Le Brexit, un débat essentiellement économique

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le Brexit, un débat essentiellement économique

Publié le 31 mai 2016
- A +

Par Mathieu Bédard.
Un article de l’Institut économique de Montréal

Boris Johnson
Boris Johnson By: Think LondonCC BY 2.0

Les Britanniques se prononceront sur la sortie de l’Union européenne lors d’un référendum le 23 juin prochain. En attendant cette date, les débats font rage en Grande-Bretagne. Bien que les institutions démocratiques européennes soient aussi critiquées, les débats pour ou contre le Brexit sont majoritairement de nature économique. En particulier, la question de la réglementation économique provenant de l’Union européenne et la question du libre-échange sont beaucoup discutées.

Je n’essaierai pas de trancher entre le pour et le contre du Brexit. N’étant ni un sujet britannique, ni européen, ce n’est pas mon rôle. Mais étant économiste, ayant vécu plus d’une décennie en Europe, et ayant parfois travaillé ou fait du bénévolat pour des organisations non gouvernementales européennes, je ne peux m’empêcher d’être intéressé par ce débat. Voici donc comment les deux camps perçoivent deux questions cruciales dans ce débat : la réglementation et le libre-échange.

Le problème de la réglementation de l’Union européenne

Ceux qui veulent que la Grande-Bretagne quitte l’Union européenne prétendent que celle-ci est la source de trop de réglementation économique, qui étouffe l’économie. En effet, lorsqu’elle est trop importante ou malavisée, sa réglementation devient un frein à la croissance et à l’entrepreneuriat. C’est, de façon assez révélatrice, un fait qui n’est généralement pas contesté par ceux qui sont opposés à la sortie de la Grande-Bretagne. La politique agricole commune et le droit de la concurrence, pour ne nommer que deux domaines où la réglementation européenne est trop agressive, sont autant de freins à la croissance économique.

Un exemple de cette surréglementation économique est la fameuse «loi sur les bananes courbées». En effet, une loi de 1994 interdisait les fruits et légumes «anormalement incurvés». Cette directive européenne a parfois été caricaturée comme dictant la courbure réglementaire que les bananes doivent avoir. Bien qu’il ne soit pas clair qu’une quelconque banane ait été interdite d’entrée sur le territoire européen à cause d’une courbure trop prononcée, la réglementation a bel et bien temporairement interdit la vente de concombres courbes et de carottes noueuses, des légumes qu’on trouve traditionnellement au marché sans que les consommateurs s’en plaignent. Cette réglementation et ses effets ont peut-être été exagérés par les opposants à l’Union européenne, mais elle reste emblématique de la façon dont l’organisation supranationale émet des directives dans des dossiers sur lesquels la réglementation n’est ni nécessaire, ni souhaitable.

L’espace de libre-échange européen

Un autre point du débat économique entre ceux qui veulent que la Grande-Bretagne quitte l’Europe et ceux qui veulent qu’elle y reste concerne l’espace de libre-échange européen. Actuellement, au sein de l’Europe, pour l’écrasante majorité des biens, il n’y a pas de frais d’importation ou de douane. Même s’il subsiste plusieurs métiers réglementés qui limitent les migrations, les personnes peuvent circuler assez librement et aller vivre et travailler d’un pays européen à l’autre sans formalités administratives démesurées.

Les économistes s’entendent pour dire que la libre-circulation des biens, des services et des personnes est une bonne chose, et qu’elle a profité autant à l’Europe qu’à la Grande-Bretagne. Elle permet aux consommateurs d’obtenir de meilleurs prix, rend les entreprises plus efficaces et permet aux personnes de vivre de la façon et à l’endroit qu’elles préfèrent.

Toutefois, ceux qui voudraient quitter et ceux qui voudraient rester dans l’Union européenne sont en désaccord sur la façon d’élargir et approfondir cet espace de libre-échange. Ceux qui voudraient voir la Grande-Bretagne rompre ses liens avec l’Union européenne soulignent que le libre-échange n’a pas besoin d’une organisation supranationale : il nécessite seulement qu’on supprime les barrières existantes ou qu’on n’en n’érige pas de nouvelles. Selon cette opinion, si la Grande-Bretagne devait quitter l’Union européenne, elle n’aurait qu’à déclarer unilatéralement le libre-échange, ou négocier un traité comme celui en voie d’être ratifié entre le Canada et l’Union européenne.

À cela, ceux qui veulent que la Grande-Bretagne continue de faire partie de l’Union européenne répondent que même sans organisation supranationale, et bien que l’Europe ait connu une certaine époque de libre-échange, l’histoire a beaucoup plus penché du côté du protectionnisme. Cela signifie que si la Grande-Bretagne devait quitter l’Union européenne, même si certains accords de libre-échange arrivaient à être conclus, jamais les échanges ne seraient aussi libres qu’ils ne le sont actuellement.

Quoi qu’on pense du Brexit, le débat économique auquel il donne lieu est passionnant.

Sur le web

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • L’écrasement, l’humiliation des nations et de la démocratie n’est pas « essentiellement économique ».

  • « pour l’écrasante majorité des biens, il n’y a pas de frais d’importation ou de douane. »
    fantastique …les importateurs et exportateurs de biens sont très heureux de récupérer les taxes anciennement perçues par les états.

    en effet l’UE est bonne pour l’économie , moins bonne pour les habitants devant payer les impôts supplémentaires alors que les biens n’ont pas changé de prix , ni les chômeurs ..en fait , heureusement qu’un referendum n’engage pas les politiques sinon l’UE aurait disparue depuis longtemps

    • « en effet l’UE est bonne pour l’économie , moins bonne pour les habitants »

      Le plus grand tour de magie des collectivistes, avoir fait passé le marché comme une abstraction déconnectée des individus et l’Etat comme l’incarnation de la volonté populaire.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Lipton Matthews. Un article du Mises Institute.

Les cercles politiques se lamentent de voir s'éloigner les vagues d'innovation. L'éminent économiste Robert Gordon affirme que l'époque des innovations transformatrices est révolue. Comme Peter Thiel, il est déçu par la nature incrémentale des inventions modernes. La thèse du déclin repose sur l'hypothèse que les innovations révolutionnaires comme la machine à vapeur, l'électricité et le téléphone deviennent excessivement rares. Il a été assez facile de trouver des preuves de cette ob... Poursuivre la lecture

Par André Heitz.

Dies irae ! Jour de colère !

« Les institutions européennes célèbrent le lancement de la Journée européenne du bio », tel est le titre d’un article d’Euractiv du 27 septembre 2021.

Par où commencer ? Relever l’incroyable pouvoir du lobby du bio dans les institutions européennes ? Vitupérer l’incroyable bêtise qui sévit dans ces mêmes institutions ?

La journée européenne du bio (EU Organic Day) est certes essentiellement symbolique, mais on connaît le poids et l’impact des symboles, ou du moins de c... Poursuivre la lecture

Par Alexandre Massaux.

La rupture par l’Australie du contrat des sous-marins français de Naval Group fait réagir. La raison ? L’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis scellent une alliance renforcée nommée AUKUS dans la zone indopacifique. Celle-ci vise avant tout à renforcer les capacités militaires des trois membres et a pour premier objectif la construction de sous-marins nucléaires avec l’aide des Américains et des Britanniques.

Cette alliance fait suite à une réunion trilatérale entre le président américain Joe Biden, ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles