché. Les individus diffèrent sur de nombreux plans, y compris celui de l’énergie, de l’ambition et de l’ingéniosité. En conséquence, dans une économie de marché, certaines personnes seront meilleures que d’autres pour répondre aux besoins du consommateur et vont de ce fait engranger plus de profits. Le seul moyen d’éviter cela est d’interférer par la force avec les résultats des transactions pacifiques à sommes positives dans le cadre du marché. Puisque ces interférences découragent la production de richesse, l’égalité nourrie par la violence correspondra à une égalité d’appauvrissement.

Est-il mieux que les personnes soient toutes pauvres de façon égale ou toutes riches de façon inégale ? C’est la question importante que pose le philosophe politique John Tomasi, auteur de Free Market Fairness, aux classes auxquelles il enseigne à l’Université de Brown. Quelle serait votre préférence, entre une société dans laquelle tout le monde dispose du même bas revenu, ou une société où ce même revenu soit variable, parfois radicalement, mais où les revenus les plus bas soient plus élevés que le revenu équivalent de la première société ?

Laquelle choisiriez-vous ? Rappelons-nous qu’il est parfaitement possible pour la personne la plus pauvre d’une société de devenir plus riche, même si l’écart entre le plus riche et le plus pauvre s’accroit. Imaginons un ascenseur en accordéon, qui s’élève comme un tout lorsqu’il est étiré, éloignant donc le sol du plafond. Une telle société serait-elle critiquable ? En quoi la position relative de la personne la plus démunie est-elle plus importante que sa position absolue ? Les difficultés liées aux positions relatives ne sont-elles rien d’autre que de l’envie ?

Nous pourrions débattre toute la journée, mais un sujet plus important reste l’inégalité politico-économique. Celle-ci est nourrie par le système politique. Sachant que la caractéristique distincte d’un gouvernement est son autorité autoproclamée de faire un usage agressif de sa force (en opposition à défensif), ce deuxième type d’inégalité est produite par la violence, qui de par sa propre nature devrait la rendre détestable.

Les systèmes politico-économiques à travers le monde, y compris ceux considérés comme de marché (ou capitalistes), comme aux États-Unis, sont en réalité basés sur des systèmes figés dans le temps et bénéficiant de privilèges. Les faveurs, que nous autres devons payer d’une façon ou une autre, sont généralement accordées à ceux qui ont le bras long, et les grands dirigeants d’entreprise ont toujours été bien représentés dans ce groupe.

Aux États-Unis, cette situation est vérifiée depuis les temps de John Jacob Astor, le marchand de fourrures qui était dans les petits papiers de politiciens influents tels que James Madison, James Monroe, et John Quincy Adams. Le gouvernement n’était en fait qu’un comité exécutif composé d’industriels, de propriétaires terriens et de marchands (au risque d’attirer les foudres en paraphrasant Marx). Comme l’a si justement dit Adam Smith dans La Richesse des Nations en 1776, « Lorsque le corps législatif tente de réguler les différences entre les maîtres et leurs travailleurs, ses conseillers sont toujours les maîtres. »

Alors que les intérêts des grandes entreprises ne sont plus de nos jours les seuls à bénéficier de la bienveillance dans les couloirs du pouvoir, il serait une erreur de penser que ces entreprises ne conservent pas une influence majeure sur les décisions du gouvernement en matière d’économie et de finance. « La théorie de la capture » est un phénomène bien connu, et tout effort apparent de la limiter se solde par un échec. Contrairement aux inégalités de marché, l’inégalité politico-économique est injuste et devrait être éliminée.

Comment ? En abolissant toutes les subventions directes et indirectes ; les raretés artificielles, telles que celles créées par la soi-disant propriété intellectuelle ; les régulations, qui pénalisent de façon inévitable les plus petites entreprises et start-ups bien plus que les grosses entreprises qui ont les moyens de disposer d’avocats et de juristes ; les droits de préemption ; les prérequis dans l’obtention d’un permis, les licences, plans locaux d’urbanisme qui empêchent la compétitivité. Ces interventions et tout le reste protègent les firmes de conditions qui pourraient baisser les prix pour les consommateurs, favoriser le travail indépendant et les opportunités de sociétés coopératives détenues par les salariés, et améliorer les conditions de négociations pour le travail salarié.

Au lieu d’ajuster de façon symbolique les taxes pour faire croire que l’on s’occupe des inégalités –une mise en scène typique de politiciens- l’inégalité politico-économique devrait être stoppée en abrogeant tous les privilèges dès maintenant.

Cet article est extrait originellement de la  Future of Freedom Foundation.

 


Traduction par Virginie Ngô pour Contrepoints de «Income Inequality Is a Problem—When Caused by Government Meddling », publié le 22.01.2015 par Reason.

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