La sensiblerie médiatique face à la violence est une vaste hypocrisie

Les gens ne vivent plus que de passion médiatique momentanée en passion médiatique pour donner un sens, une profondeur à leurs réseaux sociaux entre leurs selfies devant la tour Eiffel et le brunch de dimanche dernier.

Par Fanny-Gaëlle Gentet.

J’ai grandi avec les JT de 20h et leur défilé de news pendant 30 ou 45 minutes, j’ai grandi avec les marronniers de la rentrée des classes qui durent plus longtemps que le sujet sur la guerre en Irak, j’ai grandi avec ce choix complètement arbitraire des nouvelles « importantes » et celles reléguées en fin de journal. J’ai grandi entourée de gens qui se disent « concernés par l’actualité et la politique » parce qu’ils allument TF1 pendant qu’ils bouffent, parce qu’ils partagent la photo d’un gamin collé à un grillage.

C’est beau de s’occuper des conflits dans le monde, des gamins agrippés à leur grillage, séparés de leurs parents sur le territoire américain, des 129 morts à Paris, du conflit Ukraino-Russe ou Russo-Ukrainien je ne sais pas, je sais plus, des révoltes au Venezuela, des droits de l’homme en Chine ou en Corée. C’est beau ! C’est beau ? Non, c’est pas beau du tout.

Un cause éternelle

Je vais le dire crûment, j’en ai rien à foutre de ces gamins agrippés à leur grillage. J’en ai rien à foutre étant donné que des millions d’enfants vivent dans la peur de la guerre, la famine, l’extrême pauvreté, sous un régime dictatorial ou totalitaire, étant donné que ça fait des dizaines et des dizaines d’années que des enfants meurent de faim, meurent à la guerre, meurent assassinés, meurent exilés, meurent bombardés. Comment peut-on se passionner soudainement pour une cause qui a toujours existée, qui était là devant nos yeux et que nous refusions obstinément de voir. Pourquoi maintenant ? Maintenant et pas hier ? Et surtout pas demain…

Les gens s’occupent des problèmes quand il y a une dramatisation médiatique. On s’occupe de la Chine en 2008 à cause de JO et puis on oublie, on passe à Rio et puis on oublie, on passe à Stochi et puis on oublie. Tout le monde donne son avis, son opinion, ses grands discours, mais dans deux mois, quand l’Espagne ou l’Allemagne aura soulevé une coupe et que toutes les caméras seront reparties, on oubliera. On oubliera comme on a oublié Pékin. Ou Munich.

Passion médiatique

On regarde un peu ce qui se passe en Ukraine et puis voilà la bonne action a été faite et on détourne les yeux. Vite fait, un petit coup d’œil sur la Syrie qui a l’air un peu dans la merde avec ISIS et puis bon, bah, on va pas s’éterniser.

Alors ces gamins, j’y suis sensible, mais si c’est pour s’occuper d’eux deux secondes, le temps d’un reportage-choc, de quelques posts Facebook et de trois emojis qui pleurent, deux secondes et puis reprendre ensuite ses occupations de bons petits occidentaux, ça ne vaut pas la peine.

Les gens ne vivent plus que de passion médiatique momentanée en passion médiatique pour donner un sens, une profondeur à leurs réseaux sociaux entre leurs selfies devant la tour Eiffel et le brunch de dimanche dernier.

Les images de ces enfants arrachés à leurs parents sont brutales, indéniablement, c’est la première vague de violence qu’on se prend en pleine face, comme un coup de poing, et une fois le choc passé, une fois nos esprits retrouvés, une deuxième vague de violence jaillit : des milliers de gens bondissent sur leur clavier prêts à dégainer leurs bons mots, jolies phrases pleines de non-sens, de rage, d’égoïsme et stupidité pour quelque likes, des milliers de gens qui s’improvisent journalistes, poètes, grands penseurs ou  révolutionnaires sur internet, profitant de l’occasion pour nourrir leur ego.

Cette vague de violence, là, elle reste des jours et des jours, elle revient chaque matin quand on ouvre Facebook ou Twitter, elle ne nous lâche plus, elle colle à la peau et elle revient à chaque nouvelle « passion médiatique momentanée ».

Violence partout

Entre ceux qui décorent leur profil à coup de bébés morts, de cadavres, de scènes sanglantes, de pathos et de choquant.

Entre ceux qui ont besoin de faire rimer leurs mots pour tenter vainement de leur donner un sens, qui nous abreuvent de faux pleurs et de vrais torchons.

Entre ceux qui déversent leur haine à coup de statuts pseudo-politiques, en parlant de sujets qu’ils ne maitrisent même pas à moitié.

La violence est partout.

Je sais que dire cela va m’attirer des réactions outrées, de ceux qui n’auront pas lu jusqu’au bout « comment ose-t-elle dire qu’elle s’en fout ? », de ceux qui sont devenus militants dans la nuit et qui sont certains qu’il vaut mieux faire quelque chose, même insignifiant, sur les réseaux, que rien du tout, mais à ceux-là je réponds : « Attention quand même, jusqu’à quelle extrémité vous jouez ce jeu, car il est plus dangereux qu’il en a l’air. »

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