Gilets jaunes : vers un État plus violent ?

Gilets jaunes by Thomas Bresson (CC BY 2.0) — Thomas Bresson ,

Mais que sont devenus les corps intermédiaires qui servaient de contrepoids à l’État ?

Par PABerryer.

Alors que les manifestations de samedi ont été particulièrement mouvementées tant dans les rues que dans les mots de nos dirigeants, il faut revenir sur les propos de président du Sénat, Gérard Larcher.

Cette semaine, il a soutenu le mouvement dit des Gilets Jaunes en proposant la suppression de la hausse des taxes sur le carburant prévue pour janvier. Il s’est également déclaré en faveur de la proposition du dirigeant de la CFDT de réunir les corps intermédiaires.

Le premier point, la suppression de la hausse des taxes, est frappé au coin du bon sens et ne sera donc pas retenu comme l’a encore rappelé François de Rugy, la dernière caution écologique du gouvernement. L’État étant plus que jamais aux abois financièrement, puisqu’il continue d’augmenter ses dépenses sans frein, il a plus que jamais besoin d’argent frais. Il ne cessera donc pas ses rapines et continuera à trouver des prétextes plus ou moins bidon comme l’écologie pour continuer.

Les annonces faites pour tenter de calmer les choses ne sont qu’un écran de fumée : l’argent promis ne compensera pas la ponction et, surtout, la complexité des démarches est telle qu’il est improbable que les potentiels ayants droit à ces aides les réclament. Bercy a fait ses comptes, l’opération restera rentable et ne sera pas annulée.

Le second point, la réunion des différents corps intermédiaires, est des plus intéressants tant cette crise des Gilets jaunes illustre leur affaiblissement dramatique. Tous, communes, syndicats, fédérations professionnelles, associations, ont été court-circuités et considèrent avec réticence ce mouvement qui sort des cadres habituels. Ils n’en sont pas à l’origine et ne parviennent pas à le canaliser. Ces traditionnels corps intermédiaires ressemblent désormais à des coquilles vides et même la conférence proposée par le président de la CFDT ne pourrait probablement pas y changer grand-chose.

L’État est le premier responsable de cette situation de dépérissement des corps intermédiaires. Depuis la Révolution française, il a été leur premier ennemi. Il les a détruits en 1789, au nom de l’unité et de la centralisation du pays, et ceux qui survécurent furent sans cesse brimés, contrôlés, régulés.

C’est sans doute la plus grande faute de la Restauration que de ne pas avoir jeté à bas l’héritage révolutionnaire en matière de centralisation : les départements et les préfets ! Dans cette affaire des Gilets jaunes, l’État joue la carte de l’intimidation face aux manifestants ; il est le plus fort et ses besoins d’argent dictent la marche à suivre. Ses rodomontades ont un fort parfum d’hypocrisie tant il ne montre habituellement pas une telle détermination quand les grévistes fonctionnarisés habituels paralysent la France : SNCF, RATP ou Air France.

Quel rôle pour les corps intermédiaires ?

Ainsi, aujourd’hui, quel rôle peuvent jouer les corps intermédiaires ? A priori, aucun. Les communes sont toutes logées à la même enseigne avec peu de marge de manœuvre tant et si bien que la moitié des maires ne veut pas rempiler en 2020.

Seuls ceux des plus grosses agglomérations tirent leur épingle du jeu, mais rarement au profit de leurs administrés. Une grosse mairie est une baronnie bien sympathique et permet de jouer au pseudo féodal comme en témoigne l’exemple de Gérard Collomb.

Les fédérations professionnelles cherchent davantage à maintenir leurs privilèges que de servir leur profession ; les syndicats pèsent 8 % de la population active dont, pour l’essentiel, des fonctionnaires. L’État a corrompu les corps intermédiaires afin qu’ils n’entravent pas le mouvement de centralisation opéré à son profit depuis plus de deux siècles.

La situation actuelle commence à ressembler fortement à celle de certains courants se rattachant au jacobinisme c’est-à-dire à l’émancipation, fut-elle forcée, de l’individu comme le rappelle si bien Rousseau, à savoir forcer l’individu à être libre1 : désormais pratiquement plus rien ne sépare l’individu de l’État.

La violence de l’État risque de s’amplifier

Comme l’on pouvait s’y attendre, cela risque moins de déboucher sur une ère de liberté que sur une période de grande violence de l’État à l’encontre des individus. En effet, pratiquement rien ne se dresse désormais pour faire barrière, mais cela permettra peut-être de lever le voile sur la violence inhérente de l’État moderne corrompu et incapable d’assurer ses fonctions régaliennes, préférant favoriser sa propre clientèle, c’est-à-dire les fonctionnaires. Cette violence de l’État ne s’arrêtera plus et, lorsqu’il faudra de nouveau l’enchaîner, cela ne se fera probablement pas dans le consensus.

Il faut dès lors s’attendre à davantage de mouvements de type Gilets Jaunes et davantage de violence de la part de l’État. Rien de bon, en particulier pour les libertés individuelles, ne sortira de ces affrontements. Pourtant, un rien suffirait à changer les choses :

  • Supprimer la réglementation actuelle en matière syndicale et laisser émerger de nouvelles organisations ;
  • Laisser aux individus impliqués la liberté de fonder des fédérations professionnelles et d’y adhérer, ou pas ;
  • Restaurer les libertés communales, c’est-à-dire la libre organisation et administration des communes. Rien de plus étrange que d’uniformiser les élections municipales alors que chaque commune a ses propres problématiques.

Libertés, autonomie et choix sont à même de permettre aux corps intermédiaires de se reconstruire sur des bases saines et de servir utilement non seulement de contrepoids à l’État mais également d’interlocuteur représentatif.

Il faut tourner le dos au jacobinisme et au centralisme pour permettre à une société libre de fonctionner correctement. Cela implique, de la part de l’État, une redéfinition de son action à travers une application étendue du principe de subsidiarité et une réduction drastique de son domaine d’activité. Aucun espoir à avoir sur le court terme tant l’État ne semble pas vouloir renoncer à ses prédations. Plus le temps passera, plus sa folie taxatoire continuera et plus s’estompera la différence avec la mafia.

  1. « Afin donc que le pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre (…) » Du Contrat social, L. I, Chapitre VII.
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