Manifeste pour la défense de toutes les femmes

Toutes les femmes ne se reconnaissent pas dans les demandes des mouvements féministes actuels. Beaucoup n’attendent pas tout de l’État et n’ont pas envie ni besoin d’être une grande cause nationale pour se sentir libres.

Par Marianne Ferrand.

Ce week-end un grand ramdam féministe était hébergé sous les ors de la République. Le Président Emmanuel Macron avait convoqué au Palais ce qui se fait de mieux en matière de défense des droits du deuxième sexe. Et il n’y est pas allé par quatre chemins : l’égalité entre les femmes et les hommes est devenue la grande cause du quinquennat.

J’ai suivi avec curiosité, et grâce à Instagram, la glorieuse manifestation qui a suivi dans les rues de Paris. À l’occasion de la journée contre les violences faites aux femmes, les collectifs, les associations, les anonymes se sont regroupés pour marcher et donner de la voix place de l’Opéra.

C’était plein de couleurs, de mom’s jeans, de tambours, de maquillage griffé, de sticker, de pancartes, de sororité en somme. Mais ce qui est terrible dans ce déballage a priori positif d’œstrogènes dans l’espace public, c’est que je ne me suis sentie ni représentée par mes « sœurs », ni rassérénée par les annonces présidentielles.

Une demande féministe alternative

Je vous vois lever les yeux au ciel, encore une qui accepte d’être une chatte docile plutôt qu’une chienne de garde. Encore une meuf de droite, conservatrice et réfractaire au progrès. Encore une privilégiée qui dénie la cruelle situation des femmes tuées, violées, frappées, humiliées, oubliées chaque année.

Là n’est pourtant pas le sujet. Sans nier l’importance et le bien-fondé de certaines annonces, de l’accompagnement des victimes à l’accent mis sur l’éducation des plus jeunes, j’aimerais dire que toutes les femmes ne se reconnaissent pas dans les demandes des mouvements féministes actuellement en retour de gloire.

Beaucoup n’attendent pas tout de l’État et n’ont pas envie ni besoin d’être une grande cause nationale pour se sentir libres et donc s’accomplir. Et j’aimerais qu’à la place du discours à la mode sur l’émancipation nécessaire de notre sexe, l’on entende la voix de ces femmes que souvent les autres femmes regardent mal. De toutes celles qui ne sont pas discriminées par leurs frères, maris, fils, ou pères, mais qui le sont par les représentantes de leur propre sexe.

Mères au foyer et prostituées

Je pense d’abord aux mères au foyer, à celles qui choisissent de rester à l’intérieur à l’heure où l’on exige des femmes d’être des working girls, mais surtout des filles qui occupent la rue et donnent de la voix. On oublie en parallèle souvent celles restées chez elles par choix ou par manque de moyen, celles qui luttent à petits pas pour avoir une vie digne sans devenir des passionarias.

Celles aussi qui assument jusqu’au bout leur volonté et leur vision du monde et s’en portent très bien. La solitude, le décalage social, l’heure du lever, du déjeuner, du goûter, du bain et du dîner des enfants sont leur lot quotidien et leur liberté tant qu’une « sœur » émancipée ne vient pas leur seriner la grande leçon de la modernité.

Je pense ensuite aux prostituées, aux escorts, aux maîtresses, à celles qu’on estime dominées par principe. Dans le magazine Antidote, Zahia, la femme à la cambrure incroyable dit : « Pour moi la pute représente la liberté ».

Dans cet échange, elle déclare que la plus grande de ses souffrances fut l’étiquette que par bien-pensance on lui colla sur la tête :

J’étais très mal, je ne sortais pas, je ne voyais personne. Je restais seule. Pour moi, je n’avais plus d’avenir, j’étais Zahia la pute. Et je sais que, dans cette société, ce genre de femme est diabolisé, comme si c’était quelque chose de mal… Mais ce n’est pas mal ce qu’elles font, elles apportent juste du plaisir. Pour moi, la pute représente la liberté. Mais ce n’était pas perçu comme ça, ma vie est devenue un enfer. J’avais le choix entre me suicider ou avancer dans mes objectifs et les atteindre.

Qu’a fait Zahia pour s’en sortir ? Elle n’a compté que sur elle-même et entreprit.

Briser le plafond de verre

Je pense encore à toutes celles qui rêvent d’être président, algologue, docteur, lieutenant, ministre, auteur, agriculteur, entrepreneur, penseur, ou encore chef. Que fait-on de leur liberté d’être quand on décrète quelles seront plutôt autrice, présidente, entrepreneuse, ou lieutenante ? Est-ce en rappelant dès notre titre notre condition de femme que nous briserons le plafond de verre ? Je crains que cela fasse en réalité plus de mal que de bien à nos affaires.

Je pense enfin à toutes celles qui ne voient pas des rapports de domination abusifs de partout, à celles qui encouragent également les hommes à entretenir leur virilité, celles qui chérissent la galanterie et adorent se faire siffler. Et je finirai sur ces mots de Simone Veil :

Ma revendication en tant que femme c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin.

Car à force de demander une égalité parfaite nous finirons par aboutir à l’uniformisation de nos comportements. Ne rejetons pas tous les clichés de genre, ils ne sont pas uniquement notre boulet, ils sont aussi notre liberté. Luttons donc pour avoir le droit de ne pas devenir des hommes pressé.e.s.

 

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