Des délais de paiement qui s’allongent…

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Des délais de paiement qui s’allongent…

Cet article en est un d’opinion. Il ne représente que le point de vue de son auteur
Publié le 30 septembre 2015
- A +

Bon, c’est la reprise, c’est clair, c’est évident, Michel Sapin l’a dit (donc c’est vrai), et même si Christine Lagarde est obligée de tempérer quelque peu l’optimisme débordant du gouvernement en admettant que si « nous sommes dans un processus de reprise », apparemment, son « rythme décélère », il n’en reste pas moins que les lendemains vont bientôt chanter, foi de Hollande.

Ou disons, siffloter. In petto.

gifa innocent whistling

Il apparaît cependant que tout ne se déroule pas exactement comme prévu. Depuis quelques temps en effet, on note des petits soucis de trésorerie au sein des entreprises françaises. On apprenait ainsi, au début de l’année, que les délais de paiement que s’octroyaient certaines entreprises au détriment de leurs fournisseurs constituaient une raison fréquente de la faillite de ces derniers (pouvant expliquer jusqu’à un quart de ces faillites), à tel point qu’une médiation inter-entreprise avait été mise en place il y a cinq ans, et que cette dernière en a profité pour créer cette année un indicateur des retards de paiement.

Outre les cas dramatiques où les entreprises, ne recevant pas leurs dus à temps, finissent par calancher, le problème des délais de paiement est assez aigu dans le pays qui se classe maintenant comme championne en Europe dans cette douloureuse catégorie. Au total, ce sont 10 à 13 milliards d’euros qui manquent aux trésoreries des entreprises pour réduire ces retards et les ramener aux délais légaux (45 à 60 jours selon les cas).

Devant ce constat, on n’avait pas non plus été très surpris de voir les efforts plus ou moins soutenus de Bercy (et plus exactement la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la célèbre DGCCRF) pour combattre ces délais de paiement, en multipliant joyeusement les contrôles : eh oui, mes petits amis, il faut bien comprendre que si l’une ou l’autre entreprise a des problèmes de trésorerie et qu’elle ploie déjà sous une imposante paperasserie et des douzaines de cerfas rigolos et colorés à remplir pour bien rentrer dans les clous d’une législation foisonnante, alors la solution trouvée par notre équipe ministérielle consiste à leur tomber dessus en rajoutant dans le mix l’un ou l’autre inspecteur, une bonne louchée de contrôle et, à la fin, une solide amende. Parce que rien ne sent plus l’aide aux entreprises qu’une bonne grosse amende des familles.

En mars, c’était donc décidé, Bercy allait lancer une offensive sérieuse et courageuse contre les méchants délais. Encore une fois, du chaton libéral fut consciencieusement pilé pour favoriser les forces spirituelles et les coups de pieds occultes, et, plus pragmatiquement, Bercy lança une batterie de mesures accompagnées d’un décret sur « la transparence des délais de paiement » dont la sortie, attendue, était prévue au courant de l’été, et qui demandera aux entreprises, outre le fait de passer aux factures électroniques, d’inclure dans leur rapport de gestion des données relatives aux délais de paiement.

gifa cat out looking

Bien évidemment, nous sommes en France et le décret a donc pris un peu de retard, mais ne devrait plus guère tarder. Au point que Le Figaro évoque le lancement d’une vague de contrôles carabinés ciblés, alors que la seconde édition de l’indicateur vient de paraître … et qu’il n’est pas bon du tout : selon les chiffres, les délais de paiement sont au plus haut depuis dix ans.

Zut et flûte, si reprise il y a (dixit Lagarde), si la tendance est là (dixit Sapin), si on sent bien que ça frémit (dixit Macron), côté paiements, … ça ne rentre pas. Les particuliers, par exemple, continuent de demander des délais à Bercy, et si c’est vrai pour les particuliers, ça l’est encore plus pour les entreprises.

Or, dans ces entreprises, comment ne pas se rappeler que l’une des plus grosses, c’est l’administration de l’État ou des collectivités territoriales. Dans un article du Monde consacré à la question, on ne peut s’empêcher de noter la citation d’un fournisseur, confronté à la mauvaise grâce avec laquelle une mairie s’acquitte de son dû :

« Nous avons un marché avec une ville de l’Est. Fin avril, ma facture datée du 21 janvier n’avait toujours pas été payée. (…) l’architecte avait transmis ma facture avec un retard de 45 jours. S’y est ajouté celui de la ville. Nous dépendons des cabinets d’architecture ainsi que des services comptables des collectivités qui inventent constamment de nouvelles règles… »

Roooh. L’État, si mauvais payeur ? Les collectivités territoriales, âpres au paiement ? Les organismes sociaux, débordés et complètement à la ramasse dès qu’il s’agit de payer, au point que certains jeunes retraités ne touchent rien pendant des mois ? Allons. Tout le monde sait que c’est une grosse exagération. Et tout le monde sait (à commencer par le gouvernement) qu’avec quelques bonnes petites amendes, tout va bien vite rentrer dans l’ordre.

Non ?

gifa no no no trop horrible

Bref, on peut tortiller les choses comme on veut, mais il apparaît bien deux choses distinctes qui vont dans le même sens.

La première, c’est que les délais de paiement des entreprises et des particuliers continuent de s’agrandir. Ceci n’a jamais été un signe de bonne santé économique ; bien sûr, on peut mettre cet allongement en partie sur le dos de la superbe simplification administrative qui a frappé la France de plein fouet depuis que le gouvernement s’est emparé de cette tâche, mais on ne peut pas évacuer que la plupart des contribuables et des entreprises sont honnêtes (en dépit des incitations toujours plus nombreuses à prendre le maquis), et que s’ils sont de plus en plus nombreux à demander des délais les uns aux autres et, ultimement, à Bercy, c’est peut-être que leurs affaires ne vont pas trop bien. La reprise semble un peu illusoire…

La seconde, c’est que les délais de paiement augmentent pour tout le monde, et donc par voie de conséquence, pour Bercy lui-même, et que cette situation permet d’illustrer exactement ce que « monopole de la force » veut dire. Parce qu’une chose est limpide : quelles que soient vos capacités, là où une négociation est toujours possible avec vos créanciers, il n’en ira jamais de même avec Bercy qui pourra toujours utiliser l’argument ultime, celui de la force, pour vous extorquer ce qu’il jugera être son dû.

Et s’il le faut, il fera modifier la loi pour ça.
—-
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  • Et en parlant de Bercy et de nos chers et tendres gouvernants, vous auriez pu inclure un paragraphe sur le RSA. Des départements sont en panique pour le payer à la fin de l’année et des choix devront être faits.
    http://www.lejdd.fr/Economie/Le-Nord-et-la-Seine-Saint-Denis-pieges-par-le-RSA-752883

    C’est une des raisons qui poussent nos grands gouvernants à vouloir une renationalisation (au moins cela limitera, peut-être, les fraudes. Allez si soyons optimistes même si sa suppression m’irait parfaitement sauf cas vraiment très justifiés
    http://www.lejdd.fr/Economie/RSA-l-Etat-vient-a-la-rescousse-des-departements-752957

  • A noter également que la France n’a toujours pas rétrocédé 300 millions de francs suisses (une paille) à 8 cantons helvétiques, somme qu’elle a perçu auprès des frontaliers. Le délai de rétrocession était au 30 juin 2015

    • Les cantons en question vont – je l’espère – remettre les accords fiscaux avec la France…histoire qu’on puisse venir travailler en suisse tranquillement 🙂

      • Ils vont tous passer à l’imposition à la source ❗
        La France n’aura que les yeux pour pleurer. Se remettre en mémoire que la fRance a dénoncé les accords sur les lois imposant les héritages.

        • Ce ne serait que justice et, en plus, encore un rapprochement de la Suisse et de l’Union Européenne: on paie les impôts là où la « production de revenus » leur a donné lieu, quitte à conserver l’imposition sur les revenus « mondiaux » (terme officiel) dans le pays de domicile, les revenus obtenus et taxés ailleurs, étant exonéré d’une double imposition. Les frontaliers n’auraient alors certainement pas à s’en plaindre. Les cotisations sociales, par contre ne sont payables que là où on est professionnel: c’est la règle dans l’U.E., celle qui m’a permis d’échapper par une activité, chez moi, d’échapper aux cotisations françaises, quitte à devoir expliquer la règlementation internationale à des employés incrédules et peu enclins à admettre que j’échappe à leur mini-pouvoir!

          • C’est ce qui se fait hors de fRance. Cela fera du boulot en moins pour les funks… Ils pourront mieux tailler leurs crayons. Attention toutefois, un accident du travail pourrait avoir lieu avec cet outil affûté : le planté de crayon dans l’œil sur endormissement. Le record à battre est de un crayon dans chaque œil…

            Toujours est-il que cette solution est bonne pour les gros salaires… Qui mettra des barbelés à la frontière franco-suisse, avec des Vopos armés ❓ Telle est la question… dans un premier temps, j’avais penché pour la Suisse, mais maintenant, je penche pour la fRance.

            Notez cependant que sur Genève, l’impôt est déjà prélevé à la source.

  • à noter également que le gouvernement pratique le travail au noir à grande échelle….il n’est même pas fichu de payer les heures supplémentaires ( plus d’un million d’heure je crois ) au crs, policiers etc qui ont pourtant bel et bien éffectué ces heures de travail……tout va bien royaume de France….du moins au yeux de ceux qui la dirige…..

    • Vous oubliez aussi les auxiliaires de Justice tel que médiateurs ou conciliateurs qui ne sont payés qu’à la vacation et suivant un forfait, ce qui signifie pas de contrat et donc pas de cotisations. Bref, tout bénéfice pour l’État

  • Le plus rigolo c’est que tous un tas d’indices sérieux (production industrielle, etc etc ) commencent à pointer vers une récession mondiale…
    Et comme aucune réforme d’envergure n’a été mise en œuvre, pour la France 2016 risque d’être l’année du LOL
    Et 2017 l’année du tsunami électoral. Et du grand nettoyage de printemps.

    Je ne donne pas cher non plus des autres cigales de la zone euro (même celles qui ont fait des efforts méritoires) et de l’euro en général.

    • C’est bien là que, à mon humble avis, vous vous trompez: nulle part ailleurs, en Europe, on ne constate cette fuite en avant vers l’aventure!

      Au contraire, là où l’état a réduit à la fois, son train de vie et ses velléités et caprices, pour simplement faire face à l’utile et nécessaire, miraculeusement, la croissance repointe son museau, de plus en plus loin de la dégringolade à la française où un esprit sain ne trouve plus d’autre logique que doucement décadente et suicidaire.

      Une exception, peut-être: le vote catalan voulant se débarrasser de son sort lié à l’Espagne mais à +/- 50% de sa population!

      L’Écosse, c’est encore moins!

      La Flandre belge, plus du tout.

      Reste la Corse mais qui préférera ses faveurs françaises à son autonomie, comme les DOM’s.

      Et pour l’€, c’est trop tard!
      Je n’ai pas beaucoup confiance en M.Draghi (ni, à l’époque, en J.C.Trichet) qui restera aussi peu dépendant des banques commerciales que votre prochain gouverneur de la B.N.F. ne le sera vis-à-vs de la B.N.P.!

      Mais l’€ ou l’€-zone peut se modifier, mais comme DTS ou SDR, on voit bien qu’il est d’ores et déjà dispersé dans le monde et comme le $ dont plus personne ne connait autre chose de sa valeur que ce qu’il permet immédiatement, il ne disparaitra pas.

      La France n’a plus aucun besoin de bouc émissaire: sur ce site, chaque semaine apporte son lot de faiblesses et de lâchetés du pouvoir pour expliquer le déclin.

  • Sauf que Bercy peut voter toutes les lois qu’il veut…. quand le populo est trop tondu… y’a plus de pognon.

    Et pas de pognon = pas de paiement, et donc la question des « délais » n’a plus aucun intérêt, et pour cause !

    Bref, c’est l’heureuse illustration (une de plus) du mécanisme (le seul) qui permet d’en finir avec Bercy, et tous les autres , leurs affidés, leurs complices : la fermeture du robinet, la mise en faillite, la grève, Atlas Shrugged.

    C’est vieux comme Ayn Rand elle-même… Et c’est redoutable.

    • C’est grave ce que vous dites!

      C’est comme si certains, dans des entreprises, attendaient le dépôt de bilan pour ne plus devoir jamais payer … ou comme si Fr.Hollande avait parié sur la catastrophe, en Grèce, histoire d’obtenir de l’Union Européenne et de la B.C.E. des « facilités de payement » à bon marché alors que rien ne justifiait que la France n’obéisse pas aux critères européens de convergence ni qu’elle y parvienne moins bien qu’un autre pays partenaire. Ses velléités guerrières semblent d’ailleurs démontrer le contraire. C’est simplement absurde.

      J’entends bien n’être ni assez informé, même pas au niveau pour comprendre la géopolitique mondiale. Ça ne m’empêche pas de vouloir comprendre et de n’y pas parvenir! Mais pourquoi la France y va-t-elle seule, mandatée par personne ou bien …

  • Ah ça, c’est clair! Il y a moyen de très bien s’entendre avec la majorité des Français, tant qu’on ne parle pas de « pognon », une obsession nationale qui touche 98% des citoyens mais qu’il est très malséant d’évoquer à table (où on ne manque pas de vous amener: c’est un « investissement » décompté dans les frais), ou ailleurs!

    Que n’ai-je pas vu comme personnages condescendant qui refusaient d’en parler tant la tache proposée méritait par son prestige (« traiter des Français!) tous les sacrifices d’un étranger, évidemment, ce qui était censé m’amener loin de tout ce genre de basses considérations terre à terre !!!

    Cet honneur était évidemment sans prix … même si celui qui vous en parlait avait, lui, tous les moyens de vivre sur ce qu’il allait prélever sur vos gains potentiels!

    Il est bon de paraître pauvre, en France, surtout quand on est de gauche: c’est ce que devait penser L.Fabius qui, pour les besoin du « choc des photos » d’un célèbre hebdomadaire, laissait sa Ferrari à la maison pour rouler en « deuche » et allait acheter, à pied, les croissants pour la famille, le dimanche-matin, dans ses rutilantes Charentaises, achetées pour l’occasion, ce ministre, au mains toujours salies de sang « contaminé », qui est parvenu, jusqu’ici, à sortir ses collections d’art de l’ISF et à devenir le maître à penser Français pour le reste du monde.

    Je comprends qu’avec un modèle pareil, aussi inoxydable, les citoyens n’ont pas à se montrer plus francs et responsables que lui ou qu’un de ses fils et son « 2 pièces-cuisine »! Comme dirait l’autre: quand je parle de vous, j’aime que rien ne se perde! Mais pour les leçons de vos « Lumières », repassez une autre fois.

  • Zone de défense Est: plus d’argent, ils attendent la prochaine dotation…
    Espérons qu’elle ne soit pas l’année prochaine

  • Certains diront aussi que de nombreuses grosses boites prennent plaisir à garder les sous, les faire fructifier, avant de payer les fournisseurs… on observe d’ailleurs ce genre de chose dans les délais de paiements de la grande distribution vis-à-vis des chevilleurs et ces derniers vis-à-vis des marchands de bètes et ces derniers vis-à-vis des éleveurs… je doute que Carrefour, Delhaize, Colruyt etc aient des soucis de liquidités…

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