Refus des investissements étrangers : une balle dans le pied grec

Alexis Tsipras Syriza (Crédits : Asteris Masouras, licence Creative Commons CC-BY-NC).

Alexis Tsipras devra changer de posture s’il veut sortir son pays, aux abois économiquement et socialement, de l’impasse actuelle.

Alors qu’il annonçait mercredi 20 mai que la Grèce ne rembourserait pas, le 5 juin prochain, son emprunt auprès du FMI, Alexis Tsipras, Premier ministre et chef de file du parti de gauche radicale Syriza, est empêtré dans une situation économique et sociale de plus en plus intenable. Une solution existe pourtant bel et bien : le recours à l’investissement étranger.

Par Cécile Belliard.

Alexis Tsipras Syriza (Crédits : Asteris Masouras, licence Creative Commons CC-BY-NC).
Alexis Tsipras Syriza (Crédits : Asteris Masouras, licence Creative Commons CC-BY-NC).

Au chat et à la souris, voilà ce à quoi jouent l’Union européenne et la Grèce depuis quatre mois. Avec dans le rôle du félin la Commission européenne ; dans celui du rongeur, le gouvernement d’Alexis Tsipras, chantre assumé de l’anti-austérité et d’un protectionnisme farouche. Sauf que si dans la conscience enfantine le chat a plutôt le mauvais rôle – celui du chasseur –, comparé à l’inoffensif mammifère qui cherche à lui échapper, ici, sur l’aire de jeu européenne, le rapport de force est tout autre. Loin d’être apeuré par le félin bruxellois, le gouvernement grec rivalise de provocation et de mauvaise foi à son encontre. Alexis Tsipras devra pourtant changer de posture s’il veut sortir son pays, aux abois économiquement et socialement, de l’impasse actuelle.

Alexis Tsipras incité à devenir davantage business-friendly

Principale échéance pour ce dernier : obtenir le versement de la dernière tranche, de 7,2 milliards d’euros, du plan d’aide financière dont bénéficie la Grèce depuis 2010. Sauf que, pour encaisser cette somme vitale pour Athènes, tandis que le manque de liquidités se fait de plus en plus sentir, le Premier ministre doit promettre d’engager des réformes structurelles et rembourser ses créanciers, Union européenne (UE), Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI). Les premières se font attendre ; les seconds rongent leur frein. Et même davantage : avec les revirements idéologiques et déclarations contradictoires du chef de la gauche radicale, ils ne savent plus sur quel pied danser. Dernière volte-face en date : la menace exprimée mercredi 20 mai de ne pas rembourser le 5 juin un emprunt auprès du FMI ; « S’il n’y a pas d’accord d’ici là qui règle le problème actuel de financement, ils n’auront pas d’argent » a ainsi déclaré Nikos Filis, porte-parole de Syriza au Parlement. Tandis qu’Athènes est encore débitrice à hauteur d’1,5 milliard d’euros auprès de l’institution internationale, M. Filis a ajouté que le gouvernement s’occuperait du salaire des fonctionnaires ainsi que des retraites avant de rembourser le FMI. Problème : le ministre des finances, Yanis Varoufakis, avait annoncé, le 11 mai, qu’il ne restait que deux semaines de liquidités à son pays.

Lancinant cercle vicieux ou jeu d’enfants à moitié assumé, la tragédie grecque offerte par Syriza fait, avant tout, une victime : le citoyen lui-même. C’est, paradoxalement, pour subvenir aux besoins des Grecs qu’Alexis Tsipras s’est fait élire le 25 janvier dernier. Mais en accusant Bruxelles et la finance d’être responsables de tous les maux actuels, le Premier ministre se perd dans un rapport de force qui n’a pas lieu d’être. Pas s’il souhaite sauver sa population du marasme économique et social ambiant.

Il suffirait, pour ce faire, que la gauche radicale, sinon par idéologie, accepte par pragmatisme d’avoir recours aux capitaux étrangers pour abonder et sauver son économie. Depuis qu’il est au pouvoir, le Premier ministre n’a cessé d’adopter une stature très clairement hostile à la finance. Tandis que son prédécesseur, Antonis Samaras, avait échafaudé un programme de privatisations au sein de l’économie hellène, Alexis Tsipras s’est empressé de l’abandonner dès sa prise de fonction. Pourtant, « l’objectif de cette campagne de privatisations était double : à la fois budgétaire en faisant entrer des liquidités dans les caisses de l’État grec, et structurel avec l’idée que privatiser une entreprise renforce sa compétitivité et son efficacité », expliquait alors Yannis Eustathopoulos, économiste grec spécialiste des entreprises de service public.

Les capitaux étrangers frappent à la porte de la Grèce

Et à ce titre, ce ne sont pas les possibilités qui manquent : la Grèce a dans son parc économique de nombreuses sociétés à fort potentiel à valoriser ; la demande des investisseurs étrangers est également très importante. Ceci dans les deux secteurs clés du pays : les chantiers navals et le tourisme qui représente tout de même 28 % du PIB à lui seul. Le groupe Abu Dhabi Mar, l’un des constructeurs navals les plus importants du Golfe persique, a ainsi proposé, sans réponse pour l’instant, de reprendre le chantier à l’arrêt de Skaramangas, situé à l’ouest d’Athènes. Autre exemple : un consortium international souhaitait racheter la zone aéroportuaire désaffectée d’Hellenikon, afin de la transformer en station balnéaire touristique. Là encore, aucune réponse positive du gouvernement. Pire, tandis que le ministre de l’Énergie, Panagiotis Lafazanis, parlait de rachat « scandaleux », Alexis Tsipras n’hésitait pas à qualifier l’intention de rachat d’opération « criminelle ».

Une fois de plus, le Premier ministre se tire une balle dans le pied : les investisseurs étrangers œuvrent mécaniquement au développement économique du pays qui les héberge. D’après Anthony Zolotas, PDG du groupe d’investissement spécialisé dans le transport naval, les secteurs de prédilection de l’État seraient renforcés si le gouvernement devenait davantage business-friendly. À la place, le niveau de l’investissement direct étranger (IDE) continue de chuter, après avoir pourtant augmenté entre 2010 et 2014.

Jusqu’à présent, Syriza a pu surfer sur la vague de moins en moins euphorique de son élection ; qu’en sera-t-il lorsque les Grecs verront leurs espoirs de redressement balayés ? Alexis Tsipras n’a-t-il pas promis de créer 300 000 emplois et d’augmenter les revenus minimums ? Des ambitions irréalisables en l’état ; la Grèce devra, quoi qu’il en soit, honorer ses dettes, un jour ou l’autre. Sauf si elle poursuit son jeu du chat et de la souris, qui n’amuse plus personne.

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