Avant de juger Ryanair, écoutons ce qu’elle a à dire !

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Avant de juger Ryanair, écoutons ce qu’elle a à dire !

Cet article en est un d’opinion. Il ne représente que le point de vue de son auteur
Publié le 30 septembre 2017
- A +

Par Drieu Godefridi.

Je suis conscient du caractère malaisé de la défense d’une compagnie, Ryanair, sur laquelle une bonne partie de la presse européenne tape depuis de longues années.

Pourtant, les plus récentes actualités me poussent à adopter cette posture délicate : dans le conflit qui oppose Ryanair — entre autres — à ses pilotes, je n’aurai pas le ridicule de prendre parti, mais je suggère que l’on prenne en compte le point de vue, aussi, de la compagnie.

De quoi parle-t-on ? D’une compagnie de droit irlandais qui prétend soumettre aux droit et forum irlandais ses travailleurs, pilotes y compris. Rien de très choquant de prime abord, sauf que bien entendu les droits sociaux des travailleurs sont plus importants dans différents pays du continent européen qu’ils ne le sont en Irlande.

Sous l’empire du droit irlandais

En se soumettant aux droit et forum belges ou français, les pilotes de la compagnie irlandaise gagneraient davantage d’argent et se verraient automatiquement offrir une série d’avantages légaux, dont ils ne jouissent qu’imparfaitement sous l’empire du droit irlandais.

S’il s’était agi d’une compagnie basée en Roumanie, Moldavie ou une autre région dont les salaires sont dix fois moins importants qu’en Belgique ou France, il n’y aurait même pas de débat, tant il serait choquant de voir des pilotes occupant le ciel européen rémunérés 500 € quand les pilotes d’Air France le sont pour 10000 €.

Mais il s’agit ici de l’Irlande, pays qui, je le rappelle, est réellement celui de la compagnie en question. Nous parlons ici de pilotes qui sont rémunérés — on ne va pas détailler le barème — en moyenne 7000 €, et parfois bien davantage. Sept mille euros par mois : convenons qu’une telle rémunération les situe objectivement très au dessus de la moyenne salariale belge ou française.

L’Irlande une république bananière ?

Quant à leurs avantages sociaux annexes, croit-on réellement que l’Irlande est une république bananière ? Ne voit-on pas ce qu’il y a de contraire au principe même du marché européen, à l’esprit européen en fait, dans cette façon de traiter le droit irlandais comme on le ferait d’un pays sous-développé pratiquant une forme moderne d’esclavage ?

Si les Européens possèdent aujourd’hui la liberté — car c’est bien de cela qu’il s’agit : la liberté, dans son sens le plus réel et précieux — de voyager à bas prix, de se rendre à Venise, Budapest, Prague et d’embrasser tous ces lieux de la culture européenne, à des tarifs abordables, c’est à des compagnies telles que Ryanair (et d’autres !) qu’ils le doivent.

Voudrait-on en revenir à l’époque, pas si reculée, où ces voyages étaient le privilège d’une certaine élite, bourgeoise et administrative ? Mesure-t-on qu’un vol vers Venise coûtait il n’y a pas si longtemps l’équivalent de 1000 euros, quand il en coûte de nos jours le dixième ?

Bien sûr, la corporation des pilotes, comme celle des aiguilleurs du ciel, est puissante. Il n’est pas jusqu’à d’anciens pilotes de la Sabena qui ne prennent la plume pour défendre les revendications des pilotes Ryanair… Une solidarité qui ne manque pas d’ironie, quand on se souvient de la faillite de la Sabena, et du rôle joué à l’époque dans cette débâcle par la gourmandise et l’intransigeance du syndicat des pilotes.

Je ne prétends pas trancher ici la question de droit. Seulement en appeler à une forme de modération quand on juge notre partenaire irlandais, son droit, et la compagnie Ryanair, qui à elle seule a probablement mieux contribué à augmenter la liberté effective des Européens — celle de voir le monde ! — que tant d’autres entreprises ou mesures gouvernementales.

Cet article a été publié sur le site du Vif/Trends le 29 septembre

Voir les commentaires (10)

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  • Je travaille en Irlande. Qui a prétendu que le droit du travail irlandais est très flexible ou digne d’une république bananière n’y connait absolument rien. Ils ont un IS favorable, des cotisations sociales plus basses, davantage de mutuelles de santé privées…et donc c’est parti sur les clichés…

  • Hé oui, le libéralisme et la concurrence c’est dur mais ça marche, et un pilote ne « vaut » de nos jours pas plus de 7000 euros par mois, les vols étant pour l’essentiel automatisés. Je vole beauvoup et les pilotes d’Air France me donnent plutôt l’impression de moindre maîtrise que beaucoup d’autres. Que cela plaise ou non les statuts privilégiés à vie c’est fini, sauf pour l’état énarchique justement… Un autre exemple est le sauvetage de Nissan. Au bord du gouffre il y a quinze ans et faisant partie d’une alliance leader mondiale aujourd’hui. Il a fallu pour cela casser les statuts et changer les mentalités…

    • Quand vous dites « je vole beaucoup », vous êtes pilote ? Sur quel appareil ? Chez quelle compagnie ?
      (Cette question n’est qu’une simple curiosité de ma part).

  • D’accord!

  • Ne pas oublier que la majorité des journaleux occidentaux, jusque y compris aux USA, les calomnies sur Tump en sont un avatar, étant de gauche il est donc normal qu’ils prennent la défense de pilotes payés 7.000 euros par mois! Entre privilégiés on se soutient!

  • Andre Teissier du Cros
    30 septembre 2017 at 23 h 23 min

    Tout ce que vous dites est vrai. Mais Ryanair doit respecter les mêmes lois que ses concurrents, et celles qui concernent la protection sociale ne sont pas négociables. Il existe d’autres compagnies aux prix compétitifs qui les respectent.

  • Juste un point de vocabulaire – ou de sémantique.
    Je ne comprends pas les sens du mot « forum » dans les § 3 et 4 de l’article : Ryanair devrait se soumettre « aux droit et forum » de l’Europe continentale. Peut-être est-ce un belgicisme, ou un avatar de traduction depuis quelqu’autre langue ?
    Veut-on parler de jurisprudence ? D’opinion publique ? De négociation salariale ?
    Je me perds en conjectures. Merci à qui m’éclairera.

    • forum désigne la compétence (des tribunaux).
      Cf l’expression latine : « Actor sequitur forum rei » qui signifie mot à mot : celui qui agit suit la place du marché où se déroule la vie publique.

      Dans la procédure civile, actor sequitur forum rei veut dire que le demandeur doit porter son action devant le tribunal du défendeur.
      On juge en Irlande ce qui est contracté en Irlande.

      Voilou, c’est pas du belge, c’est du latin.

  • Les commentaires sont fermés.

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