Les éléments du progrès : le caoutchouc (6)

L'utilisation du caoutchouc, sous forme naturelle et synthétique continuera à jouer un rôle clé dans la prospérité des pays développés.
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les éléments du progrès : le caoutchouc (6)

Publié le 7 février 2021
- A +

Par Tony Morley.
Un article de HumanProgress

Environ 10 % de toutes les plantes à fleurs produisent une petite quantité de latex lorsqu’elles sont percées ou coupées. Le latex est un mélange chimique complexe de protéines, alcaloïdes, amidons, sucres, huiles, tanins, résines et gommes qui coagulent lorsqu’ils sont exposés à l’air. Lorsque le polymère du latex durcit, il commence à ressembler à une forme brute de caoutchouc reconnaissable par quiconque connaît le caoutchouc moderne.

Bien qu’il existe un grand nombre de plantes qui produisent au moins un peu de latex, c’est l’arbre à caoutchouc (Hevea brasiliensis) qui est la principale source mondiale de la matière première du latex nécessaire à la production de caoutchouc naturel. L’hévéa du Brésil est originaire des forêts tropicales amazoniennes qui s’étendent sur toute la largeur de l’Amérique du Sud et est exploité pour son latex par les habitants indigènes de la région depuis au moins l’an 1000 de notre ère.

Les premiers indigènes d’Amazonie ont utilisé le latex dans nombre de produits artisanaux très innovants. Le latex humide était incorporé par brossage aux vêtements et aux protections pour les pieds afin d’en améliorer la résistance et de fournir une méthode efficace d’imperméabilisation. Le latex était versé sur ou dans des moules en terre et on le laissait s’évaporer pour former des bols, des récipients d’eau et des paniers à la fois résistants et flexibles.

L’explorateur français Charles-Marie de la Condamine a été le premier Européen à observer des plantes produisant du latex au Pérou en 1735 et à envoyer des spécimens en Europe en 1736. La culture agricole des plantes productrices de latex et l’utilisation industrielle du latex et du caoutchouc en Europe ont été lentes à se développer jusqu’au début des années 1800. L’aube de la Révolution industrielle a été simultanément l’aube du caoutchouc en tant que matériau de première importance.

La demande de caoutchouc naturel est devenue insatiable. Un nombre croissant de plantations d’hévéas en Amérique du Sud et, plus tard, en Asie, en Inde et en Afrique peinaient à répondre à la demande de l’Europe et, dans une moindre mesure, à celle de l’Amérique du Nord. Les scientifiques, les entrepreneurs et les industriels ont rapidement trouvé des milliers d’applications pour le caoutchouc. Ce matériau est devenu très précieux pour la fabrication de ceintures, de joints, d’imperméabilisants, de vêtements, de bottes, de premiers pneus et bien d’autres choses encore.

Cependant, l’utilisation du caoutchouc naturel était limitée par deux défauts majeurs : sa résistance et sa durabilité. Le caoutchouc naturel a tendance à se raidir considérablement dans les environnements froids, à perdre toute sa robustesse et à fondre lorsqu’il est soumis à un chauffage relativement léger. C’est le hasard combiné à l’expérimentation qui a permis de dépasser ces limites en 1839, lorsque l’Américain Charles Goodyear (célèbre pour ses pneus modernes) a mis au point un procédé de chauffage du caoutchouc naturel avec du soufre. La mise au point de ce procédé s’appelle la vulcanisation.

La vulcanisation n’était pas une amélioration marginale du matériau. Le procédé a considérablement amélioré la solidité et la résistance à la chaleur et au froid du caoutchouc. Au cours des cent années suivantes, le processus de vulcanisation a fait du caoutchouc un pilier de l’industrialisation rapide de l’Occident. Son utilisation  dans les véhicules de tourisme, les bicyclettes, les camions, les avions, les bateaux, les navires, les usines et les maisons a transformé et enrichi la civilisation.

Cependant, la demande de caoutchouc naturel a continué à dépasser l’offre et la Seconde Guerre mondiale, en particulier, a créé une pénurie importante – surtout parmi les forces alliées.

Le caoutchouc synthétique produit à partir d’hydrocarbures naturels a été synthétisé pour la première fois lors d’une série d’expériences entre 1875 et 1882. Mais cette production se faisait en grande partie en laboratoire jusqu’au début des années 1940.

À la différence des plantations tropicales et des chaînes d’approvisionnement difficiles à mettre en place, l’avantage du caoutchouc synthétique était sa fabrication à partir d’hydrocarbures existants. Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’amélioration de la composition du caoutchouc synthétique, de la technicité et de la rentabilité de sa fabrication a conduit à des percées majeures dans les technologies et les applications du caoutchouc.

Les améliorations de sa composition et de sa fabrication se sont poursuivies tout au long des années 1960 jusqu’à l’ère moderne – le monde consommant des volumes vraiment prodigieux de caoutchouc naturel et synthétique.

En 2019, l’humanité a produit et utilisé un peu plus de 29 millions de tonnes de caoutchouc naturel et synthétique. Près de 14 millions de ces tonnes étaient du caoutchouc naturel et 15,2 millions de tonnes étaient synthétiques.

L’utilisation intensive du caoutchouc naturel et synthétique a un impact énorme sur la vie moderne. Presque toutes les voitures et tous les camions de la planète roulent sur des pneus en caoutchouc vulcanisé renforcé, transportant des familles, de la nourriture et des matériaux. Et presque tous les avions atterrissent sur des pneus en caoutchouc haute performance.

L’industrie des transports est peut-être la principale utilisatrice de caoutchouc. Et ce matériau continue à rendre service à la société de centaines de milliers de façons, de la prophylaxie moderne sous forme de préservatifs en latex, à l’imperméabilisation, à l’amortissement des vibrations et aux pneus vraiment énormes qui permettent aux engins miniers et aux camions de fournir à l’humanité les minéraux et les métaux du progrès.

À l’avenir, le caoutchouc issu de sources renouvelables, qu’il soit naturel ou synthétique, continuera à jouer un rôle clé dans la prospérité des pays développés, tout en contribuant à la croissance économique des pays en développement.

Sur le web

Voir les commentaires (9)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (9)
  • Je comprends mieux pourquoi je fais fondre mes capotes, ça doit-être du naturel !

  • Très instructif et technicité très bien expliquée.

  • Roman très attachant de Ferreira de Castro, ‘Forêt vierge’ (‘A Selva’), pendant la grande période du caoutchouc en Amazonie :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/For%C3%AAt_vierge_(livre)

  • Il manque dans l’article quelques mots sur la fièvre de l’hévéa autour de Manaus, et la chute de cette activité après le vol des plants vers la Malaisie.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Fi%C3%A8vre_du_caoutchouc#Fin_du_monopole_amazonien_du_caoutchouc

  • Le plus étonnant avec ce caoutchouc, c’est qu’on n’ait jamais réussi à faire des pneus de bonne qualité en 100% synthétique. Le matériau naturel demeure indispensable en 2021, alors que les polymères de synthèse font des merveilles partout ailleurs. Est-ce qu’un chimiste pourrait nous donner une explication?

  • Voilà un exemple type de récession. Le caoutchouc, produit naturel issu de l’Hévéa, un arbre issu des forêts du Brésil mais planté depuis environ 100 ans en Afrique dans la cuvette congolaise, ne suffit pas à la demande et on cherche à le remplacer par un caoutchouc de synthèse (c’est une idée des allemands du temps de la guerre) produit par la chimie industrielle à partir d’hydrocarbures. On utilise donc dans ce cas une ressource non renouvelable. Mais c’est une utilisation plus intelligente que de brûler les hydrocarbures. Parmi les projets des écologistes, il pourrait y avoir une action en faveur du caoutchouc naturel, qui non seulement demande des arbres comme producteurs mais il ne les sacrifie pas. La plantation joue donc toujours un rôle forestier en plus de son rôle industriel. Le peu de commentaires sur ce sujet démontre le peu d’intérêt des lecteurs-commentateurs pour les solutions simples : ils préfèrent les débats et les blagues. Pourtant tout le monde utilise du caoutchouc!

    • Donc vous proposez d’abattre un peu plus de forêts vierges vous y planter des hévéas (X2 la surface actuelle d’hévéas pour remplacer le caoutchouc synthétique)?

      Je ne suis pas sûr que les écolos vous suivent. Ils vous diraient qu’il faut apprendre à se passer du caoutchouc… 🙂

  • très intéressant article !
    merci

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

Par François Jolain.

Le progrès ne doit pas être un bouc émissaire des écologistes.

Ces phrases ont comme un air de déjà vu :

Un mail consomme autant qu’une ampoule pendant une heure. Les datacenters polluent autant que l’aviation soit 2 % du CO2 mondial. Bitcoin consomme autant que la Suède.

Le numérique est devenu le bouc émissaire des écologistes. Ce progrès extraordinaire pour l’humanité se transforme en son pire défaut par la magie des prophéties écologiques. Il est évident que tous ces services consomment et pollu... Poursuivre la lecture

Par Jules Devie. Un article de l'Iref-Europe

https://www.youtube.com/watch?v=h4Wpi44ba78

 

Aujourd’hui, les rêveurs ont de quoi exulter : Thomas Pesquet rejoignant l’ISS, la Station spatiale internationale dont il sera pendant quelques semaines le commandant de bord ; un retour sur la Lune prévu en 2024 ; une sonde actuellement à la recherche de trace de vie sur Mars ; un voyage humain vers Mars qui n’est plus une totale chimère, etc.

Certains projets se révèleront peut-être un peu trop ambitieux, mais les exp... Poursuivre la lecture

Par François Jolain.

La réalité des métaux rares est loin des idées reçues ! Aborder ce sujet est d’une étonnante complexité. Or, nous assistons à une simplification voire une confusion dans la presse.

Nous allons donc tenter d’y remettre de l’ordre avec ce dossier en trois parties :

Pourquoi avons-nous besoin des métaux rares ? Quand sont-ils apparus dans nos vies ? La géopolitique des métaux rares. Études de cas sur les moteurs, les batteries et l’électronique. Le futur des métaux rares. À la conquête des métaux sur Terre... Poursuivre la lecture
Voir plus d'articles