Élections en Espagne : des gagnants, des perdants et une surprise attendue

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Élections en Espagne : des gagnants, des perdants et une surprise attendue

Publié le 30 avril 2019
- A +

Par Juan Luis Manfredi.
Un article de The Conversation

Raymond Aron affirme que la démocratie est un idéal politique incommensurable. Cependant, en tant que système, cette dernière laisse peu de place aux émotions fortes. La concurrence entre partis et options politiques se limite souvent aux campagnes électorales où s’opposent des forces politiques munies de programmes convergents. Face à l’ennui qui guette la seule menace à prendre au sérieux est de considérer la démocratie comme une simple procédure, un ensemble d’instruments au service des politiques publiques.

Mais pour les politologues Larry Diamond et Leonardo Morlino la qualité de la démocratie repose avant tout sur des normes et se concrétise au travers du contenu de ces normes et de l’évaluation des résultats qui en découlent. Le fonctionnement de la politique exclut les émotions, matières premières de l’offre politique populiste, à gauche comme à droite de l’hémicycle parlementaire.

Impossible de savoir si Raymond Aron pourrait soutenir cette thèse dans l’Espagne d’aujourd’hui. Depuis les élections anticipées de 2015, bien des choses ont changé. Il y a eu les événements en Catalogne d’octobre 2017, l’application de l’article 155 de la Constitution espagnole, la défaite du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) aux élections autonomes andalouses, la première motion de censure réussie contre le conservateur Mariano Rajoy, l’émergence de Vox ou de Cayetana Alvarez de Toledo, l’arrivée de Pablo Casado ou la confirmation d’Inès Arrimadas comme une alternative solide en Catalogne… ou en Espagne. Béni soit l’ennui procédural !

Ministerio de Interior, gobierno de España
Ministerio de Interior, gobierno de España

Le nouveau paysage politique espagnol

Les résultats du dimanche 28 avril marquent une nouvelle forme de normalité à laquelle il va falloir s’habituer rapidement.

  • Le PSOE atteint son objectif. Le Parti socialiste sort vainqueur de ce scrutin. Une victoire qu’il pourra exploiter en se fondant sur son expérience passée à la tête du pays, tout en proposant un nouveau projet politique sur le court terme. Ce futur gouvernement à géométrie variable et disposant d’un soutien parlementaire instable pourrait prendre davantage de mesures sociales, moins sous le coup de l’émotion. Toutefois, il aura du mal à aller jusqu’au bout de la législature. Une chose est sûre : le leadership de Pedro Sanchez est indiscutable. Après les municipales et les élections des communautés autonomes prévues le mois prochain, nous verrons ce qu’il adviendra des critiques qui subsistent à son encontre à l’intérieur du parti. Pour l’heure, Pedro Sanchez est bien l’un des principaux gagnants de ce scrutin.
  • Le PP (Parti populaire) a un sérieux problème. Le parti conservateur doit définir un projet rapidement, avant les élections municipales et autonomes de la fin mai, s’il veut sortir de la spirale du déclin et conjurer les effets bandwagon ou du « train en marche », bien connus des politologues : si l’idée que le PP est en train de s’effondrer s’impose, les électeurs risquent de le fuir en masse. D’autant qu’ils disposent désormais de nouvelles alternatives électorales. Toutefois, il n’y a pas de fatalité, tout dépendra des décisions que prendront Casado et son équipe dans les jours à venir. Quoi qu’il en soit, le PP sort clairement perdant de ce scrutin. Un perdant indiscutable.
  • Ciudadanos est en pleine crise de la quarantaine. Avec plus de 55 sièges, le parti n’arrive pas à fédérer le centre-droit. Dans le contexte actuel, soit il parvient à renforcer sa crédibilité pour diriger l’opposition ou entrer au gouvernement, soit il risque d’apparaître comme une simple force d’appoint. On peut citer à cet égard l’exemple des libéraux démocrates au sein du Parlement britannique. Ciudadanos, gagnant, mais aussi perdant.
  • Unidas Podemos se rattrape après le scrutin. Le parti a perdu des voix et des sièges du fait de son positionnement politique. Mais il pourrait se consoler rapidement dans la mesure où son soutien sera décisif dans le processus d’élection du chef du gouvernement. Perdant, donc, mais aussi gagnant.
  • Vox est la surprise… à laquelle nous nous attendions. Pour une raison très simple : désormais le parti est bien installé dans la sphère médiatique où il pourra faire exister ses revendications. Mais désormais il lui faudra aussi assumer ses responsabilités : il va devoir s’investir dans la politique concrète, et non plus se contenter de simples slogans. Par ailleurs, le constat est le même qu’avec Podemos : les électeurs sont très flottants. Et le résultat engrangé par Vox lors de cette élection n’est peut-être que le début d’un processus de report des votes en sa faveur. Vox, gagnant.
  • Les partis nationalistes maintiennent le cap. Et ce n’est pas rien dans un scénario aussi mouvant et agité. Tous progressent, mais c’est surtout le résultat de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) qui frappe les esprits : ce parti a réussi à s’imposer sur la scène catalane.

Pour conclure, au vu de ce nouveau paysage politique, les prochaines municipales s’annoncent très incertaines. Quand l’Espagne s’ennuie, pourrait-on dire en paraphrasant Pierre Viansson-Ponté, de nouvelles tensions émergent ainsi qu’un nouveau paysage politique et de nouveaux acteurs. Il faut s’attendre à beaucoup d’effervescence au Parlement, avec ou sans débat de fond, mais dans une atmosphère de polarisation certaine.


Cet article a été traduit de l’espagnol par Eleonora Farade.

Juan Luis Manfredi, Profesor titular de Periodismo, Universidad de Castilla-La Mancha

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

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  • Au moins en Espagne, ils ont un vrai parti libéral qui arrive 3ème.
    Nous le seul parti libéral (le PLD) a fusionné avec le parti « Objectif France » et ce n’est clairement pas bon.
    Sinon l’aile « libérale » des républicains, « Force Républicaine » n’arrive pas à prendre le volant.

    • Un vrai parti libéral euh…un parti libéral progressiste avec des penchants à droite, des centristes quoi.
      Le idées libérales ne ne peuvent pas former un parti en soi, il faut toujours qu’elles s’adossent sur un fond conservateur ou progressiste. La liberté, c’est comme l’écologie, tout le monde s’en inquiète, mais en pratique…

  • cette democratie est interessante ,elle n’est pas une dictature democratique a parti unique comme la notre.

  • En Espagne comme en France l’ enseignement et les médias sont largement contrôlés par une gauche sectaire. Tandis que le nouveau parti de droite a été diabolisé et menacé, les communistes de Podemos et autres partis marxistes leninistes peuvent circuler tranquillemnt tout en soutenant les dictatures de Cuba et du Vénézuela.

    Même phénomène dans les régions séparatistes comme Pays Basque et catalogne. L’ endoctrinement des enfants par des enseignants d’ extrême gauche ne fait que progrésser.

    • L’article reflète assez la nouvelle réalité, mais nous sommes revenus à la case départ comme en 2004 ZP était arrivé en grand réformateur non pas social démocrate, mais marxiste pur et dur. Il a laissé le pays en ruine avec un taux de chômage des plus élevés en Europe. Rajoy a ramé pour donner un souffle à l’économie
      Sanchez à part détruire les quelques succès acquis va détruire, car il n’avait aucun programme électoral sauf des slogans démagogiques et quelques incantations. Il va être contraint de gouverner avec l’êxtre gauche de Podemos grand allié dé Maduro et de Cuba où la vie est si agréable
      Albert Rivera est un opportuniste peu fiable prêt à se vendre au plus offrant.
      Voix à siphonné les voix du PP il se présente plus clean que ce dernier.Abascal fait des discours enflammés qui galvanisent la population
      Nous allons voir si la Catalogne va retrouver son niveau économique d’antan
      Quant au pays basque il a des meurtriers de Bildu qui ont été élus
      Que va dire l’Europe des dérives à venir en matière budgétaire

  • Et bien, les espagnols ne sont pas sortis du socialisme…

    • Non, plus de fonctionnaires et diminution de la durée de travail avec augmentation de la protection sociale. Le beurre, l’ argent du beurre et le sourire de la crémière………

  • * C’est le miroir caricatural d’1 UE en crise : pour qui voteront-ils la prochaine fois ? Le PP c’est comme les LR chez nous. Podemos, est notre parti LFI.. Le PSOE est comme notre PS qui a confondu les vessies du libéralisme avec les lanternes de l’internationale.. et ils n’ont toujours rein compris de la part de souverainistes qui ne demandent qu’à se protéger contre les effets de la mondialisation, l’effacement des droits sociaux et la montée du chômage… C’est le cas pour l’Andalousie. La région traîne un taux de chômage de 23 %, contre 14,6 % en Espagne. avec un fort contraste entre le littoral qui bénéficie de la manne du tourisme, et les pauvres zones rurales de l’intérieur. https://www.lesechos.fr/monde/europe/leconomie-andalouse-toujours-a-la-traine-182817
    * Mais tout ces partis ne s’entendent pas ; comment vont-ils gouverner en coalition ? Autre détail cocasse : Les partis indépendantistes catalans ont gagné du terrain, obtenant dimanche 22 ( dont 5 sont emprisonnés pour sédition..lol !)… à suivre !

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