Écriture inclusive : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement…

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Écriture inclusive : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement…

Cet article en est un d’opinion. Il ne représente que le point de vue de son auteur
Publié le 31 octobre 2017
- A +

Par Francis Richard.

Modestement, comme je ne prétends être ni écrivain, ni journaliste, j’essaie d’écrire en langue française, sans autre ambition que de respecter le précepte de Nicolas Boileau :

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Je ne suis pas tout à fait Français, si je suis de toute façon francophone. D’aucuns me le reprochent… Il est vrai que je suis né en Flandre, que, sorte de monsieur Jourdain de l’identité, j’ai longtemps été apatride sans le savoir, que j’ai obtenu tardivement la nationalité française, encore plus tardivement la nationalité suisse…

Je serais donc mal placé pour défendre la langue française… violentée naguère par la féminisation politique des noms et aujourd’hui par l’écriture inclusive. Alors, ne me sentant pas à l’aise pour le faire, je fais appel à d’autres, et non des moindres, pour plaider en faveur de la langue que j’aime : Jean-François Revel et l’Académie française.

Jean-François Revel et la féminisation des mots

Dans un article, paru il y a quelque vingt ans, le 11 juillet 1998, dans Le Point, intitulé « Le sexe des mots », Jean-François Revel dit tout haut ce que je pense forcément tout bas. Dans cet article lumineux, il remarque que la querelle de la féminisation des mots découle du simple fait qu’en français le genre neutre n’existe pas.

Il en résulte qu’en français des féminins et des masculins sont « purement grammaticaux, nullement sexuels ». Jean-François Revel donne les exemples suivants :

Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille. De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie.

Il ajoute, ce qui est le bon sens même, que certains substantifs se féminisent naturellement et d’autres pas, et donne des exemples que le lecteur intéressé peut découvrir en lisant son article. Avec toute sa sagesse d’académicien, il dit surtout :

L’usage est le maître suprême. Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques.

Il conclut que les politiques, chez lesquels l’égalité des sexes ne progresse pas comme dans les autres métiers, ont choisi, en torturant la grammaire, de « faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes »

Et que dit l’Académie française à propos de l’écriture inclusive ?

Pour ce qui concerne l’écriture inclusive, que l’on voudrait imposer comme norme, j’attendais l’Académie française, avec plus d’espoir que les personnages de Samuel Beckett attendant Godot…

L’honorable Compagnie vient de se fendre à ce sujet (lors de sa séance du 26 octobre 2017), d’une déclaration de laquelle j’extrais ce passage :

La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Dans son « Discours sur l’universalité de la langue française », Antoine de Rivarol écrivait que ce qui faisait l’universalité de la langue française à son époque, c’était « l’ordre et la construction de la phrase », qui lui donnaient sa « clarté par excellence »

Les sectateurs de l’aberration inclusive devraient se souvenir, avec Rivarol, que « ce qui n’est pas clair n’est pas français ». Mais, peut-être le sont-ils moins, après tout, que je ne suis…

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  • L’obscurantisme de nos politiciens, empêtrés dans leurs idéologies mortifères, leur font confondre le genre grammatical des mots et la sexualité.
    On n’a encore jamais vu UN fauteuil et UNE chaise nous faire des petits tabourets…

  • le seul avantage de l’écriture inclusive est qu’elle permet de repérer en 5 secondes qu’un texte a été écrit par un gauchiste.

  • le problème donc est que désormais les mots seront tous « genrés » ..le soleil sera masculin et non neutre la lune femme…ce qui j’imagine entraînera de nouveaux débats…l’astre de lumière est-il de nature féminine ou masculine , ne faudrait il pas mieux l’appeler la soleil. Pour le reste allons y la complexité de la langue fait déjà le régal des chercheurs de fautes obsessionnels. Ajoutons donc un nouveau schisme il y aura les noms communs « genrés » et les autres, qu’il faudra accorder différemment ..

    bon ce qu’il y a de curieux est à mon sens inverse ceux qui revendique l’écriture inclusive revendique l’égalité ne devraient ils pas exiger le neutre pour tous… Je saurai désormais que la professeure est une femme …et si un jour je critique les écrits ocd’une professeure; on pourra me rétorquer que je le fais par sexisme car je sais que je parle à une femme…alors que actuellement j’ignore si le professeur est homme ou femme ou neutre, ce qui est « mieux » si j’admets une égalité totale des sexes..

    Et donc, e,n bon soldat de l’égalitarisme des sexes , je trouve l’écriture inclusive sexiste, je revendique donc le neutre pour tous…

    • ,revendiquent, qu’il s’agit d’une femme..etc etc..

      • On ne dois pas dire professeur ou professeure, mais Monsieur le professeur ou Madame le professeur, mais notre fainéantise nous fait omettre Monsieur ou Madame (je dis pas Mademoiselle car c’est interdit!!!) . En fin de compte quel le genre de « Prof » un prof, une prof ou une proffe.
        J’adore ce monde où la pseudo élite se confond avec une stupidité profonde.

        • @ Tany

          « J’adore ce monde où la pseudo élite se confond avec une stupidité profonde. » Vraiment? Vous confondez sans doute géographie et sociologie!

          La France restera un pays exceptionnel et béni des dieux. C’est quasi incontestable!

          Les décisions des autorités élues par la population, c’est bien autre chose: vu les résultats actuels, on sait déjà que cette absurdité linguistique, même pas approuvée par leur Académie Française ne fera pas long feu!… et ne sera pas suivie par les francophones hors de France, au moins! Seul l’usage a autorité pour changer une langue: ce qu’ont inventé des « abscons » risque bien de disparaître avant eux! Ils auront gagné cette occasion de plus de se ridiculiser!

  • Bravo et merci à M.Richard.
    Quoi de mieux pour défendre la clarté de la langue française que de citer ceux qui expliquent clairement ce que le bon sens de l’usage fait prévaloir.

    • @ Rica
      Comme vous savez, sans doute, on ne dit pas « professeur », dans le langage courant, on dit prof’, ce qui n’empêche pas, grâce à l’article, de genrer ce terme neutre: mes enfants, avant, parlait « du prof’  » ou « de la prof’ « , ma fille comme mon fils, qui avaient des enseignants des 2 sexes comme leurs camarades de classe, garçons ou filles! Ça, ça passe tout seul! Maintenant, les genres plus compliqués, ça ne pose pas de problème tant que ce n’est pas déclaré! Après, faut expliquer! Et chacun réagit comme il veut ou comme il peut!

  • A un détail près : je crois que Boileau a écrit : « …et les mots pour le dire… » et non : « …et les choses pour le dire… »
    Cette erreur de détail n’enlève rien à l’intérêt du billet de M.Richard.

  • Vous avez tout faux ,l’écriture inclusive améliore la compréhension d’un textes et permet d’avoir une précision sexuelle absolue sans connaître la totalité du contexte…reste à savoir si ils iront jusqu’à différencier les mots pour les transgenres.
    Professeur , professeure…professeur:e….professeure:….par exemple.
    Bon , cela complexifie la grammaire et l’apprentissage de la langue…heureusement , l’anglais sera notre espéranto.

    • @ reactitude
      « l’anglais sera notre espéranto. »
      Sera? C’est déjà le cas, surtout par sa filiation avec le « globish » outil mondial surtout si on ajoute les gestes, mimiques et attitudes! C’est pratiqué partout dans le monde, par tout le monde, tous les jours, par tous ceux qui veulent se faire comprendre et comprendre leur « interlocuteur »!

  • Une remarque : d’une langue à une autre, pour nommer quelque chose, le genre n’est pas le même ! Ainsi,
    En français : LE soleil (masculin) / LA lune (féminin) ;
    En allemand : DIE Sonne (féminin) / DER Mond (masculin).

    • C’est à cause des divinités pré-chrétiennes qui leur étaient associées.
      Dans le monde germanique Sol est la sœur de Mani et dans le monde gallo-romain, nous avons Bélénos et sa parèdre Belisama.

  • Bravo à M. Richard. Il y a d’excellents écrivains qui ont donné les meilleurs arguments pour souligner la très mauvaise idée de changer la grammaire française pour une raison idéologique. De plus, de quel droit certains féministes pourraient-ils faire officialiser des changements d’une langue dont l’évolution se fait par l’usage ? C’est ce que disent les Académiciens, ce qui les dispensent souvent d’alerter les francophones des mauvaises pratiques dont beaucoup s’étalent à grande vitesse dans les médias. Il ne faut pas confondre le genre grammatical et le sexe d’une personne. L’égalité entre personnes vient du fait que l’accès aux différentes responsabilités doit être ouvert indépendamment du sexe d’une personne. Il y a par exemple, en France, les Préfets, représentant de l’Etat auprès des départements. Si c’est une femme qui occupe un de ces postes, il faut l’appeler « Madame le Préfet ». De même pour Madame le Professeur, le Docteur Madame X, Madame le maire, etc. Là est la vraie égalité, la personne occupe un poste. Dans le français classique, si une femme signe un document en écrivant « signé : la Maire de Lille, ou la Préfète de Côte d’Or, etc. », cela signifie que la personne occupant ce poste doit être une femme. Puisque ce n’est pas le cas, parlons français tout simplement.

    • @ Dulieu

      Je ne suis pas du tout opposé à vos arguments ni à votre principe de respect des usages!

      Mais, bon sang!, pourquoi avez-vous besoin de faire appel à ceux que vous nommez comme « excellents écrivains » forcément du passé si pas décédés, pour renforcer votre point de vue personnel: une référence souvent venue d’1 phrase d’un ancien auteur, disparu ou pas, quelles soient ses qualités, n’a pas à intervenir dans une discussion contemporaine: cela n’ajoute aucun poids logique à votre argumentation: votre référence, choisie, signifie plus votre confiance dans ce que vous auriez lu chez un auteur que celle que vous avez dans votre propre avis, comme si votre interprétation de cet auteur était forcément la bonne! Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de sens à cela!

  • Les hommes de l’Etat sont tellement prévisible.
    Leur focus : le contrôle social et l’accaparement des richesses normalement dévolues aux solidarités. Et là, leurs deux obstacles sont les religions et les solidarités familiales.
    Pour la destruction des valeurs familiales ont a le choix: le mariage « pour tous », l’aide aux « parents isolés « , « l’égalité H/F », et maintenant le relativisme du Genre.
    Que vont-ils nous inventer la prochaine fois ?

  • C’est curieux comme les anglicismes ou les termes mal appropriés (support pour soutien par ex) entrent dans le langage courant et le dictionnaire très facilement mais pas la féminisation des postes. Si le préfet est une femme, ben on dit préfète quand on parle d’elle, et alors ? Pourquoi les uns seraient autorisés et pas les autres ?

    • Je suis d’accord : on devrait reprendre les usages fautifs d’anglicismes mal traduits, comme étables pour écuries, support pour soutien (on conservera cependant supporter de préférence à souteneur), concerné pour inquiet, etc. De là à les interdire ou à obliger certains emplois, notamment dans les cerfas, il y a un fossé

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