Loto du patrimoine : solution libérale ou trompe-l’œil ?

Wheel of fortune By: Paul Hudson - CC BY 2.0

Loto du patrimoine : cela valait-il tant d’efforts pour ce qui ressemble de plus en plus à une opération de communication ?

Par Anne Hutchinson.

Voilà c’est lancé. Le loto du patrimoine, vaste opération destinée à financer la restauration de certains sites culturels importants a débuté lundi. Nous pouvons nous féliciter que pour une fois leur financement ne soit pas le fait d’un nouvel impôt, mais se présente sous la forme de jeux à gratter et de loterie. Mais n’est-ce pas là un arbre qui cache une forêt bien plus touffue du financement de tels endroits ?

Quels sites pour quels financements ?

Dix-huit. C’est le nombre de sites concernés par ce loto, tous gérés par des associations ou des entités privées, rattachées à la Fondation du patrimoine. Cette dernière est une bizarrerie dans le petit monde des fondations en France. Ses statuts ont en effet été votés par le parlement (fait unique en France), son Conseil d’administration est composé à la fois d’entités publiques et privées (le privé y est majoritaire) et sa mission principale est la sauvegarde du patrimoine non classé (églises de village et autres…).

Dans une telle configuration, on peut comprendre que l’État renâcle à attribuer des subventions et préfère céder une partie de ses bénéfices à l’un de ses monopoles (ce qu’est la Française des jeux) pendant que certains grands chantiers (qui a dit Grand palais ?…) vont ponctionner le budget du ministère de la Culture.

D’ailleurs l’État n’en sort pas perdant car une partie de l’argent de cette loterie est taxée : 1,04 % du total pour les tickets à gratter, 0,22 % pour le loto… Il n’y a pas de petits profits. Pour mieux comparer, la Fondation du patrimoine encaissera respectivement 1,52 et 0,75 % du total.

Cela valait-il tant d’efforts pour ce qui ressemble de plus en plus à une opération de communication ?

Et si le véritable sauveur du patrimoine était…

Le privé ? Aujourd’hui le mécénat culturel des entreprises, selon les chiffres d’Admical, s’élève à près de 500 millions d’euros. Le Petit Trianon à Versailles a été en très grande partie restauré grâce à des fondations privées. Les financements participatifs pour acheter des œuvres ou restaurer des monuments ont le vent en poupe : 8612 donateurs ont ainsi offert plus d’un million d’euros pour l’achat du Livre d’heures de François 1er.

On pourrait donc se demander ce qu’une politique fiscale plus propice encore aux donations pourrait apporter. J’imagine très bien de petits entrepreneurs se lancer dans le mécénat de sites locaux.

Mais peut-être est-ce là un rêve en France…