John Bolton, le fou de guerre qui vient de rejoindre Donald Trump

Le nouveau conseiller à la sécurité nationale John Bolton est un fervent partisan de l’intervention militaire contre l’Iran, comme il l’a été contre l’Irak de Saddam Hussein. Il a aussi exprimé son souhait de bombarder la Syrie, la Libye, la Corée du Nord, etc.

Par Frédéric Mas.

La Maison-Blanche a annoncé le départ du conseiller à la sécurité nationale H. R. McMaster et son remplacement par le néoconservateur John Bolton. Cela faisait maintenant des mois que le général McMaster était tombé en disgrâce aux yeux du président Donald Trump, et que le Pentagone cherchait à le remplacer.

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John Bolton est connu pour son engagement constant en faveur de l’intervention militaire tous azimuts pour imposer les supposés intérêts américains, peu ou prou ramenés à ceux de la démocratie mondiale dans la rhétorique des néoconservateurs américains. Bolton a régulièrement pris position pour le bombardement de Téhéran et s’est déclaré favorable à une guerre préventive contre la Corée du Nord, après s’être fait l’avocat de la guerre en Irak, de l’intervention en Syrie et en Libye.

Bolton et la présidence impériale de G. W. Bush, Jr

John Bolton est un vieux routier du Parti républicain et plus généralement du mouvement conservateur. Il est membre de plusieurs think tanks, dont l’American Enterprise Institute, commentateur sur Fox News, et a participé à la campagne présidentielle en tant que conseiller aux affaires étrangères dans le staff de Mitt Romney.

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Avec la victoire de l’administration Bush Jr au début des années 2000, il entre au gouvernement en tant que sous-secrétaire d’État à la limitation des armes et à la sécurité internationale. Réputé pour sa grossièreté et sa totale absence de diplomatie, il n’hésite pas à se situer dans le sillage idéologique de Bush, Jr et Dick Cheney, qui l’ont promu pour son rôle dans le retrait des États-Unis du traité anti-missiles balistiques et de la Cour criminelle internationale. Dans les deux cas, l’ambition est de délier le pays de ses engagements internationaux pour mieux s’assurer la liberté de faire la guerre sans en payer les conséquences immédiates.

En août 2005, il est nommé par G. W. Bush Jr en tant qu’ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies, ce qui n’est pas sans ironie, quand on sait la piètre estime qu’il a de l’institution qu’il accuse régulièrement d’anti-américanisme ou encore de gaspiller l’argent du contribuable américain.

Il démissionne en 2006, pressé par la victoire des démocrates au sénat qui n’envisageaient pas de le reconduire dans son poste.

Contre la république Islamique d’Iran

Le dernier engagement public de John Bolton consiste à vouloir faire avorter l’accord iranien adopté sous Obama, le tout en jouant de la grosse caisse médiatique autour du programme nucléaire iranien et en multipliant les pressions politiques et diplomatiques.

Dans ses mémoires publiées en 2007, Bolton rappelle son rôle dans le rapprochement stratégique entre Israël et les États-Unis pour exclure l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et le conseil des nations unies des négociations sur le nucléaire iranien.

Bolton a commencé à accuser l’Iran de défendre un programme nucléaire militaire caché dès 2003, afin d’insister sur son caractère de menace militaire pour la région. L’attaque n’a pas pris, et rien n’a été trouvé après inspection des observateurs de l’AIEA « alertés » par les partisans de l’intervention militaire.

La catastrophe néoconservatrice au Proche Orient

L’esprit néoconservateur qui anime John Bolton et ses alliés n’est pas inconnu du grand public. Sous prétexte de combattre le terrorisme, mais plus certainement de soutenir les alliés et les intérêts pétroliers américains au Proche Orient, ils ont participé politiquement et médiatiquement à la transformation de la région en poudrière politique et religieuse. Leur méconnaissance du terrain1 alliée à la brutalité de leurs méthodes « jacksoniennes »2, a provoqué l’exact contraire des intentions affichées par Washington : l’explosion du terrorisme, une grande responsabilité dans l’invention de l’État islamique, une guerre en Irak estimée à plus de 1000 milliards de dollars, et surtout le discrédit jeté sur les USA et ses alliés, considérés comme des fauteurs de guerre au profit de leurs rivaux les plus immédiats, soit l’Iran, la Syrie et la Russie.

Le parti de la guerre impuni

Le projet de « nouveau Moyen-Orient » porté par l’administration Bush Jr a donné l’exemple le plus parfait du constructivisme socialisant de cette frange de la droite américaine : l’idée de renverser toutes les dictatures hostiles aux États-Unis pour les remplacer par des démocraties pro-occidentales « reconstruites »3 a été un lamentable échec qui s’est traduit en guerres et en vies humaines.

Comme l’explique Nassim Nicholas Taleb dans son dernier livre, Jouer sa peau, les néoconservateurs qui ont soutenu la guerre en Irak, puis en Libye, ont contribué à renforcer le terrorisme islamiste en soutenant des « rebelles » modérés qui se sont ensuite empressés de rejoindre Al-Quaeda. Ils ont joué la peau des minorités, notablement les kurdes, les églises d’Orient et les yézidis sans eux-mêmes prendre beaucoup de risques, ce qui les plaçait sans doute dans la pire des situations pour prodiguer des conseils.

Malgré leur échec patent depuis ces 20 dernières années, aucun n’a été sanctionné pour leurs propos délirants. Pire encore, Donald Trump leur offre une promotion.

L’arrivée de John Bolton n’est donc pas une bonne nouvelle, car comme Mike Pompeo à la CIA, il est surtout connu pour son incompétence et son rôle de propagandiste pour la guerre contre l’Irak, l’Iran, la Syrie, demain la Corée du Nord peut-être, et cela sans en mesurer les conséquences ni pour les populations civiles, ni même pour les États-Unis et ses alliés.

  1. Sur le sujet, on pourra lire par exemple Anatol Lieven, John Hulsman, Ethical Realism. A vision for America’s Role in the World, Vintage Book, 2006 ou encore Hassner, Pierre, La Terreur et l’Empire. La violence et la paix II, Paris, Le Seuil, 2003.
  2. Bill Kristol, l’un des plus influents des journalistes néoconservateurs, a défendu l’idée que le néoconservatisme était un interventionnisme typiquement américain remontant à la politique du ‘big stick’ de la présidence d’Andrew Jackson.
  3. Fukuyama, Francis, Nation Building, Cornell Univ. Press, 2004.
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