Légion d’honneur au président Sissi : de quels Hommes la France défend-elle les droits ?

Le président Sissi soupçonné de bafouer les droits humains a reçu la légion d'honneur pour raisons diplomatiques. Quels hommes défend-on ?
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Julian Assange by Anarchimedia(CC BY-SA 2.0) Image adapted from Videoconferencia con Julián Assange-Foro Cultura Digital by Secretaría de Cultura de la Nación is licensed under CC BY-SA 2.0

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Légion d’honneur au président Sissi : de quels Hommes la France défend-elle les droits ?

Publié le 4 janvier 2021
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Par Louise Alméras.

Le 7 décembre dernier, l’Élysée semblait bien appartenir au monde des morts, comme d’autres jours, en recevant le président al-Sissi pour le décorer de la Légion d’honneur.

Selon la mythologie grecque, rappelons-le, l’Élysée est le lieu des Enfers où les âmes vertueuses se retrouvent après leur mort. Les héros établis par le monde, aujourd’hui, s’y retrouvent également, faisant penser parfois aux Enfers de la culture chrétienne.

À l’Élysée, comme à l’église, on voit passer les pécheurs et les saints. Là, honneurs et gloires, ici pardon et charité aux âmes belliqueuses. On n’a donc pas le même œil pour regarder l’étoffe, qu’elle soit celle d’un pécheur ou celle d’un héros. Mais il se trouve parfois que les deux se confondent.

Une légion d’honneur controversée

Ainsi de la plus haute distinction nationale, censée récompenser les services émérites rendus à la Nation. L’attribution de la plus haute distinction de la Légion d’honneur aux chefs d’État, estimée protocolaire depuis Napoléon en 1802, est pour sa part avant tout diplomatique et symbolique.

Mouammar Kadhafi et Nicolae Ceaucescu l’ont eux-mêmes reçue malgré leurs hauts faits criminels. L’insigne aurait-il fait office d’absolution ? Seul Bachar Al-Assad a été forcé de restituer sa distinction en 2018, défendu de toute relation diplomatique avec la France.

Pourtant, quand le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi est fait grand’croix de la Légion d’honneur en toute discrétion au palais de l’Élysée, cela ne passe pas auprès de tous.

L’intellectuel italien Corrado Augias s’est immédiatement défait de sa Légion d’honneur, reçue en 2007, pour faire montre de son désaccord :

« À mon avis, le président Macron n’aurait pas dû concéder la Légion d’honneur à un chef d’État qui s’est objectivement rendu complice d’atroces criminels. Je le dis pour la mémoire du pauvre Giulio Regeni (Italien enlevé par les services de renseignement égyptiens, mort en 2016 des suites d’actes de torture, NdA), mais aussi pour la France, pour l’importance que cette distinction représente encore, deux siècles après avoir été instaurée. »

D’autres intellectuels italiens ont suivi son geste. Ce sont les seuls. Le sont-ils aussi à attacher de l’importance à l’honneur de la France ?

L’information a seulement été mal digérée par la presse française qui n’avait pas été prévenue de l’évènement. Même si Libération n’a pas hésité à évoquer le « déshonneur » de cette décoration.

La France pays des droits de l’Homme ?

Mais si la geste diplomatique, avec ses apparats, ses nécessités et ses contradictions, éveille aujourd’hui la colère, c’est sans doute à cause de la perte de valeurs et de sens allant crescendo depuis un temps certain à bien des niveaux.

Certes, chaque pays doit faire son possible pour préserver ses liens diplomatiques, certes, la coutume dédouane d’une intention délibérée. Mais jusqu’à un certain point. Et ce point-là, avec le maréchal Sissi, semble dépasser la limite.

La Légion d’honneur finit par menacer de devenir un objet d’apparat ; pire, un miroir aux alouettes fait de lâcheté et de fausse bravoure pour sauver la face, au risque de perdre son âme. Fût-elle symbolique, l’âme de la France a autrefois été évoquée dans la bouche de certains.

Et elle compte toujours. L’attribution de la Légion d’honneur à Arnaud Beltrame il y a deux ans le prouve. Aujourd’hui, un président Sissi largement soupçonné de bafouer les droits humains (on parle de près de 60 000 prisonniers politiques dans son pays) est honoré pour raisons diplomatiques. Et ce par le pays des droits de l’Homme.

Tandis qu’un homme tel que Julian Assange, dont le prochain procès en extradition se tiendra le 4 janvier 2021, n’intéresse pas la France qui lui refuse le droit d’asile. Ne parlons même pas des honneurs. Sans doute aussi pour raisons diplomatiques ?

 

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  • macron piétine tout ; la liberté et les droits de l’homme ; à vomir ;

  • Pour la Syrie, il faut rappeler que quand papa Assad – Hafez, un bon marxiste à l’époque – avait massacré dix à vingt mille frères musulmans, la France s’était tue dans toutes les langues, mais qu’elle s’était indignée de la légion d’honneur du fiston, Bachar, après avoir elle-même fomenté la révolte de groupes islamistes proches d’Al Qaïda contre son régime ( Fabius, sans doute une deuxième fois responsable mais pas coupable )

    Pour l’Egypte, dans une parfaite continuité dans les zig-zags, la légion d’honneur a valeur de reconnaissance de qu’il fallait mettre fin à l’expérience islamiste de Morsi, quitte à ce que cela soit fait « à la Moubarak »

    Je pense qu’il faut voir ces zig-zags et cette dernière nomination comme une application cynique du fameux « Baise la main que tu ne peux (pas encore) couper » – rien à voir avec les droits humains, ni, et encore moins, avec l’honnêteté intellectuelle

  • La légion d’honneur étant devenu un hochet galvaudé distribué à peu près n’importe, et je le déplore, je dois dire qu’elle soit donnée au Maréchal Sissi ne me fait pas plus vibrer qu’à Michel Drucker ou Mimi Mathy.
    Mais surtout, arrêtons avec cette rhétorique de « France, pays des droits de l’Homme » qui permet aux « gens de bien » de donner des leçons à la Terre entière alors qu’on ferait mieux de balayer d’abord devant notre porte.
    Je ne pense pas qu’un pays sous confinement, couvre-feux, autorisation de sortie, gouverné par la peur, etc, etc, puisse donner des leçons de quoi que ce soit à qui que ce soit.
    Et enfin, de mon point de vue de non-égyptien, je préfère savoir un Maréchal Sissi à la tête de ce pays qu’un Mohamed Morsi.

    • France pays des droits de l’homme? Sérieusement, où sont la liberté, la sûreté, la propriété et la résistance à l’oppression (les droits naturels) en France?

  • L’attribution de cette décoration se négociait déjà dans les bordels et durant des parties fines à la fin du XIXème siècle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Scandale_des_d%C3%A9corations_de_1887

    Rien n’a changé, sauf qu’à l’époque des gens démissionnaient (quelle idée !) : https://theconversation.com/quand-la-presse-poussait-le-president-a-la-demission-95347

    Ayant fréquenté les bordels et grand amateur de parties fines également, je n’ai jamais été dupe de cet… honneur et je ne comprends pas que quiconque puisse lui en accorder. Bref, votre étonnement m’étonne.

  • Celle qui m’a le plus choqué, c’est celle attribuée à Karine Lacombe, sans doute pour avoir bien menti sur le Sars Cov 2, suite à ses conflits d’intérêts majeurs avec les labos pharmaceutiques.

  • il ne faut peut-être pas donner trop d’importance à ce hochet…

  • La France représentée par des véreux, a trahi toutes les valeurs qui ont fait d’elle une nation forte pour laisser place à un opportunisme basé sur des accords commerciaux avec des pays dont l’idéologie est inadmissible. Comment peut-on d’un côté, voir comme des verrues, de braves lanceurs d’alerte, (au point de leur refuser le droit d’asile, cas E. Snowden) et d’un autre côté, accueillir sur tapis rouge des tyrans tels que le Roi d’Arabie Saoudite, spécialiste du démembrement de journaliste dans une ambassade ainsi qu’Al Sissi dont je vous épargnerai les horreurs ? Ce dernier a même eu droit à la Légion d’Honneur.

    On croit marcher sur la tête…

    Macron a piétiné toutes les valeurs françaises. J’ai honte d’être spectateur de ça…

    Et le pire dans tout ça, c’est quand j’entends les politiciens français critiquaient les pratiques de ces autres pays tout en les accueillant en grande pompe à l’Elysée car l’argent passe avant TOUT. Et cela concerne les 2 partis principaux de ce pays.

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