Votre banque peut-elle faire faillite ?

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Votre banque peut-elle faire faillite ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 16 avril 2017
- A +

Par Nick Hubble.

Vous souvenez-vous des tests de résistance des banques européennes dont les médias avaient l’habitude de nous abreuver régulièrement ? En ayant eu assez de sauver de la faillite les grandes institutions financières et leurs actionnaires fortunés, les gouvernements imposent à présent aux banquiers de mener leurs affaires avec plus de prudence. Pour cela, ils exigent des banques qu’elles se soumettent régulièrement à des tests de respect des normes financières. Ces tests sont comparables à la version financière d’un jeu de guerre.

Ensuite, les médias nous font croire que les banques sont sûres et ne risquent pas de couler en cas de nouvelle crise… ce qui est un paradoxe flagrant puisque les crises proviennent généralement des banques elles-mêmes.

La définition de la sécurité est arbitraire. Les banques sont contrôlées sur le niveau de leurs réserves de liquidités et de fonds propres. Elles doivent respecter les ratios fixés par les accords de Bâle.

Malheureusement, cette approche s’est révélée être une erreur. La façon dont les gouvernements ont cherché à sécuriser les activités des banques n’a pas permis de véritablement réduire le risque systémique du secteur bancaire. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude publiée par quatre chercheurs du Bureau National Américain de Recherche Économique [1. American National Bureau of Economic Research.].

Le ratio de fonds propres n’est pas un indicateur de risque pertinent

La synthèse de l’étude est vraiment intéressante et limpide. Je l’ai décomposée en plusieurs parties afin que nous puissions analyser les informations qu’elle contient qui sont importantes pour vous :

Le durcissement des normes prudentielles en matière de ratios de fonds propres ne va probablement pas empêcher une nouvelle crise financière. Ceci est une réalité démontrée empiriquement par l’histoire économique des pays industrialisés entre 1870 et 2013 ainsi que durant toute la période suivant la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes arrivés à cette conclusion surprenante grâce à de nouvelles données collectées concernant la structure du passif des banques dans 17 pays. Le fait est que le ratio de fonds propres, utilisé comme indicateur de solvabilité bancaire, n’a aucune valeur prédictive des crises qui se sont déroulées.

En d’autres termes, tous ces tests de résistance des banques, réglementations et voyages à Bâle pour se mettre d’accord sur les normes financières étaient absolument inutiles. L’histoire montre que les banques peuvent faire faillite même lorsqu’elles sont correctement capitalisées.

En théorie tout comme en pratique, l’idée que le niveau des fonds propres est la clef qui permet à une banque de survivre en cas de crise est l’une des règles fondamentales de la gestion financière. Mais c’est faux historiquement (tout comme la plupart des pratiques et théories dans les domaines économiques et financiers).

Cela n’a rien de nouveau. Avant la crise de 2008, les régulateurs s’appuyaient sur la notion de value at risk (VaR) pour contrôler les risques pris par les banques d’affaires. Ce fut un échec total. Quand les marchés financiers se sont totalement détraqués en 2008, le secteur tout entier a implosé étant donné que les acteurs s’appuyaient tous sur cette même contrainte de value at risk.

Pour en revenir aux banques, comment est-il possible de se tromper à ce point ?

L’activité de la banque moderne est intrinsèquement frauduleuse

Les activités bancaires sont par nature frauduleuses. Lorsque vous déposez de l’argent dans une banque, la banque l’utilise pour réaliser des prêts. Ainsi l’argent est enregistré comptablement à deux endroits en même temps : sur votre compte et sur celui de l’emprunteur. Vous pourriez en théorie tous les deux – vous déposant et l’autre emprunteur – dépenser cet argent en même temps… sauf si vous essayez de le faire réellement.

Si les épargnants devaient demander à retirer leurs économies, ou si les emprunteurs étaient incapables de rembourser tout ou partie des fonds, alors la fraude serait révélée. Le niveau de fonds propres de la banque n’a pas d’importance, une fraude est une fraude. Si deux personnes réclament en même temps le même argent, cela ne peut que mal se terminer.

Le ratio de prêts sur dépôts est une vraie mesure du risque

L’étude confirme qu’il s’agit d’un point-clef. La probabilité d’une crise bancaire est en réalité déterminée par la proportion des dépôts qui est utilisée par l’établissement pour réaliser des prêts.

Nous avons découvert que les indicateurs de liquidité tels que le ratio encours de crédits/dépôts et la part des sources de financement autres que les dépôts permettent de signaler un risque de fragilité financière.

Si une banque ne prête qu’une petite partie des dépôts, alors la fraude a moins de chances d’être révélée. Habituellement les épargnants ne retirent pas tous leurs fonds en même temps.

Les sources de financement autres que les dépôts sont également importantes car il s’agit de ressources stables pour la banque, contrairement aux dépôts qui peuvent être retirés immédiatement à la demande des épargnants. Les fonds ainsi mis à disposition de la banque peuvent être utilisés par l’investisseur ou par l’emprunteur, mais pas par les deux en même temps. C’est une façon honnête pour la banque de se financer.

Cela ne signifie pas qu’il n’est pas possible d’en abuser. Northern Rock nous a montré comment ce type de financement peut également mener à une crise. Mais c’est une autre histoire. Restons concentrés sur le sujet des dépôts.

Une fraude qui devient légale avec une licence bancaire

La fraude que constitue le système bancaire de réserves fractionnaires n’est autorisée qu’avec de l’argent et à la condition d’avoir une licence bancaire délivrée par le gouvernement. Si vous déposez vos meubles de jardin dans un entrepôt de stockage, l’entrepôt ne sera pas autorisé à les prêter. Si vous confiez votre épargne à une société qui ne possède pas de licence bancaire, il serait illégal pour cette société de prêter cet argent. En revanche, si une société possède une licence bancaire, alors elle cela devient légal.

Étant donné que notre système financier est basé sur une fraude, nous ne devrions pas être surpris qu’il traverse des crises à répétition. Les accords de Bâle sur les ratios de fonds propres n’y changeront rien.

Rappelez-vous, si le problème provient d’un système frauduleux, alors c’est l’importance du niveau de la fraude qui détermine la probabilité qu’elle soit découverte. Si la banque conserve en sécurité la majorité de vos dépôts et n’en prête qu’une petite partie, il est peu probable que vous vous rendiez compte de la supercherie. En effet, la plupart des déposants conservent leur argent dans le système bancaire. Et si la banque se finance à l’aide d’autres ressources que les dépôts, le risque se réduit encore davantage.

Une croissance rapide du crédit est un indicateur prédictif de crise

Alors comment prévoir l’arrivée d’une crise ? Selon cette étude, la croissance du crédit est un indicateur qui possède une excellente valeur prédictive. Cela s’explique par le fait qu’une croissance soudaine du volume de crédits a généralement lieu au prix d’une augmentation des créances douteuses. Si un boom soudain se produit, c’est probablement que nous sommes en présence d’une bulle, ou que les banques ont abaissé leurs critères d’octroi de prêts (comme par exemple durant la crise des subprime).

Quand la bulle explose, les crédits responsables de la bulle ne peuvent pas être remboursés. La banque se trouve en défaut lorsque les déposants souhaitent récupérer leur argent alors que certains emprunteurs ont dépensé cet argent et sont à présent incapables de le rembourser. Comme l’étude le démontre, c’est « l’augmentation des créances à l’actif du bilan » qu’il faut surveiller pour prédire une crise bancaire. Et c’est la mauvaise qualité des créances qui représente l’élément déclencheur de la crise.

Cependant, si les banques sont correctement capitalisées, alors elles pourront reprendre leurs opérations frauduleuses rapidement après la crise :

Néanmoins, un niveau de fonds propres important représente un avantage en termes de stabilité macroéconomique : la reprise économique après une crise financière est beaucoup plus rapide lorsque les banques possèdent un niveau plus élevé de fonds propres.

Les ratios de fonds propres ne sont donc pas complètement inutiles finalement… du moins si vous voulez voir se répéter encore une fois la même escroquerie.

Le cas alarmant de l’Europe

Supposons que cette l’analyse de cette étude soit correcte. Dans quelle situation se trouve l’Europe ?

La croissance du crédit est revenue au même niveau qu’au moment de la précédente crise européenne de la dette.

Le président de l’Autorité bancaire européenne[2. EBA, European Banking Authority] s’inquiète tellement du niveau des créances douteuses en Europe qu’il souhaite que les gouvernements se lancent dans un programme de rachat de ces créances à hauteur d’environ 1 000 milliards d’euros. L’idée est de restaurer la confiance dans le système bancaire. Si les banques ont la possibilité d’obtenir des liquidités en échange de leurs crédits douteux, au moins le problème sera confiné.

5,4% de créances douteuses dont un tiers en Italie

Dans le cas contraire, le président de l’EBA pense que l’Europe risque de connaitre une décennie perdue, comme le Japon dans les années 1990. Les Japonais sont connus pour refuser d’admettre l’existence de créances douteuses. Ils se contentent simplement de continuer à travailler d’arrache-pied comme si tout allait bien.

Le problème est que les créances douteuses représentent en Europe 5,4% du volume total de crédits. C’est trois fois le niveau du Japon et autant qu’aux États-Unis. L’Italie concentre à elle seule le tiers de ces créances douteuses. Mais pas de panique, les banques italiennes sont particulièrement bien capitalisées…

Attendez une minute… ne vient-on pas de voir que les fonds propres ne permettent pas d’éviter une crise ? C’est une question de qualité des créances et de sources de financement des banques.

Les banques italiennes, de même que les banques espagnoles et brésiliennes, sont connues pour être fortement dépendantes des dépôts. Et comme je l’ai dit, les banques italiennes ont un problème de créances douteuses, connues sous le nom de sofferenze, que l’on peut traduire par souffrance, malheur, et douleur.

Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici.

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  • « Lorsque vous déposez de l’argent dans une banque, la banque l’utilise pour réaliser des prêts. Ainsi l’argent est enregistré comptablement à deux endroits en même temps : sur votre compte et sur celui de l’emprunteur. »
    Je ne suis pas d’accord.
    Le solde sur mon propre compte est de l’argent que la banque me doit.
    Le solde sur le compte de l’emprunteur est de l’argent qu’il doit à la banque.
    En d’autres terme, le billet de 100€ que j’ai déposé en banque est un prêt que je consent à ma banque.
    Ladite banque accorde à son tour un prêt à un client et lui confie le billet de 100€. Il n’y a toujours qu’un seul billet, et que 100€ en circulation.
    Le problème peut provenir uniquement du fait que la banque peut prêter 500€, voire bien plus, en créant la monnaie de toute pièce, monnaie qui est détruite lors des remboursements…

  • Globalement c’est encore un article à charge contre les banques. Ok, pourquoi pas, il y a tant à dire. Mais qualifier d’autorité le mécanisme de fraude n’en fait pas une fraude pour autan. C’est bien le rôle du banquier de prêter une partie des fonds qu’il a en dépôt stable (c’est à dire l’essentiel des dépôts).
    Le mécanisme de réserve fractionnaire n’est pas plus une fraude qu’autre chose. Si fraude il y a, c’est quand on dit au client que le solde de son compte créditeur est « son » argent alors que c’est le solde du compte client au sein de la compta de la banque, qui manifeste bien que cette dernière a une dette envers le client’
    Que les clients ne comprennent pas ce mécanisme ne crée pas une fraude pour autant.
    Quand vous mettez votre appartement en gérance dans une agence, et qu’il y a un locataire, vous avez beau être le « propriétaire », vous ne pouvez plus y habiter. L’usufruit et la un-propriété sont deux choses différentes. Il en va de même pour l’argent…

    • @ Ce Cher PukuraTane,

      Sauf qu’à Chypre, on a vu qu’il était plus difficile de récupérer son dépôt et plus facile de se déclarer en faillite.

      D’autre part, les banques ont (quasi?) officiellement un plafond à leur remboursement en liquide des sommes « prêtées », selon vous, et restant pourtant ans intérêt sur les comptes à vue alors que les comptes d’épargne ne dépassent pas le taux d’inflation: nous, clients, payons donc pour prêter!

      Et la banque fait l’inverse avec votre argent en y ajoutant pour vous et pour l’emprunteur le prix de leur « service »-arnaque.

      Les états européens de l’euro-zone se sont engagés, me semble-t-il, en cas de crise, d’aider les banques à rembourser leurs dettes vis-à-vis des clients, à hauteur de 100 000 € par client, maximum, tous comptes confondus.

      Pour une « grosse petite ou moyenne entreprise » la trésorerie par la banque dépasse rapidement, évidemment, cette somme.

      L’entreprise sera en cessation de payement alors que la banque survivra grâce à ses filiales à l’étranger, spécialement dans les vrais paradis fiscaux non soumis à la communication fiscale, contrairement à « notre » filiale!

      Les banques ont bien remplacé les marchands de voitures d’occasion, plus fiables, actuellement, dans le métier le moins honnête! Avec l’aide des politiciens, leurs partenaires en « connivence »!

      Alors fraude ou pas fraude? Combien de banquiers sanctionnés après la crise de 2008?

      Ils ont changé le nom et le logo de leur banque, ont pratiqué des alliances incestueuses et sont réapparues plus blanches que blanc!

      Info: votre BNP Paribas Fortis filiale belge a transféré à Paris, ou le siège était détenteur à 99%, un dividende exceptionnel de 2,5 milliards d’€, il y a moins d’un an. Il est comique de voir que l’émigration française des grandes fortunes vous écoeurent quand l’importation de bénéfices conséquents d’une « fraudeuse » (au sens de l’article) ne fait pas une ligne dans la presse!

      Je déconseille à tout qui m’écoute de ne pas faire affaire avec des Français, « baiseurs », au propre comme au « pas propre », refusant de parler à table, d’argent, car c’est inconvenant, selon les règles « vieille France » de bienséance, alors qu’ils sont à 95%, au moins, des « obsédés du pognon », surtout actuellement!

  • – Félicitations pour cet article ! Vous touchez 1 problème de fond majeur de cette campagne,évité par la plupart des candidats + soucieux de leur carrière politique ( ou incompétents ) que du devenir des économies bancaires des fourmis-épargnants ! Les cigales semblent les banquiers spéculateurs qui jouent au casino avec les premiers sans retenue malgré le krak 2008 puisqu’ils ont été renfloués… Seul Cheminade & MLP du bout des lèvres, ont dénoncé cette dictature Financière.
    – Le seul remède reste la séparation des banques en 2 : la doctrine Germain votée en 1905, abolie à la veille de la Guerre 1914, revotée en 1941 par Pétain par peur de fuite des capitaux, mais supprimée par Delors en 1984 à la veille de sa Présidence de la Commission UE ! http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/les-fantomes-d-henri-germain-et-de.html
    – En 2012 ; Hollande & Moscovici capitulèrent vite devant le lobbying intense de la FBF.( fédération des banques FR ). et échafaudèrent 1 compromis – la banque universelle ou la filiation des banques d’affaires à celles des dépôts – une pantalonnade qui en voulant déplaire à personne, souleva la risée des Républicains au Parlement, qui parlaient de loi inutile & perte de temps ! Il y a des menaces de krak qui persistent dans l’UE à cause de la politique de la BCE.. Les conseils de Contrepoints sont pertinents: je me documente partout et les gens ne réagissent pas car + préoccupés par le chômage que l’épargne : c’est dommage car il vaut mieux prévoir que subir ultérieurement !

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