Portable à l’école : interdire n’est pas le bon réflexe

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Portable à l’école : interdire n’est pas le bon réflexe

Cet article en est un d’opinion. Il ne représente que le point de vue de son auteur
Publié le 31 juillet 2018
- A +

Par Stanislas Kowalski.

L’amendement interdisant les téléphones portables pour les professeurs a été retiré pour l’instant, mais il est significatif de la confusion mentale qu’entretient l’égalitarisme ambiant.

D’une manière générale, la profondeur des débats nationaux ne cesse de me surprendre. Le téléphone est certes une nuisance à l’école. Mais est-il si redoutable qu’il faille impliquer la représentation nationale ? L’interdire par la loi aux élèves est déjà une erreur. C’est une décision qui devrait relever de chaque établissement. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui ont déjà pris des dispositions en ce sens. La seule difficulté juridique est de savoir dans quelle mesure les professeurs peuvent confisquer l’objet perturbateur, et selon quelles modalités celui-ci doit être rendu aux familles. Avec un peu de bon sens et de volonté, on trouve déjà des solutions. Une simple note de service suffirait à confirmer les usages et à répondre aux parents trop procéduriers.

Les smartphones en classe

Par ailleurs, les smartphones sont des outils qui peuvent avoir leur place en classe. Sans être un fervent enthousiaste des pédagogies innovantes à coups de tweets et de murs Facebook, je dois reconnaître que les portables permettent des actions nouvelles ou facilitent les anciennes. La disponibilité des ressources intellectuelles est accrue. Pour ne prendre qu’un exemple, les dictionnaires en ligne Reverso ou Linguee sont à bien des égards meilleurs que le Harrap’s ou le Robert & Collins, car le nombre de pages n’empêche plus de compléter les articles par de nombreux exemples concrets. Toute interdiction doit préserver les usages valables. S’il faut vraiment en faire passer une pour le bien du service, que ce soit au plus bas niveau possible, pour qu’on puisse ménager des exceptions quand c’est nécessaire.

Éteindre son portable relève surtout de deux démarches : le respect de celui qui parle et la suppression d’une source de distraction. Politiser la politesse ne donne rien de bon et ne favorise pas la bonne entente.

Tout cela n’est pas encore trop grave. En revanche, il serait absurde et dangereux de l’interdire aux professeurs eux-mêmes. On a invoqué l’exemplarité. Voilà un beau contresens éducatif. L’amendement a été retiré, mais j’en parlerai quand même, parce que cet argument est régulièrement employé de travers dans les établissements scolaires. Appliqué aux sanctions ou aux règles de la cantine, il crée des situations malsaines ou tout simplement peu pratiques. Allez maintenir l’ordre, si le témoignage du professeur est systématiquement contrebalancé par celui de l’élève à punir !

Professeurs et élèves

Un élève n’est pas l’égal d’un professeur. Tous les enfants sont capables de comprendre que les adultes ne sont pas soumis aux mêmes règles qu’eux, parce qu’ils ont d’autres connaissances et d’autres responsabilités. Il en va de même, plus généralement, entre les chefs et leurs subordonnés, sans que cela pose de problèmes.

Si le professeur doit être exemplaire, ce n’est pas en étant un enfant modèle, bien sage et bien obéissant. On attend de lui, au contraire, qu’il soit un modèle de l’adulte que l’enfant doit devenir. C’est triste de voir que si peu d’élèves veulent imiter leurs professeurs et se lancer dans la même carrière. S’il y a un signe que quelque chose va mal dans l’école française, c’est bien celui-là.

Les enfants ne sont pas autorisés à avoir des relations sexuelles. Mais heureusement que les adultes en ont ! Sinon, plus d’enfants. Les parents doivent avoir en matière sexuelle le comportement que les enfants devront avoir plus tard, fait de respect, d’attention à l’autre, de sens des responsabilités, de fidélité. Il ne sert à rien d’être hypocrite.

La tentation de l’interdit

Le professeur doit-il absolument s’abstenir de toute boisson alcoolisée devant les enfants, lors des voyages scolaires ou pendant les fêtes ? Une telle position est hypocrite et les enfants le savent. Espère-t-on vraiment que ça rendra les adolescents abstèmes ? Ce serait bien naïf. Est-il vraiment nécessaire de rappeler la tentation de l’interdit ? Ce qu’on peut espérer de l’exemple des adultes, c’est une consommation modérée et responsable.

Le professeur devra s’attacher à ne jamais être ivre et jamais vulgaire. Qu’il boive en connaisseur, qu’il montre que l’on peut s’arrêter après un verre ou deux, qu’il ne prenne pas le volant après avoir bu. Il aura fait bien plus pour éduquer les jeunes qu’en prétendant ne pas y toucher. Je ne sais pas s’il peut aller jusqu’à faire tremper les lèvres dans un verre d’ouzo. Peut-être faut-il laisser cette initiation aux parents…

Il faut pour nos enfants des exemples d’hommes libres et responsables, pas des exemples d’esclaves.

Cet article a été publié une première fois le 12 juin 2018

Voir les commentaires (26)

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Créer un compte Tous les commentaires (26)
  • Voilà bien les idiots qui se réveillent. L’exemple vient d’en haut, et comment dispenser un cours si le téléphone sonne toutes les demi-heures ? Le pays France est vraiment peuplé d’imbéciles auxquels on laisse la parole et qui se présentent comme les intellos du pays.

    • et donc en conséquence il faut interdire le portable au professeur ? Parce-que c’est un imbécile qui ne sait pas gérer son téléphone ?
      Vous savez, n’importe quel salarié, quand il est en réunion, est capable de mettre son portable en silencieux ou en mode avion. Voire éteint. Je pense que la plupart des profs aussi. Alors pourquoi pondre une loi de plus, quand il s’agit simplement d’un problème de savoir vivre ?

      • @ Anagrys
        Cette bonne foi et cette bonne volonté (bilatérale) peuvent bien diminuer cette diarrhée législative inutile Que le prof, en début d’année, impose ses règles: normal!
        Si les élèves sont d’accord, il y a contrat! Donc l’exigence doit être claire, comprise, acceptée!
        Et on donne aux parents le n° de la direction pour cas d’urgence.

  • Très bien écrit

  • Je partage le même avis sur l’exemplarité.
    Malheureusement les cas ou le portable peut amener qqch en cours relève de l’exception.
    Cette utilisation bénéfique du portable reste minoritaire même dans les études supérieurs.

    • N’est-ce pas là le problème ?
      Le monde a tellement changé ces dernières années, est-ce que les méthodes d’enseignement ont suivi ?
      Est-ce qu’il ne faudrait pas au contraire beaucoup plus inclure les smartphones dans l’enseignement ?
      Par exemple, ouvrez votre app Math, section « géométrie », plutôt que de forcer de très jeunes à porter sur eux des livres et cahiers très lourds ?

  • François ALLINE
    12 juin 2018 at 11 h 17 min

    Je comprends bien le fondement du raisonnement de l’auteur de l’article, mais il peut arriver un moment ou une décision politique soit la bienvenue pour soutenir l’éducatif.

    • Le politique peut très bien procéder en soutenant des recommandations sans mobiliser pour autant le législatif.

    • Edouard Bracame
      12 juin 2018 at 23 h 10 min

      En lisant cet article, qui propose une éventuelle interdiction à une échelle seulement locale, j’ai immédiatement pensé au voile…
      En 1989, deux gamines arrivent à l’école avec un voile sur la tête. Avec l’infini courage qui caractérise l’Etat devant tout phénomène qui le dépasse, il laisse les directeurs d’établissement seuls face à leurs problèmes, aux gosses, à leurs parents et à leurs avocats… Une instruction leur est envoyée pour signifier que l’Etat agit.
      Il faudra attendre 15 ans pour voir sortir une loi qui mette un terme à ces tergiversations…
      Je veux bien supposer que dans le cas présent les chefs d’établissement sont eux-mêmes demandeurs d’une loi.

      • Stanislas Kowalski
        13 juin 2018 at 4 h 21 min

        15 ans pour qu’une loi mette un terme aux tergiversations… avec une loi qui constitue un contresens total sur la notion de laïcité et crée beaucoup de tensions inutiles sur un aspect purement symbolique et, pour tout dire, assez minable du problème.

        • Edouard Bracame
          13 juin 2018 at 13 h 00 min

          Cette loi de 2004 est une application pratique de la maxime de St Just : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté »…
          Elle vise à contenir les assauts idéologiques d’une frange religieuse extrémiste qui utilise des enfants pour étendre son emprise sur l’ensemble de la société.
          Elle n’a rien à voir avec la laïcité parce que ce n’est pas de liberté religieuse qu’il s’agit d’autant moins que le public visé n’est pas majeur…

          • Stanislas Kowalski
            13 juin 2018 at 13 h 29 min

            Erreur de calcul, si vous voulez mon avis. Cette loi n’a rien contenu du tout. Elle a braqué une communauté et a transformé un bout de chiffon probablement pas très agréable à porter pour les jeunes filles en étendard. La formule de Saint-Just ne vaut que si on est prêt à aller jusqu’au bout (mais gare aux conséquences). Une mesurette comme l’interdiction du voile, c’est ce qui se fait de pire: ça nous fait haïr sans nous faire craindre.

  • Les députés se plaignent d’être débordés. Mais la question du portable à l’école (comme celle des menus des cantines scolaires) n’est pas du domaine de la Loi (art 34 Constitution)
    https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006071194#LEGIARTI000019241018

    • Malheureusement, on a le sentiment que le domaine de la loi est infiniment extensif : nos députés éclairés par les Lumières sont là pour guider nos pas, tous nos pas…

    • Est-ce vraiment de la faute des députés ? La plupart des lois sont initiées par le gouvernement, et il me semble que c’est lui, et non les députés, qui décide du calendrier des lois.
      … ce qu’on peut remettre en question d’ailleurs…

  • c’est marrant j’ai étudié dans le privé sans portable et j’ai l’impression d’être un savant comparé aux étudiants actuels accros/dépendants à leurs portables

    • @dekkard
      Votre impression « d’être savant comparé aux étudiants actuels accros/dépendants à leur portables » n’est pas une impression mais plutôt une réalité!
      Le portable n’incite guère à la recherche active mais plutôt à l’abrutissement et à une sorte de stupeur lorsque son utilisation est mal maîtrisée.
      Or,sauf à être SURDOUÉ ce qui reste exceptionnel,l’effort intellectuel et le travail
      doivent rester l’essentiel pour tout prétendant à des études sérieuses.
      il est vrai que ce genre de considération est devenu secondaire depuis l’avènement du portable qui, n’en déplaise à certains, doit faire l’objet de règles STRICTES pour son utilisation,ne serait-ce qu’en raison de l’évidente POLITESSE qui doit rester un DEVOIR vis à vis d’autrui.
      Ce concept élémentaire serait-il également dépassé?
      Décidément le célèbre « il est interdit d’interdire »nous aurait entraîné sur une pente inquiétante !!!

      • on est d’accord …. 😉

      • Tout dépend de ce qu’on veut faire ou devenir.
        Dans la plupart des cas, il est impossible et illusoire de tout savoir et retenir.
        Savoir retrouver l’information est une compétence bien plus précieuse que de retenir par coeur l’information.
        Cela permet aussi de se remettre en question, d’apprendre, de trouver de nouveaux modes de résolutions de problèmes, de partager.

        Bref, le savoir être, plus que le savoir même qui se périme vite.

        Les portables (avec connexion internet) ne sont qu’un outil pour suppléer nos déficiences :
        Notre esprit ne calcule pas vite => la machine elle le fait vite
        Notre mémoire retient difficilement des nombres et textes précis => la machine a une mémoire performante pour ça

        Par contre la machine n’est pas (encore) capable de réfléchir, inventer, imaginer, concevoir… ressentir comme nous le faisons.

        Ce n’est qu’un outil, puissant certes, mais qu’un outil, qu’il suffit d’utiliser à bon escient — dans le respect des autres, par exemple.

        Le bannir ou même le restreindre au nom de je ne sais quelle idéologie est une erreur qui ne mènera qu’à l’échec.
        Le monde évolue, et ne nous attend pas.

  • Certains députés se plaignent d’avoir trop de travail.

    A bien y réfléchir, nous aussi pouvons constater dans notre quotidien qu’ils travaillent beaucoup trop, infiniment trop.

  • super article ! je ne partage pas vraiment votre (léger) enthousiasme pour les possibilités pédagogiques liées à l’utilisation du portable en classe, mais très bon article

  • Les portables ne sont un problème que dans les établissements à problème. Dans tous les autres, ils sont au fond du sac, éteints, y compris pendant les récréations. L’utilisation du portable est règlementée dans le règlement intérieur. Mais c’est sûr que dans les établissements des territoires perdus, pas question de faire respecter un règlement intérieur, on a donc besoin de la Loi ! Parce qu’on considère qu’un élève est l’égal d’un prof, parce qu’on considère que ces pov’momes n’habitent pas à la bonne adresse etc, on fait preuve d’une indulgence laxiste et on se retrouve un jour à ne plus être maître chez soi (c’est à dire que le proviseur doit tenir compte des caïds) et à demander une qui va s’appliquer à tous, y compris dans les endroits « normaux » où on sait apprendre aux enfants à utiliser le portable avec parcimonie et à-propos car on sait leur dire non lorsqu’il le faut.

  • une interdiction et une taxe par jour!
    Vive la macronie!

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