General Electric, victime collatérale des énergies renouvelables

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General Electric, victime collatérale des énergies renouvelables

Publié le 31 mai 2019
- A +

Par Michel Negynas.

General Electric est une icône du rêve américain ; elle a créé, perfectionné, ou industrialisé tout ce qu’on peut trouver de haute technologie aujourd’hui. C’était le résultat d’une lignée de grands capitaines d’industrie : Charles Coffin, Reginald Jones, Jack Welsh à ses débuts… C’était une gestion rigoureuse et même terrible pour les salariés les moins brillants, assortie d’un flair pour l’innovation vraie. Bref, une alliance réussie entre le monde des ingénieurs et celui du management.

Mais General Electric est en faillite ! Que s’est il donc passé ?

General Electric est entré dans le rang des grandes multinationales perdant le sens de leur histoire, via des chefs abandonnant leurs propres repères. En fait, la réussite de Welsh, sacré meilleur manager de tous les temps, était un trompe l’œil : moins d’innovation endogène, acquisitions à marche forcée dans des secteurs divers, dont, évidemment, le miroir aux alouettes du numérique, et le green business.

GE était surnommé « Green Electric » en 2015 avec son programme de croissance verte Ecomagination.

On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre

Le management pragmatique était abandonné au profit du département financier qui générait les profits. Dans la ronde infernale des achats et des ventes, GE a battu un record : Immelt, le successeur de Welsh, affirmait fièrement qu’il avait acheté ou vendu pour 100 milliards de dollars. En réalité, si certains deals étaient gagnants, d’autres furent catastrophiques. Les crises (11 septembre, subprimes, fluctuations du baril) sont passées par là. Les dettes devinrent abyssales.

Pourtant, General Electric est toujours le leader des moteurs d’avion, des turbines à vapeur et à gaz, ses scanners et IRM sont toujours à la pointe…

Mais les déboires financiers ont affolé les investisseurs. En un an, GE a détruit 120 milliards de capital. La question est maintenant si la survie des vraies activités passe par un éclatement du groupe. En attendant, il faut « fermer ou vendre », comme disait Welsh, et cela, quelque soit la rationalité.

On arrive alors à une situation bizarre, et c’est là que les Énergies Renouvelables entrent en scène.

Les aléas de la transition énergétique

Parmi les deals gagnants de GE, il y a les éoliennes d’ENRON. GE les a achetées pour 350 millions alors qu’ENRON était en faillite, et elles ont généré 10 milliards de revenus en 2017, aux frais du consommateur et du contribuable !

Parmi les deals perdants, il y a Alstom, acheté pour 10 milliards, et en particulier la division turbines à gaz. Voici pourquoi.

On pourrait penser que la volonté de baisser nos émissions de CO2 est favorable aux turbines à gaz : le gaz en lui-même émet moins que le charbon, certains types de turbines ont un rendement de 60 %, et elles seules peuvent secourir les fluctuations à court terme des éoliennes et du solaire. Mais tout n’est pas si simple. Le prix du KWh gaz est très élevé avec ce genre d’unités.

Il faut un taux d’énergies renouvelables très important, comme en Allemagne, pour que le recours aux turbines à gaz soit nécessaire. Et les possesseurs de centrales à charbon réussissent à augmenter aussi leur flexibilité. En outre, l’Allemagne et le Danemark, en Europe, « diluent » ces problèmes de fluctuation sur leurs voisins qui ne sont pas encore équipés d’ENR au même niveau.

Aux États-Unis, la conversion au gaz se fait souvent en transformant des chaudières à charbon. Et partout dans le monde on a besoin de très grosses centrales de base : c’est le charbon qui gagne. Les centrales à gaz sont trop petites, trop chères.

Le résultat est que si dans un avenir lointain les turbines à gaz ont leur place, pour l’instant, le marché dégringole. En Europe, on en a même arrêté pas mal : elles ne sont plus rentables avec des prix de marchés de l’électricité maintenus artificiellement à la baisse par les subventions aux ENR et leur obligation d’achat par les réseaux. En 2015 déjà, on pouvait lire sur L’Usine Nouvelle : « Il y a 125 000 MW de centrales à gaz en Europe, précise Fabien Roques, le directeur de l’IHS Cera, un cabinet d’analyses spécialisé dans l’industrie et l’énergie. Parmi celles-ci, 110 000 MW ne couvrent pas leurs coûts d’investissements. Nous estimons le déclassement probable de 25 000 MW dans les années à venir. » 

(Source)

La situation est identique dans tous les pays subventionnant les ENR, et pour tous les fabricants. Tous ont des stocks de turbines invendues. Siemens et Mitsubishi sont à la même enseigne. Mais ils s’en sortiront. Ce n’est pas le cas d’un GE aux abois.

GE va simplifier ses activités, privilégier l’aviation, et couper là où c’est le moins bon, les business pourris qui entraînent les bons avec eux : comme par exemple les turbines à gaz.

Pour l’instant, les ENR ont donc tué les turbines à gaz. La déconfiture de GE a bien d’autres causes, et date de plus longtemps. Mais sa conversion au « Green » pourrait bien lui porter le coup de grâce.

GE est punie par où elle a péché.

Si on lit les rapports, entre l’ADEME, le ministère de l’Écologie, ou Natixis, on ne sait plus très bien combien la transition énergétique va rapporter d’emplois : 100 000 ? 900 000 ? Voire 18 millions ? Ou zéro ? Mais on est déjà certains qu’elle en fera perdre 1000 à Belfort.

Voir les commentaires (27)

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  • claude henry de chasne
    31 mai 2019 at 5 h 34 min

    La creation d’emploi via le contribuable a des limites.. je pense qu’on a atteint ces limites.. les entreprises a profits fuient , les canards boiteux laissés aux contribuables français..
    Quand on aura compris çà…

    • Lorsque l’état créé des emplois il en détruit autant sinon plus ailleurs. l’état ne créé jamais de valeur, il en détruit.

  • Adieu turbines a gaz..dommage j’aurais bien aimer ma petite turbine personnelle pour recharger ma toto electrique et fournir l’electricite de ma maisonnette de banlieue abandonnee,..60% de rendement ,ca ne se jette pas a la poubelle !

    • jacques lemiere
      31 mai 2019 at 7 h 43 min

      le rendement est en général un faux problème…il est certes en général intéressant de l’augmenter mais pas de l’augmenter à n’importe quel prix.

      du point de vue du consommateur il est sans interet, c’est le prix du kilowatt heure..
      du point de vue du producteur ce qui compte c’est le prix de revient de ce kilowatt heure…

      ou je me trompe…??
      certes SI votre but est de préserver les ressources en gaz, le rendement est essentiel…
      sinon c’est comme le recyclage ou la lutte contre le gaspillage…pas à n’importe quel prix!!

      une centrale thermique n’utilise pas QUE du combustible…et le reste coûte aussi.

      on va encore me reprendre pour rappeler des évidences…
      mais il mes semble bien que la mode est à la folie..

      • Biensur que seul le rendement financier est important mais le gaz est surabondant donc son prix restera raisonnable,voir le prix d’un bouteille de gaz ,22€ pour 100kw tout depend ensuite de la maniere de l’utiliser et la le rendement technique est le point essentiel …..surtout que dans le cas que j’expose le rendement total peut depasser largement les 100% a l’aide de pompe a chaleur l’hiver et meme l’ete pour l’eau chaude….mais en effet tout dependra de l’etat et de ses taxes….mais en aucun cas il n’osera faire exploser le cout du chauffage des francais sauf pour l’electricite , les lobbys petrolier sont tellement puissant !

  • jacques lemiere
    31 mai 2019 at 7 h 32 min

    ah la création d’emploi….je présume que quand les gens seront obligés d’occuper l’équivalent de deux emplois actuels ( 35 h/semaine) pour vivre ( plus sobrement bien sûr!) ..on sera plus heureux…

    • C’est interdit par la loi… Lorsque vous prenez un 2ième travail, il faut une attestation de l’autre employeur que vous ne travaillez pas trop. 44h max cumulés. Sauf pour les patrons, où c’est sans limite bien sûr.

      • jacques lemiere
        31 mai 2019 at 18 h 55 min

        non juste pour rappeler que créer des emplois ..ça signifie bosser plus..ça n’est pas un objectif collectif si raisonnable que cela…

        • claude henry de chasne
          1 juin 2019 at 4 h 34 min

          @jacques lemiere ,
          si on bossait comme en 1970 , 40h , pas de Rtt, 4 semaines de congés..on retrouverait… les 30 glorieuses

      • claude henry de chasne
        1 juin 2019 at 4 h 32 min

        ou les cadres qui ne comptent pas leurs heures

  • Les subventions sont accordées par les services de l’état et celui paie avec les impôts prélevés, donc les subventions sont payées par les individus, appelés pour la circonstance contribuables, donc l’électricité n’est pas moins chère mais son coût est mis à part et est bien payé par l’individu.

    • jacques lemiere
      31 mai 2019 at 7 h 45 min

      ce qui serait étonnant serait que ce ne soit pas les gens qui payent…

      • comme pour Jacques Lemière : »on va me reprendre pour rappeler des évidences » mais tout le monde ne le sait pas, à l’instar de l’enseignement, la sécurité sociale gratuits et j’en passe, même F. Hollande président disait que « c’était gratuit quand c’était l’état qui payait »

      • Ils payent mais souvent ils ne le savent pas. Dès lors, le prix est en général très élevé.

  • La création d’emplois « verts » passe d’abord par la destruction de millions d’emplois actuels, il faudrait raisonner en création nette !

    • Vous avez écrit par ailleurs  » donc les subventions sont payées par les individus, « ;
      ces individus dont les emplois auront été détruits, et qui, en plus de devenir dépendants de la redistribution, n’auront plus la capacité de ‘contribuer’ financièrement à l’hypothétique création d’emplois ‘verts’…

      En absence d’autres sources de revenus, les rares emplois verts seront ils alors les seuls à soutenir l’état obèse ?

      • un individu n’est pas seulement contribuable sur son revenu d’emploi…puisqu’il y a 476 taxes diverses je crois

    • Si ces millions d’emplois sont des fonctionnaires ^_^

  • Ne pas confondre « centrales à gaz » et « turbines à gaz »
    Vous avez peut-être raison s’agissant de la relation entre le développement des ENR et la baisse du marché des turbines à gaz. Ceci étant, je me permets d’attirer votre attention sur le fait que votre article mélange allègrement centrales à gaz et turbines à gaz, ce qui est une erreur… partagée par bon nombre de journalistes de la presse écrite, des radios et de la télévision.
    Une « centrale à gaz » est une centrale qui utilise du gaz comme combustible (gaz « naturel », gaz de hauts fourneaux, biogaz..). La chaleur est convertie en énergie mécanique puis électrique via un cycle eau-vapeur, moyennant généralement une chaudière, une turbine et un alternateur.
    Une « turbine à gaz », qui devrait plus exactement être dénommée « turbine à combustion » est une machine très voisine d’un gros réacteur d’avion, dans laquelle le cycle thermodynamique utilise l’air… qui est un gaz. L’air y est comprimé dans le compresseur, chauffé et donc dilaté dans les chambres de combustion, puis détendu dans la turbine. La puissance récupérée sur la ligne d’arbre entraine l’alternateur. Quelques turbines à gaz utilisent du gaz comme combustible, mais la plupart consomment des combustibles liquides issus du pétrole (fuel, kérosène…).
    Jean François Dubois, Douvres (Ain)

  • Salma Hayek - le six
    31 mai 2019 at 10 h 06 min

    L’histoire de GE est caractéristique d’une société devenue trop grande, trop lourde, moins agile, éparpillant ses forces tous azimuts. Un peu comme un ogre devant manger toujours plus.
    (Toute ressemblance avec l’Etat est volontaire)

    • Bah c’est l’histoire de la grenouille et du boeuf , la grenouille devient enorme mais son cerveau est toujours aussi riquiqui trop riquiqui pour maintenir son enorme corps en vie !

  • anticapitaliste
    31 mai 2019 at 12 h 04 min

    le capitalisme , ultra notamment , en a rien a cirer de produire plus de turbines gaz que de la merde en paquets de 10 , POURVU QUE LE PROFIT GICLE !!! , il n’a rien a faire aussi de l’indépendance énergétique ou autre du pays ! et depuis nombre d’années nos autorités politiques trahissent le besoin de souverainetés de notre pays(la droite ump-lr ,La droite macroniste LREM , ainsi que le PS….) alors ! quand le capital privé est défaillant pour de quelconques raisons il n’y a pas a hésiter a ce que le capital publique s’impose !!!

    • le capital publique? c’est quoi? la somme de tout l’argent volé au contribuable et ensuite répartie entre quelques mains (fonctionnaires entre autre). l’état est une mafia comme une autre…

  • Sur le rendement à 60% : C’est valable pour les cycles combinés (turbine à gaz / turbine à vapeur utilisant les fumées d’échappement de la turbine à gaz). Cette complexité est une des raisons du prix. SInon, le rendement d’une turbine à gaz accouplée à un alternateur est d’environ 35%. Une turbine à vapeur à pression hypercritique arrive à 45%, comme un moteur diesel lent. L’avantage des turbines est leur poids (nettement plus légères). C’est pourquoi on les utilise en aéronautique. Les clients principaux, se sont les pétroliers / gaziers. Pour une usine LNG (liquéfaction de gaz), il faut énormément de puissance. Pour un gros bateau de production (FPSO), il faut 100 MW et plus.
    L’autre avantage des turbines, dites à gaz, est qu’elles fonctionnent avec n’importe quel type de carburant (gaz, brut, fuel etc…) en adaptant les injecteurs.

    • Bonjour.

      Je n’avais pas l’intention de faire un cours sur les turbines à gaz. Il s’agit ici des turbines à gaz destinées à alimenter les réseaux connectés d’électricité.
      Oui les turbines à gaz peuvent utiliser toutes sortes de combustibles. Mais à ma connaissance, personne n’aurait l’idée dans l’hystérie ambiante d’installer une turbine à fioul ou à kérosène pour faire de l’électricité.

      Par ailleurs, le mot centrale renvoie à centrale électrique. Une turbine à gaz accouplée à un alternateur est donc bien une « centrale ». J’aurais juste du préciser « à turbine a gaz »

      Le marché avait anticipé un besoin de turbines à gaz en secours des ENR, car elles seules ont la flexibilité suffisante pour suivre les variations rapides de soleil et de vent.(du moins sans cycle combiné)

      Cela ne se produit pas encore, pour les raisons que j’ai évoquées. Et pour être plus précis, les prix de gros de l’électricité s’effondrent, c’est normal, les ENR étant un surinvestissement subventionné. Et la fonction de « secours » ou « back up » des ENR est encore mal rémunéré, ou pas du tout.. Devant ces incertitudes, plus personne ne veut investir dans ce type d’équipement, du moins pour produire de l’électricité à la vente. Tous les producteurs se jettent sur la manne des ENR et négligent la production classique. Le résultat est que ENTSOE, le coordonnateur du réseau européen, tire la sonnette d’alarme sur un éventuel manque de capacités pilotables.
      Il y a donc actuellement un excédent de production des turbines, du moins aux USA et en Europe.

      Nota; je ne suis pas journaliste et ne confond nullement turbines à vapeur et turbines à gaz. Veuillez m’excuser si j’ai pris des raccourcis. A votre disposition pour échanger sur les technologies des turbines.

  • « Et partout dans le monde on a besoin de très grosses centrales de base : c’est le charbon qui gagne. »
    « C’est l’EnR qui a tué GE »

    D’un point de vue politique, c’est Obama – qui a fait croire qu’il abandonnait le charbon – et la défaite de Clinton qui a fait effondrer le soutien aux EnR.

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