La déflation c’est maintenant !

chine rené le honzec

Le problème de l’économie chinoise est devenu planétaire.

Par Serge Federbusch.

chine rené le honzecLe phénomène de yo-yo qui affecte les marchés financiers a atteint des amplitudes extrêmes ces jours derniers. Les « investisseurs » sont drogués aux taux d’intérêt artificiellement bas que fournissent ces étranges dealers que sont devenues les grandes banques centrales. Il a suffi que quelques maxi boursicoteurs jugent soudain que la chute brutale du marché des actions allait contraindre la Fed et la Banque de Chine à maintenir leur politique d’argent facile et le rebond est apparu comme par enchantement. Mais, de la même manière que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, les autorités monétaires ne peuvent maintenir indéfiniment une situation où l’épargne n’est plus rémunérée. Dans un monde où baissent l’ensemble des prix et des taux d’intérêt, il n’est guère étonnant que celui des actions finisse un jour par être touché. La surprise vient plutôt de l’étonnement des commentateurs et de certains opérateurs de marché.

Car la chute de la bourse de Shanghai n’est pas la simple correction d’une exubérance irrationnelle s’étant emparée de ce marché depuis un ou deux ans. Le problème de l’économie chinoise est double et il est devenu planétaire.

D’une part, les statistiques, comme une grande partie de l’économie financière de l’Empire du milieu, sont truquées par un parti-État qui veut afficher des bonnes nouvelles afin de tromper les agents économiques et créer ainsi la réalité qu’il souhaite. On ne connaît donc pas précisément la situation réelle de la Chine. Cela peut faire passer les investisseurs de l’euphorie au malaise puis à la panique en un temps très court.

D’autre part, ce qui est certain, c’est que l’économie chinoise est extrêmement dépendante des exportations et, malgré certains progrès, peu innovante au regard de la place qu’elle a prise dans les échanges mondiaux. Elle a conquis des parts de marché par la compétitivité-prix sans guère apporter au monde de progrès technique notable. Mais une économie plus inventive implique une société plus libre. Le rattrapage ne peut être qu’économique, il doit être aussi démocratique. Et c’est ici que le rôle du parti-État, longtemps bénéfique à la croissance, devient désormais un obstacle. On va bientôt reconsidérer Tien An Men et les événements de 1989.

Au fond, le grand paradoxe du capitalisme mondial de ces trente dernières années est qu’il reposait trop sur l’efficacité d’une bureaucratie chinoise officiellement communiste qui agissait surtout comme une sorte de super conseil d’administration d’un régime autoritaire. La Chine a servi de gigantesque machine à comprimer les coûts de production. En réaction, les États nations qui le pouvaient ont protégé leurs citoyens électeurs en laissant filer les dettes et la création monétaire tout en bénéficiant de cette arrivée massive de produits à bon marché.

Autrefois, les États-Unis assuraient à la fois un rôle de promotion des innovations techniques et de relance contra-cyclique quand la demande planétaire flanchait. La Chine ne fait suffisamment ni l’un ni l’autre et c’est cette alternative qui fait défaut. Le yo-yo boursier va donc se poursuivre et le vrai krach n’a pas encore été ressenti. Il le sera quand les opérateurs de marché réaliseront que les banques centrales ne sont définitivement pas de taille à régler ce déséquilibre.

Du reste, le meilleur indice de la gravité de la situation est que notre président s’est déclaré « confiant » avec son sûr instinct économique : « Les autorités chinoises […] ont les moyens d’agir, et la croissance chinoise, même si elle continue de ralentir, reste à un niveau particulièrement enviable. » Il n’en rate décidément pas une !

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