Lettre ouverte sur l’ISF d’un chef d’entreprise aux candidats à la présidentielle

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Lettre ouverte sur l’ISF d’un chef d’entreprise aux candidats à la présidentielle

Publié le 31 mars 2017
- A +

Par Gilles Roland.

J’ai 52 ans, et je suis entrepreneur, qui comme tous les entrepreneurs, cherche chaque jour à développer son activité, développer de nouveaux marchés, motiver ses troupes. Bref, je suis un patron ordinaire, et ma situation est celle de nombreux chefs d’entreprise.

Je fais un métier particulier : je rachète des entreprises industrielles françaises que l’ancien propriétaire envisageait de fermer. J’ai racheté 8 entreprises industrielles jusqu’à présent, représentant plus de 4.800 emplois en France.

C’est ainsi qu’en 2005, j’ai racheté en quasi-faillite, dirigé, redressé puis revendu un groupe industriel de 9 usines, « sauvant » alors 3.000 salariés en France.  Je suis alors devenu riche, et j’ai acheté mon appartement et une maison de vacances. Aux États-Unis, en Angleterre ou en Allemagne, cela aurait été justifié. En France, je suis entré dans une zone étrange, presque suspecte !

Riche, donc suspect en France

Avec un patrimoine de 8 millions d’euros, qui a déjà été largement taxé lors de son accumulation, j’aurais pu choisir d’arrêter de travailler, et « vivre de mes rentes ». J’ai choisi de continuer ce travail passionnant, et de racheter des usines, en France, dans des situations financières délicates.

Mais en France, la richesse est condamnable.  Un mythe est entretenu que les riches le sont forcément devenus sur le dos des pauvres (sauf les chanteurs, les acteurs et les joueurs de foot).  Nos hommes politiques, soucieux de leur image « sociale », mais ignorants de l’économie, ont construit des règles absurdes qui soulagent la conscience sans résoudre aucun problème : le chômage est toujours massif, et la pauvreté s’étend.  Ainsi l’administration fiscale est le Robin des Bois chargé de reprendre aux riches pour redonner aux pauvres, et l’ISF en est l’impôt le plus symbolique.

Enchaînement kafkaïen

Ce contexte posé, j’invite ici mes lecteurs à suivre attentivement la suite kafkaïenne.

Bien que j’en sois actionnaire quasi-unique et seul dirigeant, ma holding doit démontrer qu’elle est animatrice sinon l’ensemble de mon groupe industriel ne sera plus considéré comme mon outil de travail et sera inclus dans la base de calcul de mon ISF. Je dois justifier par des écrits que je suis le pilote de l’ensemble du groupe.  Absurde, mais peu contraignant.

Je dois également percevoir un salaire en adéquation avec ma fonction.

Je gagne 5.000 € bruts par mois, 4.032 € nets.  Comme chaque Français, mon « net imposable » soit 4.176 €, est supérieur à mon « net perçu » : en France, on paie même de l’impôt sur l’argent que l’on n’a pas perçu !

L’obligation de l’ISF

Mon « net imposable » est de 50.112 € par an. C’est beaucoup pour une grande majorité de Français. Mais ils n’ont pas tous l’obligation de payer l’ISF.  Mon ISF s’est élevé à 59.681 € en 2016. Il diminue chaque année.  Le taux baisse ? Non, son assiette, car je grignote mon capital pour vivre.

J’ai ainsi payé environ 650.000 €  d’ISF en 10 ans, sur un capital déjà taxé lors de sa constitution. Bien plus que ce que mon capital ne rapporte.  J’ai largement contribué à l’économie française, et repayé ce que j’ai reçu (notamment mon éducation).

Pour ne pas totalement me spolier, l’État a plafonné l’ISF et l’IR à 75% de mes revenus, soit 37.584 €. Il me reste donc 12.528 € pour « vivre ».  Mais c’est avant paiement de mes taxes d’habitation, et taxes foncières.  Soit 11.882 € pour mes deux logements.

Un capital qui s’amenuise

Mon revenu annuel disponible après impôts et taxes s’élève à 646 € !  Moins de 2 € par jour pour une famille de 5 personnes.

Ceci avant de payer nourriture, électricité, sorties, éducation des enfants … Je n’ai pas d’autre option que de puiser dans mon capital, qui année après année s’amenuise.  Dois-je demander le RSA ? Des allocations familiales ? Une allocation logement ? On marche sur la tête…

Et si mon salaire augmentait de 1.000 € par mois, mon ISF augmenterait de 750 € par mois ..

Une décision rationnelle serait de m’expatrier et continuer mon travail (qui sauve des emplois en France, rappelons-le !) depuis l’étranger. Un vrai choix serait de profiter de la vie et laisser ces usines à leur sort !

L’absurdité du système fiscal actuel

À l’heure des grands choix politiques, l’objectif de cet article n’est pas de susciter envie ou pitié, mais de mettre en lumière l’absurdité de notre système fiscal actuel, qui incite les entrepreneurs à quitter la France ou à moins travailler.  Or nous, les entrepreneurs de France, sommes les forces vives, qui irriguent l’économie.

Le redressement de la France, le recul du chômage et par conséquent de la pauvreté, passent par un redressement économique. Ceci nécessite de déserrer les nombreux carcans qui étouffent notre économie.  Et d’abord de redonner à tous les entrepreneurs (de startups, mais aussi les artisans, les commerçants, les patrons de toutes les PME, les agriculteurs), de vraies perspectives de vivre de ses revenus, d’accumuler du capital, et pourquoi pas, devenir riches !  Ce n’est pas une maladie honteuse !

Les 11 candidats à la plus haute fonction de la république doivent arrêter la démagogie.  Il faut s’ancrer fermement dans l’Europe, encourager nos entrepreneurs par une fiscalité décente, et soutenir nos entreprises par une législation stable.  Des entreprises qui se développent sont des entreprises qui embauchent des jeunes et des moins jeunes, Français de souche, issus de l’immigration ou étrangers. Et qui créent cette richesse dont la France a tant besoin.

Je n’ai pas encore préparé mes valises.  Mais je le ferais sans remords si rien ne change.

Voir les commentaires (21)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (21)
  • Bonjour à toutes et à tous,
    Excellente démonstration des effets pervers de l’ISF (qui revient en clair à un taux d’IR de 75% …).
    Il y a des tas d’autres cas de figure possibles (exemple celle de la veuve touchant une petite retraite et usufruitière de terrains devenus « à bâtir » à l’insu de son plein gré …).
    Le taux confiscatoire de cet impôt qui n’a d’autre justification que la jalousie sociale, pieusement déguisée en « justice » aboutit à détruire des pans entiers de l’économie, surtout conjugué à des droits de succession tout aussi confiscatoires pour les mêmes raisons.
    La raison devrait pourtant conduire les gouvernants quel que soit leur bord à raisonner « autrement » :
    https://www.linkedin.com/pulse/partageons-efficacement-notre-épargne-pierre-tarissi
    Amitiés,
    Pierre

  • La démonstration semble sans appel, mais vous avez un capital. Et si vous le grignotée pour vivre n est ce pas normal ?
    Ce que je comprends c est qui une fois devenu riche (ie possédant un capital raisonnable) vous souhaiteriez pouvoir vivre des intérêts, voire des intérêts des intérêts pour voir le capital grossir.
    C est une conception d un monde ou l on s enrichi sans travail, vous devez donc être pour le revenu universel pour les plus pauvre, donc…

    • jacques lemiere
      31 mars 2017 at 8 h 10 min

      rendez nous service, donnez nous un principe de taxation « juste » en regard de principes supérieurs énoncés … ce monsieur ne refuse pas de payer des taxes il expose l’absurdité du système.

      • Re-,
        Il y a en tout et pour tout deux « taxations justes » permettant de façon simple d’alimenter les caisses de l’Etat : la TVA française (un impôt quasi-parfait) et le principe de la CSG (donc la « flat tax » sur les revenus).
        Tout le reste a un contenu idéologique, qui ne cherche plus à remplir efficacement les caisses de l’Etat, mais à « redistribuer » les revenus sous prétexte de « justice sociale ». Comme les deux fonctions (remplir les caisses de l’Etat pour ses besoins régaliens et « redistribuer ») ne sont jamais distinguées dans les discours ni dans les lois, la confusion la plus totale règne …
        Amitiés,
        Pierre

        • la TVA française (un impôt quasi-parfait)

          Ahem ahem ❗

        • jacques lemiere
          1 avril 2017 at 20 h 33 min

          je demandais aussi un principe supérieur celui par lequel on pourrait considérer qu’une flat tax ou que la tva soient « justes ».
          Je pense à titre personnel que c’est impossible…c’est toujours politique. mais défaut de principe supérieur on peut essayer d’énoncer des principes mineurs l’impôt doit être lisible…l’impôt doit être consenti…les comptes publics doivent être transparents..etc etc..

    • Bonjour Ed31, Bonjour à toutes et à tous,
      Mauvaise pioche !
      « Vivre des intérêts » d’un capital demande de la compétence et du travail, sinon effectivement le capital … s’évapore.
      Ce qui n’est pas normal, c’est que l’Etat participe directement à ladite évaporation, et, pire, décourage les efforts et la compétence de ceux qui savent utiliser un capital efficacement, c’est-à-dire comme notre auteur, pour le bien de tous.
      Parce que oui, jusqu’il y a environ 200 ans, la seule façon connue de constituer un « capital » était d’aller casser la figure du voisin pour lui prendre ce qu’il avait.
      Depuis, tout cela a complètement changé grâce à l’application de la « méthode expérimentale » née en Occident à la Renaissance …
      https://www.contrepoints.org/2017/01/31/279420-lutte-contre-les-inegalites-comment
      Amitiés,
      Pierre

    • Tsss. Avez vous lu ce que décrit ce témoignage? C’est l’Etat qui grignote le capital pour vivre, et il ne reste plus de quoi en vivre soi même. Quant à vivre, non pas sans « travailler » ou avoir un emploi, mais sans rendre aucun service à autrui, c’est une constante dans le monde étatique ou para-étatique. C’est fou cette propension des socialistes à projeter leur propre parasitisme sur autrui.

    • Bonjour Ed31
      Mais l’argent ayant servi à créer ce capital a déja été imposé !
      Pourquoi serait il imposé une deuxième fois parce qu’on a voulu le mettre de côté afin de pouvoir vivre dans un standing similaire au moment de cesser de travailler ? ( retraite ou autre)
      En vivant dans un standing similaire on continuera de payer plus de TVA lors de l’achat d’une Mercédes au lieu d’une Dacia( impot que je trouve tout à fait juste)
      Ce monsieur devrait il se verser le smic au lieu de 50000€ afin de faire plafonner son montant d’ISF ?
      Les impots idéologiques sont les plus injustes et à la fin des gens s’exparient alors qu’ils n’en avaient pas spécialement envie, ou trichent avec le système.

    • Allez-vous gagner le spountz d’argent de contrepoint ❓
      Vous êtes bien parti :mrgreen:

  • « sauf les chanteurs, les acteurs et les joueurs de foot » … et les journalistes …

  • Thierry Foucart
    31 mars 2017 at 10 h 22 min

    La description faite par l’auteur est très convaincante, et Pierre Tarissi a entièrement raison. L’argumentation est justifiée, mais génère des réactions passionnelles parce qu’il s’agit de beaucoup d’argent. J’ai développé dans mon essai Un projet social/libéral pour la France (Libréchange) une autre argumentation fondée sur le respect des droits de l’homme, ici du droit de propriété.
    Une méthode pour supprimer l’ISF consisterait à baisser le plafond de 1 300 000 € à 300 000 € : beaucoup de gens changeraient d’avis et réclameraient sa suppression. C’est toujours le même problème qui apparaît lorsqu’une décision concernant une minorité est prise dans un intérêt général décidé par la majorité :
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/interet-general-et-droits-189601

  • L’ISF ne m’insupporte pas tant pour la contribution à payer (que j’utilise en finançant des start ups) que pour son aspect vexatoire et l’obligation de lister tout ce qui a de la valeur, de l’estimer au plus juste au risque en cas d’oubli de subir les foudres l’administration et leur permettre d’abuser encore plus de leurs prérogatives.
    À quand une imposition simple, compréhensible par tous, et qui respecte le citoyen ?

  • L’obligation de déclaration publique de son patrimoine pour les candidats est aussi démagogique

    • Et gare à celui qui a un gros patrimoine ! On est pas aux Etats-Unis ici ! On est en France, seul pays à avoir condamné à mort son roi et sa reine parce qu’ils étaient roi et reine, et à avoir encore aujourd’hui plusieurs candidats communistes à chaque élection présidentielle.
      Dans le même registre, les candidats devront-ils désormais s’habiller chez Tati ou C&A plutôt que chez leur tailleur riche ?

  • François Asselineau : Fonctionnaire et Enarque
    Nathalie Arthaud : Fonctionnaire
    Jean-Luc Mélenchon : Fonctionnaire
    Philippe Poutou : Ouvrier
    Benoît Hamon : Fonctionnaire (n’a jamais travaillé)
    Nicolas Dupont Aignan : Fonctionnaire et Enarque
    Emmanuel Macron : Fonctionnaire et Enarque
    Jean Lassalle : Ingénieur agronome Entrepreneur
    Jacques Cheminade : Fonctionnaire Enarque
    Marine Le Pen : Avocate
    François Fillon : Avocat de Droit Public.
    Sur les 11 prétendants au Titre de Roi de France, 7 sont des fonctionnaires. Un seul est entrepreneur.
    Cela en dit long sur la volonté de ces gens de « réformer » le système qui les nourris !!!

    • 7/11= 63,63% peu ou prou le nombre de Thrombonnards de Ponctionnaires à l’Assemblée Nationale.

      Comme disait Monsieur CYCLOPÈDE… “Étonnant… non?”

      Dormez tranquille braves Gens… ça va bien se passer au Pays de l’Inaptocratie* triomphante tant que les Ponctionnaires ne seront pas obligés de démissionner une fois élu!

      Damned, mais bien sûr, c’est l’Assemblée Nationale qui vote les Lois… généralement préparées par les Ponctionnaires des multiples Bureaucratures!

      CQFD

      *Inaptocratie : gouvernement des moins capables, élus par les moins capables de produire, et où les moins aptes à subvenir à eux-mêmes bénéficient de la confiscation de la richesse du Travail de Producteurs en continuelle diminution.

  • Pour ma part, devant l’absurdité de la fiscalité à la française, je suis parti depuis deux ans, et je revis. Je paye des impôts sur le revenu, plus qu’en France, mais je ne suis plus obligé de faire marcher le plafond ISF pour ne pas vivre ou vendre le capital dont je n’ai que l’usufruit !

  • Dans une telle situation il est essentiel d’avoir un très bon avocat fiscaliste.
    Non pas pour frauder ou éluder l’impôt. Mais pour organiser une défense solide contre la spoliation systématique.
    Et au final, une fois qu’on a lu « La Grève » d’Ayn Rand (encore 300 pages pour moi…), on voit les choses avec plus de clarté.
    Et la solution s’impose : la Grève !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Jean-Philippe Feldman.

La presse a célébré la cession à la France de plusieurs œuvres de son père, le grand artiste Pablo Picasso par sa fille Maia-Ruyz Picasso, notamment plusieurs peintures. En fait de cession, il s’agit d’une dation en paiement, c'est-à-dire d’un mode exceptionnel qui permet de s’acquitter d’une dette fiscale par le truchement d’œuvres d’art ou d’objets de collection de premier ordre.

Si les affaires de succession sont les plus médiatisées, le recours à la dation en paiement a pu tout aussi bien concerner... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Géraud Lebas[1. De formation initiale en gestion, Géraud Lebas possède une décennie d'expériences en tant que comptable et acheteur. Attiré par l'énergie et l'industrie, il s'est depuis reconverti en électrotechnique dans le secteur aéronautique.].

Où part le salaire des employés français ? La question, légitime, du salaire complet, refait surface en ce début d'année avec le prélèvement à la source.

Il est intéressant de se placer du point de vue de l'employeur. Celui qui, à la base, paie tout. Car distinguer, pour la forme,... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Romain Delisle. Un article de l'Iref-Europe

En juin 2018, l’Assemblée nationale avait adopté une résolution réclamant une révision générale des taxes à faible rendement, qui brocardait la complexité et les coûts associés à leur collecte, dans une mesure qualifiée de « préjudiciable, non seulement au bon fonctionnement de l’économie, mais également au consentement à l’impôt et à l’avènement d’une société de confiance ».

Des taxes vétustes au bien-fondé douteux

Définir la notion de taxe à faible rendement n’est pas aussi aisé ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles