« Légitimité de l’autodéfense », d’Éric Werner

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« Légitimité de l’autodéfense », d’Éric Werner

Publié le 31 mars 2019
- A +

Par Francis Richard.

« Les pages qui suivent traitent d’une espèce particulière de guerre, celle dont le sujet est l’individu lui-même […]. Traditionnellement c’est l’État qui est le sujet de la guerre. »

Car, avant, d’aucuns parlaient de la détention par l’État du monopole de la violence physique légitime. C’est lui qui faisait la guerre à l’ennemi et qui la lui déclarait. Il en était le sujet.

Maintenant des groupes affrontent l’État asymétriquement en menant contre lui une guerre de partisans qu’ils considèrent comme légitime. Et cette guerre peut se réduire à celle d’un individu.

Face à l’insécurité qui en résulte le discours officiel est de dire, non pas de se défendre, mais de s’adapter. À la défense il faudrait préférer la résilience, un autre mot pour l’adaptation à la réalité.

Le devenir des milieux naturels est fait de déséquilibres en chaîne. Les affaires humaines seraient analogues, sauf que l’Homme a besoin de stabilité et qu’il n’y parvient qu’en se défendant.

Si l’État, qui tire sa légitimité de la protection des personnes, n’en assure plus la sécurité, il ne leur reste plus d’autre choix que de recourir à l’autodéfense, ce qui est contraire aux intérêts de l’État.

L’individu agit alors comme bon lui semble pour se protéger et protéger sa famille. Puisqu’il décide de se défendre ou non s’il est attaqué, c’est lui qui devient ou redevient le sujet de la guerre.

Se défendre peut signifier ne pas livrer bataille. Face à un puissant, il est judicieux de privilégier la retraite flexible, le repli stratégique ; c’est le début d’une errance, transitoire pour cet animal social.

Face au développement de l’État qui dispose d’un grand nombre d’informations sur lui, l’individu a les moyens de gagner en invisibilité, de gagner en autonomie, de disparaître des radars.

Le rôle de l’État est d’assurer la sécurité. Il maintient l’ordre par la contrainte. Il y a de plus en plus recours, mais ce recours est à géométrie variable et parfois illégal, le temps d’adopter une loi.

Éric Werner remarque, à raison, que très peu d’États aujourd’hui, dans le monde, échappent à la corruption. Mais il en donne une explication qui est en contradiction avec ce qui précède. Il écrit :

« Ce trait s’est encore renforcé au cours de la période récente, avec le triomphe de la vague néolibérale et l’effacement corrélatif de l’ancienne frontière entre la sphère étatique et le monde des affaires ».

Ce qu’il appelle triomphe de la vague néolibérale n’a en effet rien à voir avec le libéralisme, néo ou pas, mais tout à voir avec une lame de fond étatiste qui se traduit par le capitalisme de connivence

Dans le même esprit, Éric Werner remet en cause la libre circulation des personnes et des biens :

« Les frontières disparaissent et avec elles la protection qu’elles offraient autrefois aux populations. »

Dans Libéralisme, paru en 2000, Pascal Salin explique que l’État moderne étatise (s’approprie) la nation (qui est sentiment d’appartenance à une communauté), son territoire et ses citoyens. Ce qui est aberrant.

Le problème insoluble de l’immigration est la conséquence de cette étatisation, de la production collectiviste de biens publics, fournis gratuitement ou à coût réduit à ceux qui se trouvent sur le territoire.

A contrario, dans une société libre, où les droits de propriété individuels sont respectés,

« la liberté de migration ne signifie (…) pas qu’un « étranger » a le droit d’aller là où il veut, mais qu’il peut aller librement là où on veut bien le recevoir… »

Dans la conclusion de son livre où il convoque l’histoire et des penseurs classiques, Éric Werner écrit :

« Descartes disait : je pense donc je suis. C’est déjà quelque chose. On peut aussi dire, comme Elsa Dorlin : je réplique donc je suis. C’est presque mieux encore. »

Il ajoute :

« Beaucoup ont fait ce choix, ne pas penser. L’État les y aide de différentes façons. Mais on peut faire ce qu’a fait Descartes, se mettre à penser… »

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  • claude henry de chasne
    31 mars 2019 at 7 h 33 min

    moi je vois 2 cas
    l’agression a l’extérieur , ou là les moyens publics devraient etre a disposition
    L’agression a domicile , ou là il appartient a l’occupant légitime du logement de mettre fin a toute intrusion hostile par ses propres moyens , c’est cela qui s’appelle la légitime defense..
    Moi c’est simple , si on rentre chez moi par effraction , je tire dans le tas sans discuter , car a priori celui qui fait çà a des intentions inconnues de moi , et je n’ai pas envie de courir le risque de l’apprendre a mes dépends..
    Donc les lois de l’etat je m’en tamponne le coquillard avec des tibias de langouste, ma vie d’innocent d’abord.

    • +1000 ; ça me remonte le moral de voir qu’il y a des gens qui ne se laisse pas marcher sur les arpions ; je pense comme vous , si quelqu’un viole mon antre , c’est à ses risques et périls ;

    • Ce qui est très fréquent désormais en France c’est le « home jacking » (2017 : 657 avec arme à feu, 712 avec arme blanche, et 2.030 sans arme). Une fois rentré l’agresseur a les clefs de tout.
      En général le « processus » consiste à prendre en otage le plus faible : l’épouse, et de la torturer devant l’époux pour luire faire cracher tout ce qu’il a . J’ai rencontré une ancienne victime, femme violentée…cela c’est fini (pour l’époux) dans le coffre d’une voiture, bâillonné et ligoté à 2 heures du matin, sorti du coffre dans un bois…et laissé là alors qu’il était désormais certain que les agresseurs allait le tuer et l’enterrer.
      Je vous laisse imaginer le traumatisme !

      C’est très clair : on ne rentre pas chez moi. Point.
      Et pour cela on ne peut compter sur les forces de l’ordre. On ne peut pas d’ailleurs leur en vouloir car la tâche est trop vaste.

      • claude henry de chasne
        31 mars 2019 at 10 h 06 min

        on entre pas chez moi non plus, ou alors il faut tirer le premier

      • @Balthazar
        Bonjour,
        Intéressantes et bienvenues vos données sur le « home jacking », qui n’est rien d’autre qu’un « home invasion ++ ». Une intrusion d’un domicile suivie d’autres actes, mais la Justice en France aime bien les packages promotionnels. 3399 home jacking pour 2017, c’est pas rien. Ca fait 9 par jour en moyenne.
        Quand j’ai parlé des squatteurs autour de moi, on m’a répondu que cela ne se passait pas en France.
        Le « home jacking » est quasi inconnu des gens en France, pourtant il se passe. Quand on en parle, c’est comme pour les squatteurs : ce n’est pas en France.

        En Australie, depuis les lois anti armes, le home invasion/jacking a explosé.

        « C’est très clair : on ne rentre pas chez moi. Point. »
        Pareil.
        Pour les « flocons de neige »,ou autres S.J.W, celui qui entre sans y être invité est juste perdu, ou il a besoin d’aide… ou il veut donner des cadeaux comme le Père Noël. Et personne ne pointerait un flingue sur le Père Noël, n’est-ce pas ? Bon, à Noël, peut-être. S’il tape dans mon frigo je le renvoie dans la cheminée. S’il sort de la salle à manger… C’est qu’il n’est pas le Père Noël ! Hors période Noël… il aura du mal à me convaincre.

    • Voilà ce qu’il vous attend
      https://www.midilibre.fr/2015/07/01/rene-galinier-78-ans-va-enfin-etre-juge-aux-assises,1183892.php
      D’autant plus qu’il a tiré sur des « minorités », et que cela a provoqué une incapacité au « travail »…

      • claude henry de chasne
        1 avril 2019 at 5 h 17 min

        j’aurai fait pareil

      • Il est vrai qu’ayant affaire à une « minorité » la mieux représentée dans nos prisons…il n’a pas eu de chance. Mais comme c’est le plus probable dans de telles conditions !

    • Les Américains ont un adage populaire: « Better judged by 12 than carried by 6 », en référence aux 12 jurés d’un tribunal vs. 6 porteurs de cercueil.

      • @Pangzi
        Bonjour,
        Les américains ont aussi d’autres adages :
        « Quand les secondes comptent, la Police est à quelques minutes. »
        « Je porte une arme parce qu’un policer est trop lourd. »

  • Bonjour
    Le terme d’état ne veut rien dire, ou plutôt est le masque qui permet aux hommes de pouvoir d’assouvir leur passion, le pouvoir.
    L’état n’a pas le monopole de la violence légale (il en rêve).
    Plutôt que de parler d’état, on devrait parler de gouvernement (exécutif) qui est soumis à la loi (état de droit). Le gouvernement peut utiliser la contrainte dans le cadre de la loi, comme les citoyens sont tout à fait légitime pour utiliser la contrainte dans les mêmes conditions.
    Max Weber a donc tout faux, mais est cité abondamment par les adorateurs du léviathan.

  • דוב קרבי dov kravi
    31 mars 2019 at 10 h 55 min

    Les autorités israéliennes ont reconnu l’échec d’une sécurité qui ne repose que sur l’État et ont fait évoluer leur législation en conséquence.
    En effet, en Israël, malgré une militarisation de l’espace public, une majorité d’attentats visant des civils est empêchée, ou du moins le terroriste est neutralisé avant ou après l’acte, par un civil armé.
    L’efficacité de la primo-intervenante en Israël est due à un environnement juridique favorable : un régime de la légitime défense pragmatique, et un droit au port d’arme étendu.

  • on peut rêver

  • A l’origine, on conçoit bien que la police et la justice sont mieux exercées par des professionnels que par des particuliers amateurs.
    Cependant aujourd’hui, la quasi-totalité de la population est désarmé en dehors de la police et des truands, les honnêtes gens n’ayant plus qu’à lever les mains ou se coucher par terre.
    Une bonne illustration est la passivité des pouvoirs publics et des particuliers devant les déprédations et les pillages que l’on a pu observer lors des manifestations de « gilets jaunes ». Une autre illustration est celle de la passivité des témoins lors d’une agression souvent dénoncé par les médias qui oublient de dire qu’en cas de résistance et d’accident des agresseurs, la victime et même assez souvent la police sont poursuivis en responsabilité devant les tribunaux.
    Contrairement à la législation actuelle, on devrait pouvoir défendre sa vie et ses biens même avec des moyens supérieurs à ses agresseurs car l’effet de surprise d’une agression crée une relation d’inégalité de la victime si elle n’avait que les mêmes moyens.
    La défense légitime par tous les moyens de sa vie et de ses biens devra faire partie d’un référendum d’initiative populaire.

    • claude henry de chasne
      1 avril 2019 at 5 h 19 min

      a la campagne on est armés.. tous ;))

    • @CLOVIS2
      Bonjour,
      Un agresseur décide du lieu, du moment, des moyens et de la cible. La cible a donc un temps de retard.
      Nous avons des inividus capables de poignarder des jeunes femmes pour leur voler leur portable, aussi capables de gazer des femmes enceintes de 7 mois. Le port de bouteille lacrymo est interdit, le vol aussi, l’agression aussi.
      La loi relative à la légitime défense précise qu’il doit y avoir « proportionnalité » entre l’agression et la réponse, ainsi que des moyens. Pour les moyens de réponse c’est simple : rien. Pour la proportionnalité de la réponse : il doit y avoir égalité : poings vs poings, pieds vs pieds, ce qui ne protège rien du tout et met en danger plus longtemps.
      De plus, j’aimerais bien que les législateurs et les magistrats m’expliquent comment je passe d’un niveau ZERO de violence/agression/attaque à un niveau 1, pour rester simple, binaire. Je me promène tranquillou, et paf je suis agressé : soit
      0 x y = 1. y est le rapport de « proportionnalité. Donc y égale ? (y=1/0) Messieurs les législateurs, bon courage !

  • Nous vivons dans un pays en guerre où nous sommes pris en tenaille entre deux ennemis. D’un côté, un ennemi public, l’État, qui multiplie les attaques fiscales et réglementaires, au lieu d’assurer les missions régaliennes nécessaires au maintien de la paix. D’un autre côté, des ennemis privés qui multiplient les attaques sur nos biens (cambriolages et autres formes de vols) avec, en plus, le risque d’attaques sur nos personnes (agressions et home jacking).

    Dans cette situation de guerre, la loi qui nous désarme est scélérate. Nous devons obéir à une loi d’ordre supérieur qui nous redonne le droit et aussi la conscience de devoir défendre notre intégrité physique ainsi que ceux dont nous sommes responsables. A chacun son arme en fonction des situations.

    Sans paix civile, la vie économique est en panne. Aujourd’hui le libéralisme passe par l’auto-défense. Il s’agit pour chacun de privilégier le renforcement de ses capacités d’auto-défense à titre transitoire. Ceci dans l’attente du rétablissement d’un État de droit capable de remplir les missions régaliennes nécessaires à la paix civile.

    • claude henry de chasne
      1 avril 2019 at 5 h 20 min

      parfaitement

    • Pourquoi à titre transitoire ?
      Je note que vous avez beaucoup d’espoir concernant l’émergence d’un état qui ferait son job et privilégierait son pays et ses habitants. Quel optimisme !

    • @Virgin
      Bonjour,
      et +1.
      Je partage aussi l’avis de Balthazar.

      • « Il est impossible d’imaginer une aristocratie plus terrible que celle qui s’établirait dans un État, par cela seul qu’une partie des citoyens serait armée et que l’autre ne le serait pas ; que tous les raisonnements contraires sont de futiles sophismes démentis par les faits, puisque aucun pays n’est plus paisible et n’offre une meilleure police que ceux où la nation est armée. »

        — Assemblée nationale, séance du mardi 18 août 1789, »

    • Inventons des armes légales plus vite que le pouvoir n’est capable de les interdire.

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