Réforme du collège : davantage d’inégalités grâce à l’égalitarisme

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Réforme du collège : davantage d’inégalités grâce à l’égalitarisme

Publié le 31 mai 2015
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Par Dominique d’Emploi 2017

Contrepoints497 Najat Vallaud Belkacem Education nationale - René Le Honzec

Depuis plusieurs semaines, les médias français ne cessent de commenter la réforme des programmes et des collèges, dont l’objectif proclamé est de lutter contre les inégalités. On constate non seulement une erreur de diagnostic mais un manque total de vision.

La réforme de Najat Vallaud-Belkacem a été initiée sur un double constat : le nombre croissant d’élèves en difficulté à la fin du collège[1. D’après les enquêtes PISA 2000 et 2012.] ainsi que l’ennui des collégiens. En 2012, on constatait en effet qu’environ 20% des élèves du collège avaient des difficultés en compréhension de l’écrit et en mathématiques et que seulement 30% des collégiens déclaraient s’ennuyer « rarement » ou « jamais »[2. Les chiffres de l’Association de la Fondation étudiante pour la ville de 2013 indiquent que seulement 30% des collégiens déclarent s’ennuyer « rarement » ou « jamais » à l’école.].

Afin de lutter contre les difficultés scolaires des élèves, le gouvernement a eu pour première idée de refondre les programmes. Ainsi ceux-ci seront « plus simples […] plus progressifs […] et moins prescriptifs ». Ils seront « repensés dans leur forme », puisque « ce n’est pas un problème quantitatif mais qualitatif »… Si l’on regarde les effets des réformes successives des programmes par le passé, on peut néanmoins douter de la pertinence de cette approche. On peut également se demander pourquoi il faudrait refondre l’ensemble du programme, pour toutes les classes d’âge et pour tous les établissements, quand ce sont seulement certains d’entre eux qui ont des grosses difficultés, alors que les autres sont bons et même parfois excellents.

Mais surtout, vouloir tout réformer revient en fait à méconnaitre gravement le véritable problème du collège, alors que celui-ci a été officiellement mis en évidence depuis déjà 8 ans. Un rapport du Haut Conseil de l’éducation datant de 2007 révèle en effet que 40% des élèves « sortent du CM2 avec de graves lacunes ». Dans le détail, 25% des élèves de CM2 « ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul » tandis que 15% d’entre eux « n’ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines. » Le rapport poursuit : « Comme la fin du CM2 n’est plus la fin de l’école obligatoire, leurs lacunes empêcheront ces élèves de poursuivre une scolarité normale au collège. » Plutôt que réformer le collège, c’est donc bien le primaire qu’il faut améliorer, afin que les élèves arrivent au collège en sachant correctement lire, écrire et compter.

Ce constat éclaire d’ailleurs en grande partie pourquoi certains élèves s’ennuient, car quand un élève ne comprend rien, il renonce à écouter le cours et donc il s’ennuie. Avec 40% des élèves qui entrent au collège avec de graves lacunes et seulement 20% à la sortie d’après l’OCDE[3. D’après le classement PISA, cf. supra.], celui-ci pourrait même paraître déjà assez performant pour réparer les pots cassés… L’introduction d’« enseignements pratiques interdisciplinaires » pour des « réalisations concrètes, individuelles et collectives » afin de remédier à l’ennui et au manque d’autonomie des élèves est donc comme on le voit clairement à côté du problème. Ces enseignements viennent en outre rogner sur les matières fondamentales déjà mal assimilées et ils supposent une coordination entre les professeurs, qui a fort peu de chances de se produire.

Qui sont ces enfants en graves difficultés ?

En réalité, les associations de terrain savent depuis longtemps que l’échec de beaucoup d’élèves n’est pas le fait du hasard, et les enseignants savent prédire les plus graves difficultés futures dès la maternelle[4. Ces enfants sont tous issus de familles peu socialisées, majoritairement immigrées, ne parlant pas ou peu notre langue. Cf cet article.]. La détection et des dispositifs adéquats en direction de ces enfants, c’est ce que préconisent non seulement les associations de terrains et les instituteurs mais également l’OCDE et même une énarque inspectrice des affaires sociales dans une interview au Figaro.

Il est donc particulièrement malheureux que malgré ce diagnostic – qui devrait appeler des solutions ciblées – on retrouve dans la réforme du collège la logique égalitariste simpliste de la gauche, qui souhaite « redonner sa pertinence, 40 ans après sa création, à l’ambition républicaine du collège unique ». Un collège unique dont on doute qu’il ait jamais eu sa pertinence… On voit mal en effet en quoi un collège unique est mieux qu’un collège adapté aux besoins et aux caractéristiques des élèves, ce que pratiquent un certain nombre de pays bien meilleurs que nous dans le classement Pisa de l’OCDE.

S’il subsistait un doute, les études empiriques le démontrent : il n’y a rien de plus préjudiciable à l’égalité des chances qu’un système unique. Des think tanks américains aux orientations politiques diverses s’accordent pour conclure que les enfants pauvres ou d’origine immigrée ont des performances bien meilleures dans les charter schools[5. Écoles publiques de gestion privée, financées par l’État au prorata du nombre d’élèves, autonomes par rapport aux autorités de tutelle ordinaires, libres de leur pédagogie, de leur recrutement et de leurs valeurs.] – écoles gérées librement de manière privée – que dans les écoles publiques classiques. Pour ne citer qu’un exemple, il suffit de regarder l’évolution du système scolaire de la Nouvelle Orléans. Suite à l’ouragan Katrina en 2005, la plupart des écoles sont devenues des charter schools et aujourd’hui environ 80% des élèves sont scolarisés dans l’une d’entre elles. Or, si en 2004 seulement 54% des élèves réussissaient leur examen de fin de lycée en 4 ans, ce taux est aujourd’hui de 78%, soit une augmentation de 50% du taux de réussite.

Cette position de bon sens consistant à apprendre correctement à lire et compter aux élèves du primaire et à favoriser la concurrence, semble malheureusement peu partagée par la classe politique française. L’idéologie égalitariste continue au contraire d’entretenir, voire d’aggraver l’inégalité qu’elle prétend combattre.


Sur le web.

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  • « L’idéologie égalitariste continue au contraire d’entretenir, voire d’aggraver l’inégalité qu’elle prétend combattre. »

    C’est toute la magie du truc : aggraver le phénomène qui justifie le fondement de leur action, qui est de le combattre. Fabriquer des victime qui viendront renforcer le corps des adaptes.
    En fait cette « magie » qui consiste a fabriquer du contresens jusqu’a en devenir virtuose, a manipuler la souffrance pour la renforcer tout en lui promettant l’apaisement et un futur fait de plaisirs, a un autre nom : perversité.

    Mais allez dire a un égalitariste qu’il a un raisonnement fondamentalement pervers… En général il est déjà suffisamment torturé comme ça… La perversité est comme ces grands escrocs : completement dupe d’elle même.

  • lemiere jacques
    31 mai 2015 at 8 h 57 min

    quelle est la mission de service publique de l’éducation nationale?
    est elle réaliste ou réalisable?
    si elle n’est pas remplie qui est responsable?
    quelle conséquence pour la personne responsable en cas d’échec?

    Il suffit pour l’état de dire que écrire école sur le fronton d’un immeuble d’y couler les gamins encadrés par un « enseignant » pour que sa mission soit remplie.

    • simple-touriste
      2 juin 2015 at 1 h 41 min

      Un éditocrate de C+ a dit (de mémoire, en substance) « L’ednat n’a pas de bons résultats, mais ce n’est pas grave puisque la nation y consacre beaucoup de moyens financiers ».

      Il ne plaisantait pas. Il trouvait ça très bien.

  • Au pays du formatage qui plombe le cerveau au lieu d’affiner l’esprit,l’ignare se fait roitelet…

  • C’est bien le nivèlement par le bas de l’enseignement public : ça élimine la concurrence pour ceux qui bénéficie d’un niveau d’éducation familial élevé, de ressources (Internet, livres) et d’un enseignement dans une école privée !

    L’accès à l’enseignement supérieur sur concours leur est ainsi pratiquement réservé. Eux pourront choisir leur destin (international) et les autres bénéficieront du « vivre ensemble » …

    • « niveau d’éducation familial élevé »?

      Des générations ,de milieu analphabète et humble,
      ont bénéficié de l’Ecole du mérite républicain dans leur pays d’origine et ont réussi leur vie professionnelle en France ou ailleurs.

      Jamais les « ressources (Internet,livres) »etc n’ont été à ce point disponibles et offertes à qui daignerait s’y intéresser.

      Ce pays s’enlise dans une régression qui n’a jamais été la sienne.

      Des Lumières au néon
      Sourions sourions!

      De ce digne plongeon
      Vrai plat fait du donjon!

      • mon père avait un cap d’électricien auto, ma mère un autre cap de je ne sais plus quoi… ça ne m’a pas empêché de faire toute ma scolarité jusqu’au bac dans le public et de terminer par un diplôme d’ingénieur (dans le privé)…
        mais ça ne m’empêche pas moi, de mettre mes enfants dans le privé. les temps ne sont plus les mêmes, les exigences dans le public en baissé d’une manière hallucinante.

  • si l’on sait prédire dès la maternelle les plus graves difficultés de certains élèves, pourquoi n’en informe t’on pas les parents ?

    • Pas toujours fiable: en petote section, un instot a dit a mes parents qie je suivrais jamais en moyenne section. Résultat: je suis en.2nde.avec 16 de mpyenne

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