La taxe d’habitation de l’Élysée et la transparence financières des élus

Palais de l'Elysée by Nicolas Nova(CC BY-NC 2.0)

Quelques réflexions sur la taxe d’habitation versée par le Président de la République. Comment se comportent d’autres élus en Europe ?

Par Alain Mathieu.

Dans un article publié le 29 avril dans Le Parisien, la présidence de la République annonce que le chef de l’État et son épouse s’acquittent de la taxe d’habitation pour leur logement à l’Élysée.

La taxe d’habitation de l’Élysée

Christian Eckert, ancien secrétaire d’État au budget, a fait remarquer que « les Macron ont emménagé à l’Élysée courant 2017. Ils ne recevront leur avis de taxe d’habitation pour leur logement de l’Élysée qu’à la fin de cette année 2018. Alors comment ont-ils fait pour payer en avril cette taxe qui ne leur a d’ailleurs été ni notifiée, ni réclamée ? ».

L’Élysée a confirmé à Libération qu’ « Emmanuel Macron a emménagé en mai 2017 et paiera sa taxe d’habitation comme tous les Français », à la fin de 2018.

Cette polémique un peu dérisoire mérite quelques commentaires.

Ce versement de taxe d’habitation par le chef de l’État n’est pas un gigantesque sacrifice financier :  Nicolas Sarkozy versait 300 € par an. Car sa taxe était calculée sur moins de 40 M2, les bureaux et salles de réception des appartements privés de l’Élysée n’étant pas comptés, contrairement par exemple au bureau et à la salle d’attente d’un médecin.

Les frais de maquillage d’Emmanuel Macron (26 000 € pour quelques mois) avaient choqué, comme ceux de François Hollande et la rémunération de son coiffeur. Aussi le chef de l’État a-t-il fait savoir qu’il paie sa taxe d’habitation. Il est en effet sensible à l’opinion des Français, pour lesquels la classe politique française, contrairement à celle des pays d’Europe du Nord, s’estime au-dessus des lois.

Comment font les autres en Europe ?

Angela Merkel paie le loyer de son appartement, son eau et son électricité, ce que ne fait pas Emmanuel Macron. La chancelière a environ trois fois moins de collaborateurs et de voitures de fonction que le Président de la République française et son Premier ministre. Le budget de la chancellerie est très inférieur à ceux de l’Élysée et de Matignon.

Les ministres suédois mangent à la cantine de leur ministère, voyagent en classe économique, paient leur loyer. Toutes leurs notes de frais sont publiques. Quatre ministres suédois ont même dû démissionner pour avoir : acheté des barres chocolatées avec une carte de crédit de fonction ; payé une nourrice au noir ; ne pas avoir versé la redevance audiovisuelle ; avoir bu deux verres de vin avant de conduire.

La transparence des frais, le respect de la loi et le souci d’économiser l’argent des contribuables sont communs aux hommes politiques des pays d’Europe du Nord.

Les élus français n’ont pas les mêmes scrupules. Ils cumulent facilement les mandats rémunérés, n’ont pas les mêmes retraites que les autres Français, employaient des membres de leur famille et emploient toujours ceux des familles de collègues. François Fillon employait des proches, comme de nombreux parlementaires. Mais il s’était trop vanté de son intégrité. Car il savait que les Français ne se font pas d’illusions sur le désintéressement de leurs élus.

On ne change pas la France juste en payant sa taxe d’habitation

Les conséquences financières directes de cette absence de scrupules de nos élus sont relativement réduites. Ce qui est beaucoup plus grave, c’est qu’elle relève d’une opinion trop répandue parmi eux, selon laquelle l’argent public leur appartient et qu’ils peuvent l’utiliser pour faciliter leur réélection. Ils savent que les économies de dépenses publiques ne sont pas populaires, alors que les dépenses le sont. « Je dépense, donc je suis ». À tous les niveaux, ils dépensent sans vergogne. Très peu d’élus cherchent à se faire réélire sur le thème « j’ai baissé les impôts ».

Cet état d’esprit est la cause principale de notre relatif déclin économique.

Si la France a depuis douze ans une croissance économique inférieure à celle de l’Allemagne et des autres pays d’Europe du Nord, et deux fois plus de chômeurs, c’est à cause de ses dépenses publiques, supérieures par exemple de 12% du PIB à celles de l’Allemagne, son principal concurrent. Ces dépenses supplémentaires sont financées, à hauteur de 9% du PIB, par des charges fiscales et sociales supplémentaires, par rapport à celles des entreprises allemandes, imposées aux entreprises françaises. Comme un cheval de course qui serait mené par un jockey obèse, nos entreprises ne sont plus compétitives.

Donc si Emmanuel Macron veut réellement transformer la France, il ne devra pas se contenter de payer sa légère taxe d’habitation. Il devra non seulement arrêter l’augmentation des dépenses publiques qu’il réalise actuellement, mais aussi les baisser sérieusement.

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