La coûteuse fuite en avant des élus locaux

Mairie d'Avignon CC Flickr Jean-Louis Zimmermann

En pointant d’un doigt accusateur l’État, les maires s’exemptent de leurs propres responsabilités.

Par Stéphane Rossard

Mairie d'Avignon CC Flickr Jean-Louis Zimmermann
Mairie d’Avignon CC Flickr Jean-Louis Zimmermann

 

Les maires sonnent la charge contre la réduction drastique des dotations de l’État. Une part non négligeable de leurs recettes. Donc une partie importante de leurs investissements. De leur dépenses de fonctionnement, devrait-on corriger au regard de leur progression bien au-dessus de leurs moyens au cours des vingt dernières années. En pointant d’un doigt accusateur l’État, les maires s’exemptent de leurs propres responsabilités ! L’État, ce bouc-émissaire facile et tout trouvé. Pourtant les avertissements n’ont pas manqué au cours des vingt dernières années !

Le coup de semonce qui aurait dû définitivement faire prendre conscience que le « changement c’est maintenant » pour les élus locaux date de l’année dernière. Ainsi dans son rapport annuel sur les finances locales de 2014, le tableau dressé par la Cour des comptes relatif aux dépenses des collectivités locales est accablant. Elles « n’ont pas apporté la contribution attendue à la réduction des déficits publics », juge l’institution dans son rapport annuel sur les finances locales publié. Avant de renchérir : « Les perspectives d’une plus grande maîtrise des dépenses locales, attendue de la baisse des dotations de l’État à compter de 2014, sont incertaines. »

Mais ce n’est pas tout. En 2013, le besoin de financement des collectivités locales « s’est aggravé, passant de 3,7 à 9,2 milliards d’euros, soit 10% de l’ensemble des déficits publics », s’inquiète la Cour. La Cour des comptes rappelle que le déficit des administrations publiques locales est deux fois plus important qu’attendu (0,4 au lieu de 0,2% de la richesse nationale).

Les frais de personnel des collectivités (communes et intercommunalités, départements, régions) ont augmenté de 3,1% en 2013 ! Soit bien plus que l’inflation !

Pour se justifier, les collectivités locales se défendront d’avoir réalisé des investissements indispensables pour leur modernisation, le développement de leurs transports, la réhabilitation de quartiers, etc. Sauf que la masse salariale est en progression de 3,1% en plus de l’inflation chaque année en moyenne depuis 1983. Autre point très discutable : la croissance élevée des « rémunérations indiciaires (sous l’effet des avancements d’échelon et de grade) et des régimes indemnitaires ». La rémunération du personnel représente environ 35% des dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales et de leurs établissements publics en 2012. Pire, plus de 50% pour les communes ! Imaginez ces mêmes rapports appliqués dans le privé. C’est la défaillance assurée en un temps record !

Enfin, la Cour des comptes mettait en cause « la progression soutenue des achats de biens et de services ». Au total, les dépenses de fonctionnement, toutes collectivités locales confondues, ont atteint 163 milliards d’euros en 2013.

En résumé, et en clair, les collectivités locales dépensent trop depuis vingt ans. Elles vivent au-dessus de leurs moyens !

Les élus locaux croyaient que cette dotation était une manne acquise ad vitam aeternam. Or l’argent public ne tombe pas éternellement du ciel. Les élus ont des comptes à rendre. Et en premier lieu au contribuable !

À leur actif, les collectivités locales ont fait des efforts de mutualisation des services, censée engendrer des économies. Cependant, là aussi l’effet a été dévoyé. Les magistrats de la rue Cambon relèvent que, au cours de la décennie 2000, les effectifs des communes (près de 120.000) ont augmenté de 12,8% et ceux des intercommunalités de 145,6% (plus de 240.000).

Pour la période 2015-2017, les dotations de l’État doivent baisser de 11 milliards d’euros. Or, la Cour des compte estime que « le risque existe que les collectivités choisissent plutôt d’augmenter le taux des impôts locaux (communes et intercommunalités, et départements dans une moindre mesure) ou d’obtenir de nouvelles ressources (régions ou départements) » au lieu de réduire les dépenses.

Au lieu de crier au loup contre l’État radin, les élus devraient plutôt considérer que ce sont eux, avant tout, qui ont conduit à mettre en péril leur commune ou collectivité, à force de fuir leurs responsabilités. Ils espèrent faire reporter les sacrifices qui leur incombaient sur les citoyens-contribuables, comme c’est le cas depuis vingt ans. Une recette qui après tout fonctionne face à des citoyens qui contestent, certes, mais qui se mobilisent peu pour changer radicalement les choses.


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