#TelAvivSurSeine : Anne Hidalgo frondeuse

Anne Hidalgo (crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Anne Hidalgo, en affirmant que nous ne sommes pas forcément comptables de la politique d’un gouvernement, a t-elle conscience qu’elle s’attaque au principe de la démocratie représentative ?

Par le Parisien Libéral

telavivsurseine by did.van(CC BY-NC-ND 2.0)
telavivsurseine by did.van(CC BY-NC-ND 2.0)

300 policiers supplémentaires pour surveiller l’opération Tel Aviv sur Seine ! Est-ce que ca en valait la peine ?

Mais prêtons à Anne Hidalgo deux neurones d’intelligence, et imaginons que derrière l’opération « Tel Aviv à Paris Plages », la maire de Paris cherche réellement à proposer un modèle alternatif à la subordination classique des villes aux pays auxquels elles appartiennent. En effet, malgré le caractère émotif du contexte du conflit israélo-palestinien, la tribune d’Anne Hidalgo contient des éléments intéressants. Certes, ceux-ci auraient été plus visibles dans le cadre d’Athènes Paris Plages mais la gauche et l’extrême gauche préfèrent combattre Israël plutôt que la Grèce.

Anne Hidalgo nous dit : «Tel Aviv est une ville balnéaire appréciée des noctambules du monde entier (…) ouverte à toutes les minorités, y compris sexuelles, créative, inclusive, en un mot une ville progressiste, détestée à ce titre en Israël par tous les intolérants». «C’est à Tel-Aviv qu’ont lieu les manifestations de solidarité les plus impressionnantes avec la famille de l’enfant palestinien brûlé vif par des fanatiques». «Je ne saurais rendre une ville ou une population comptable de la politique de son gouvernement».

Ces propos n’ont rien d’évidents. Ils ont d’ailleurs immédiatement été critiqués par Claude Goasguen, le maire UMP /Les Républicains du XVIeme arrondissement. Il a dit : «Tel-Aviv ne se borne pas à une plage». «Comment peut-on distinguer la ville de Tel-Aviv de l’État d’Israël? La distinction laisse perplexe (…) Je ne crois pas non plus que les habitants de Tel-Aviv aient refusé de défendre leur pays lorsqu’il a été victime des roquettes du Hamas». Autrement dit, pour Claude Goasguen, soutenir Tel Aviv, c’est soutenir Israël.

Qu’est-il passé par la tête d’Anne Hidalgo pour qu’elle expose une telle vision ? Pensait-elle au fait qu’elle est qualifiée de « frondeuse » de facto par une partie de la presse quotidienne ou hebdomadaire et que donc, elle ne se sent pas comptable de la politique de Valls et Hollande ? Avait-elle en tête le défi lancé par le maire du IIeme arrondissement, l’écolo Jacques Boutauld, officier d’état civil et chargé de faire appliquer la loi de par ses fonctions et pourtant recensé comme participant à une manifestation interdite par le pouvoir ? Ou bien pensait-elle à la mairie du XXeme arrondissement, qui agit fréquemment comme un contrepoids au Quai d’Orsay en affichant sur la façade de la mairie ses propres orientations diplomatiques ? La maire de Paris, la collectivité locale la plus peuplée et la plus riche de France, vient de tranquillement affirmer qu »on ne saurait rendre une ville ou une population comptable de la politique de son gouvernement ». Pourquoi ?

Le phénomène de prise de distance de certaines villes vis a vis du pouvoir n’a rien de neuf. Pensons par exemple au conflit qui a opposé Etienne Marcel à la royauté, ou à l’autonomie croissante des villes marchandes de Flandres au Moyen Age.

Mais cette problématique a récemment été réactualisée, par le biais des « villes-monde » qui cherchent à être autre chose que de simples municipalités. New York et Paris ne cherchent-elles pas, par exemple, à prendre acte du fait que leurs populations ne sont pas toujours en règle avec les lois sur l’immigration et qu’il faut donc offrir aux sans papiers une alternative aux politiques bureaucratiques gouvernementales ?

C’est donc un vieux débat qu’Anne Hidalgo vient de réactualiser. Mais ses implications peuvent aller bien plus loin que l’analyse de la relation entre villes et états.

Prenons le cas de la France, son système social payé à crédit, ses guerres en Afrique décidées sans en avoir référé au parlement, ses lois parfois violemment contestées par une partie croissante de la population. Anne Hidalgo, en affirmant que nous ne sommes pas forcément comptables de la politique d’un gouvernement, a t-elle conscience qu’elle s’attaque au principe de la démocratie représentative ? Si tel est le cas, alors cela peut etre une bonne chose. Mais alors, qu’elle en tire quelques conclusions pratiques, comme la mise en place plus fréquente de référendums, à commencer par l’échelon qui est le sien, au niveau de la ville de Paris. Fiscalité, Jeux Olympiques, Tour Triangle … il y a tant de sujets sur lesquels les parisiens sont comptables malgré eux de la politique de l’exécutif parisien …!

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.