La fausse bonne idée de la décroissance

Les prévisions apocalyptiques malthusiennes dont s’inspirent les partisans de la décroissance sont sans fondement.

Par Germain Belzile et Alexandre Moreau, depuis le Canada.
Un article de l’Institut économique de Montréal

Récemment, une série de capsules vidéo sur la « décroissance économique » et ses bienfaits a enflammé la toile québécoise. Cette série, produite par Radio-Canada, suggère que nous vivons sur une planète de moins en moins propre, plus pauvre, mal nourrie et que la santé des humains diminue.

Il n’y aurait qu’une minorité de riches qui tirent profit de la situation actuelle et ceux-ci alimentent une croissance effrénée qui nous pousse à demander à la Terre davantage que ce qu’elle est capable d’offrir. En somme, notre existence est actuellement insoutenable, et seule la décroissance permettrait de vivre en harmonie avec notre planète.

Le triomphe de Malthus

Ce discours alarmiste repose sur les idées de Thomas Malthus, un démographe anglais du XVIIIe siècle. Malthus affirmait que la croissance de la population et celle de la production étaient insoutenables et que les ressources de la planète seraient bientôt épuisées. Ultimement, il prédisait des famines, une croissance importante de la pauvreté et rien moins que la fin de l’humanité, si rien n’était fait pour contrôler l’augmentation de la population.

En agriculture, les rendements ont tellement augmenté que l’on peut nourrir un nombre croissant de personnes avec une superficie équivalente : la production mondiale de céréales a presque quadruplé en 50 ans, alors que la superficie des terres cultivées est demeurée relativement stable. Pourquoi ? La recherche du profit a incité les agriculteurs à augmenter leur productivité, les fournisseurs de machinerie et de semences à offrir des produits améliorant l’efficience du travail et le rendement des céréales.

Des prévisions sans fondements

Dans la logique malthusienne, pour quadrupler la production, il aurait fallu quadrupler la superficie des terres cultivées, ce qui aurait accru la déforestation. Au contraire, l’innovation a permis de la réduire alors même que le niveau de développement économique augmente. C’est d’ailleurs principalement dans les pays moins développés que l’on observe une diminution du couvert forestier.

Les prévisions apocalyptiques malthusiennes sont sans fondement. L’idée de la décroissance peut paraître séduisante à première vue ici, dans l’une des sociétés les plus riches au monde, mais elle ne ferait certainement pas consensus dans les pays en développement, aux économies peu productives, et où les gens vivent malgré eux selon l’idéal des disciples de Malthus.

Pourquoi ? Parce que plus un pays s’enrichit, plus le taux de mortalité infantile diminue, plus le travail effectué par des enfants diminue, plus le niveau de pauvreté absolue diminue (il est passé de plus de 80 à seulement 10 % en deux siècles), plus le nombre d’heures travaillées diminue, plus les inégalités entre les hommes et les femmes diminuent, plus le taux de mortalité lié à la malnutrition diminue, plus l’espérance de vie augmente, etc. La théorie économique explique ces relations par la division et la spécialisation du travail, qui sont rendues possibles par les échanges commerciaux.

Un meilleur environnement

Au bout du compte, grâce à la hausse du niveau de vie, nous avons davantage de temps pour notre famille et nos loisirs, tout en ayant une meilleure qualité de vie, ce qui serait impossible dans un monde où les idées malthusiennes triompheraient.

Et l’environnement ? La croissance économique nous permet de consacrer davantage de ressources à la recherche afin d’innover, et cette innovation nous permet d’en faire plus avec moins. Dans une société plus riche, où les besoins de base sont couverts, l’environnement devient une plus grande source de préoccupation,  favorisant ainsi le développement d’un cadre réglementaire minimal, qui protège à la fois la propriété privée et nos écosystèmes. Ainsi, une entreprise qui pollue doit rendre des comptes, ce qui contribue à la protection de nos cours d’eau et de nos forêts.

Ce cadre réglementaire est souvent absent dans les pays moins développés. Dans cette perspective, on est moins surpris d’apprendre que plus de la moitié des déchets polluant nos océans proviennent de cinq pays où la propriété privée et le niveau de développement économique sont relativement faibles (Chine, Indonésie, Philippines, Vietnam et Sri Lanka).

Tout cela ne signifie pas que nous ne devons pas faire d’efforts supplémentaires pour être plus écologiques dans notre consommation et réduire la quantité de déchets que nous produisons. Par contre, il va de soi que les solutions proposées par des entrepreneurs seront beaucoup plus utiles que des prévisions apocalyptiques qui proposent un système contraignant et appauvrissant.

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