Le cas de Joe Rogan : politique vaccinale et liberté d’expression

Qu’en est-il de la liberté d’expression quand le sommet de l’État critique le discours d’un individu, comme cela a été le cas avec Joe Rogan ?
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Le cas de Joe Rogan : politique vaccinale et liberté d’expression

Publié le 18 mai 2021
- A +

Par Finn Andreen.

Récemment, Joe Rogan, un des plus grands animateurs de podcast des États-Unis (10,6 millions d’abonnés Youtube), exprima l’opinion suivante au sujet de la vaccination de jeunes adultes :

Si vous avez 21 ans et que vous me demandez si vous devriez vous faire vacciner, je dirais non. Si vous êtes une personne en bonne santé et que vous faites de l’exercice tout le temps, que vous êtes jeune et que vous mangez bien, je ne pense pas que vous ayez à vous en soucier.

Ce commentaire a créé un tollé aux États-Unis, où l’objectif du gouvernement est une vaccination quasi-totale des adultes. Pour ces quelques mots, il a reçu « une vive réprimande de la part de la Maison Blanche et du Dr Anthony Fauci, [le conseiller médical de l ’Administration Biden], qui a accusé Rogan de parler de manière égoïste et de mettre en danger les membres vulnérables de la société. »

Cette ingérence du gouvernement est choquante, mais malheureusement bien trop courante.

Pourtant, étant donné la morbidité par tranche d’âge de la Covid-19, la déclaration de Joe Rogan semble avoir du sens. Ne serait-ce alors plutôt altruiste, et non égoïste, que de laisser la dose de vaccin a quelqu’un qui en a plus besoin ? Quoi qu’il en soit, une telle critique est grotesque provenant d’un gouvernement qui si souvent agit contrairement à l’intérêt de la société.

De plus, au vu de la manière avec laquelle les vaccins anti-Covid ont été lancés, un certain scepticisme de la part de Joe Rogan, et de la population en général, semble tout à fait normal. En effet, ces vaccins sont devenus accessibles si rapidement que les phases II et III de leur développement ont été conduites en parallèle et ne sont pas encore terminées.

Aux États-Unis, les vaccins anti-Covid ne sont pour le moment approuvés qu’en tant que mesures d’urgence par la FDA, alors que près de 260 millions d’Américains ont déjà été vaccinés.

Dans le cas d’AstraZeneca, la pression pour sortir un vaccin le plus rapidement possible a provoqué un couac dans le dosage lors des premières distributions. Dans beaucoup de pays européens ce vaccin n’a pas été recommandé aux jeunes à cause d’un risque perçu de thromboses. En Russie, un test anticorps du patient est recommandé avant la vaccination, visant à s’assurer de sa possible immunité, afin de ne pas gaspiller des doses et ne pas surcharger l’organisme en anticorps.

Dans ce contexte, il n’est certainement pas choquant de dire, comme Joe Rogan, que les jeunes adultes en pleine santé n’ont pas vraiment de raison de se faire vacciner.

Le cas de Joe Rogan démontre une liberté d’expression menacée par intimidation

En réalité, la vraie question n’est pas de savoir si Joe Rogan avait raison ou pas de dire ce qu’il a dit. La critique du gouvernement américain à l’égard d’un citoyen est perturbante indépendamment de la nature du propos tenu. Qu’en est-il de la liberté d’expression quand le sommet de l’État critique le discours d’un individu ?

La protection de la liberté d’expression et de la presse aux États-Unis est parmi la plus forte qui existe. Le premier amendement de la Constitution offre en théorie une protection extrêmement robuste aux citoyens avec ses mots : « Le Congrès ne fera aucune loi abrégeant la liberté d’expression, ou de la presse. ».

Mais cela implique qu’il n’est pas anticonstitutionnel pour les autorités d’opiner publiquement sur le discours des citoyens, tels que Joe Rogan. Comme l’a rapporté l’avocat et le journaliste indépendant Glenn Greenwald, ceci représente en pratique une restriction de la liberté d’expression par le gouvernement. Il cite un commissionnaire de la Federal Communications Commission qui constate que :

Les politiciens ont réalisé qu’ils peuvent, par l’intimidation publique, faire taire le discours de ceux qui ont des points de vue politiques différents.

Les autorités voient d’un mauvais œil les déviations de la version officielle des sujets politiquement sensibles. Cette situation délétère existe depuis bien avant la pandémie. Aujourd’hui, il s’agit de la politique vaccinale, mais hier, de la guerre contre le terrorisme, de l’affaire du Russiagate, ou de la corruption de Joe Biden.

Greenwald explique :

Lorsqu’il s’agit de contenus politiquement sensibles, des demandes de censure explicites sont parfois inutiles. Là où règne un climat de censure, les entreprises anticipent ce que les dirigeants veulent qu’elles fassent en s’autocensurant par anticipation pour éviter les représailles officielles. Le discours est alors contrôlé sans que des ordres de censure directs ne soient nécessaires.

Concrètement, cela signifie que chaque fois qu’un Joe Rogan est publiquement critiqué par les autorités, d’innombrables autres contenus ne voient jamais le jour. Ce processus d’autocensure des médias sans coercition ouverte de la part du pouvoir politique, font bien sûr partie du système de propagande qu’Herman et Chomsky ont nommé la fabrication du consentement.

Pour les journalistes téméraires qui néanmoins prennent le risque de publiquement défier le consensus officiel, les postes prestigieux et lucratifs dans les médias mainstream ne sont plus accessibles. Comme le montre Greenwald, le risque de diffamation qu’ils encourent est réel, car ils sont aussi systématiquement victimes de pratiques peu scrupuleuses, comme des accusations de complotisme ou d’incitation au terrorisme.

Ces accusations généralement sans aucun fondement peuvent détruire des carrières dans l’environnement toxique du politiquement correct qui existe aux États-Unis.

Malheureusement, cela ne s’arrête pas là. Les autorités vont beaucoup plus loin que ces méthodes mafieuses d’intimidation. Les principaux réseaux sociaux américains sont aussi devenus de bons petits soldats, qui filtrent et censurent des personnes ou des publications à la demande des différentes institutions de l’État, de la même manière que les médias traditionnels le font depuis des lustres.

Dans le cas de la politique vaccinale, par exemple, Facebook et Youtube, censurent aujourd’hui systématiquement commentaires et vidéos qui ne correspondent pas à la version officielle des gouvernements et de l’OMS. Le fait que ces institutions ont souvent changé d’opinion concernant la politique sanitaire à mener, ne semble pas poser un problème.

Ce n’est pas si différent en France

Il ne faut pas croire que cette situation est unique aux USA.

D’abord il existe davantage d’exceptions à la liberté d’expression en France et en Europe qu’aux États-Unis. Ensuite, les mêmes réseaux sociaux américains sont utilisés aussi en Europe. Puis, il faudrait être aveugle pour ne pas noter que la description que Greenwald fait des politiciens et des médias est aussi valable en France, au moins dans une certaine mesure, comme le documentaire Les Nouveaux Chiens de Garde l’a amplement confirmé il y a déjà une décennie.

En tant qu’exemples du même type de comportement de l’exécutif en France, il est possible de mentionner l’incroyable acharnement de Manuel Valls, alors Premier ministre, envers Dieudonné, ainsi que les accusations d’Emmanuel Macron envers les médias russes, qui souvent présentent une image de la France plutôt différente de celle des médias nationaux.

Dans le cadre de la pandémie, les principaux médias français ont scandaleusement fait peu d’efforts pour critiquer la décision de ne pas donner une Autorisation temporaire d’utilisation à l’Hydroxychloroquine, à titre préventif contre le Covid-19.

Une Constitution n’est pas une protection suffisante

Cet épisode avec Joe Rogan devrait rappeler à tous que la lutte pour les libertés individuelles, y compris la liberté d’expression et la liberté d’accès à l’information, est une lutte permanente. Aucun document, que ce soit la Constitution américaine ou la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ne peut donner une garantie absolue contre les violations de ces libertés par l’État, comme le montrent tant d’exemples historiques.

Les dérives autoritaires de gouvernements démocratiques n’a rien de nouveau. En effet, ils ont un intérêt naturel à essayer d’influencer, pour ne pas dire façonner, l’opinion publique.

L’histoire récente montre qu’en collaboration avec les médias dominants, qu’ils soient traditionnels ou nouveaux, ces gouvernements sont prêts à faire pratiquement n’importe quoi pour empêcher l’électorat de comprendre toutes les conséquences de leurs actions. La notoriété de Joe Rogan aura au moins contribué à exposer encore un peu plus cette vérité.

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  • La liberté de parole est de plus en plus battue en brèche, jusqu’au silence ?

  • Le problème n’est pas dans l’émetteur du discours mais dans le récepteur formaté depuis des décennies pour ne pas voir ce qui peut déplaire là- haut.
    La nocivité du consensus.

  • raison de plus pour ne pas écouter les médias subventionnés par l’état , et les politiciens dans leur ensemble….surtout ceux qui parlent beaucoup…..

  • « chaque fois qu’un Joe Rogan est publiquement critiqué par les autorités, d’innombrables autres contenus ne voient jamais le jour »
    Je pense qu’au contraire cela renforce la visibilité de ce genre de contenu.
    « les médias mainstream ne sont plus accessibles »: Le point, c’est que les médias mainstream, c’est fini, c’est sans avenir, encore plus pour les jeunes de 21 ans.
    Les gouvernants et autorités auront beau parler, le contrôle des médias des jeunes leur échappent. Mais Facebook et compagnie sont maintenant mises sous surveillance, c’est ça le problème.
    Que les autorités essayent de rendre politiquement correct CNN, BBC, LCI, etc j’en ai rien à faire, ces sources sont déjà marquées comme partiales. Internet est vraiment une épine dans le pied des gouvernements…

    • FB, YT, Twitter, Tiktok etc. ne se font pas prier pour censurer à tour de bras et favoriser la bonne parole gluante.
      La dynamique est plus complexe qu’une intimidation « verticale » du pouvoir politique. Il y a une interconnexion, une connivence remarquable. Bien malin qui peut voir qui tire les ficelles de qui.
      Idéalement il faudrait donc aussi que les mainstreams d’Internet se trouvent marginalisés.
      Mais vu les déboires de Parler, Gab et al., c’est un combat très difficile, car la logistique (serveurs…) et les systèmes de paiement sont trop heureux de jouer les pères la censure.

      • Je suis d’accord que c’est plus complexe que seule l’intimidation « verticale », mais ce phénomene est prédominant je crois. Il ne faut jamais oublier qui a la fin tient les rennes (lois, polices, prisons). Regardez avec quelle humilité Zuckerberg, Dorsey et les autres tetes des GAFAM repondent souvent aux questions des senateurs.

        • Pas faux. Cependant on a vu sous Trump, que les pouvoirs administratifs et médiatiques se liguaient contre un président élu. Ou dans un exemple plus proche, que la concentration du pouvoir médiatique aux mains d’une poignée d’individus leur donne les moyens de fabriquer ou démolir des candidats à une élection majeure. « Tout se passe comme si » l’administration, les politiques et une grande partie de la sphère économique (dopée à la monnaie gratuite) étaient copains comme cochon et acceptaient de moins en moins de contre-pouvoirs.

          Bref. Un libéral préférerait agir si possible, sur la surface et les prérogatives de l’état pour éviter que celui-ci soit mis au service d’une minorité agissante, mais je crains que le pourrissement soit très profond.

          • @ Pangzi
            j’ajouterai « copains comme cochon à l’intérieur de bandes rivales ». Ils se comportent comme les seigneurs-brigands des temps obscurs qui se battaient entre eux pour se partager les territoires en accablant les populations. Il y a longtemps que la France est mise en coupe réglée par cette forme d’économie mafieuse. Le pourrissement est profond mais comme il peut aussi servir de fertilisant, il n’est pas nécessairement définitif.

            • J’aime beaucoup cette comparaison. Où est Louis VI le Batailleur quand on a besoin de lui?

              • Merci de rappeler la mémoire d’un roi digne de ce nom. L’histoire a retenu qu’il avait répondu à l’appel de ses sujets pour défendre la paix et le bon droit contre les seigneurs pillards qui ruinaient leurs efforts.

                Aujourd’hui, l’État en rajoute dans la prédation au lieu de nous en protéger et les gouvernants se dispensent d’exercer les fonctions régaliennes qui fondent leur légitimité. Ces manquements réveillent en nous l’appel au roi pour rétablir la paix dans un état de droit. Or mille ans après Louis VI le Batailleur, ce roi que nous appelons de nos voeux comme ultime recours ne peut qu’être en nous, bien intégré, et c’est là qu’il nous revient de l’appeler pour rétablir les conditions de notre liberté.

    • Je suis d’accord qu’il y a aussi un facteur « Barbara Streisand », mais néanmoins, l’effet de « calmer les ambitions des autres » dont parle Greenwald est clairement tres fort.

    • @titi [« chaque fois qu’un Joe Rogan est publiquement critiqué par les autorités, d’innombrables autres contenus ne voient jamais le jour »
      Je pense qu’au contraire cela renforce la visibilité de ce genre de contenu. ]
      Je pense que les 2 affirmations sont vraies.
      Lorsque suffisamment de Joe Rogan s’expriment, alors oui, le discours devient audible aux simples citoyens.
      Mais tant qu’il n’y a qu’une poignée de Joe Rogan, remballés par l’état et la bien-pensance, alors en effet d’autres personnes ayant le même avis se tairont.
      Nous en avons l’exemple avec l’affaire des masques en extérieur : ça fait bien 1 an maintenant que Raoult dit que cela ne sert à rien : inaudible. Puis d’autres petit à petit ont dit la même chose et de plus en plus de monde. etc. Les Joe Rogan se sont multipliés, les résultats d’études ont été accessibles, et là seulement c’est devenu audible, suffisamment pour que des citoyens lambda se sentent enfin de répandre eux-aussi la bonne parole sans être traités de complotistes, alors même qu’ils connaissaient cette bonne parole depuis l’année dernière.

  • Joe Rogan, un excellent commentateur sportif. Tous les guignols français qui parlent de sport devraient s’en inspirer.

  • jacques lemiere
    18 mai 2021 at 13 h 04 min

    normalement…la réponse des « autorités » aurait dû être, bien sûr un individu jeune a peu de risque de souffrir du covid, la vaccination ne LUI est pas utile en ce sens, monsieur Rogan a donc raison sur ce point, mais la vaccination n’adresse pas que la gravité de la maladie ais l’epidémie, en ce sens, compte tenu de ce que nous pensons savoir de l’epidémie, nous demandons aux jeunes gens de faire un geste civique et de se faire vacciner en dépit du faible interet individuel sinon du faible risque encouru…

    mais nous vivons une époque assez bizarre…

    il n’y a plus de dialogue possible..

    • L’immunité collective est un rêve inaccessible sans vaccination obligatoire

      • L’immunité collective existe sans vaccination tout court

      • Et vous racontez n’importe quoi. Les chiffres du Diamond Princess le prouve. Pour ce virus, l’immunité collective est atteinte quand 25 à 30% d’une population donnée est infectée. Pas besoin de vaccin autrement que pour protéger les plus vulnérables.

        • jacques lemiere
          19 mai 2021 at 6 h 22 min

          en fait non… l’immunité collective naturelle est un concept qui demande qu’unvirus ne mute pas que l’épidémie dure un temps comparable à l’immuité acquise..

          dans un bateau…c’est simple..mais inappliquable à une pandémie..

          quand on essayer d’y réfléchir voir de penser un niveau d’immunité collective…on n’y arrive pas vraiment..
          Et c’est ce qu’on voit quoi..

          • jacques lemiere
            19 mai 2021 at 6 h 27 min

            pourquoi..ne pas admettre qu’on ne sait pas ce qui va se passer?

            le vrai débat reste sur d’une part la trouille de l’inconnu , il me semble que ce n’ets pas une bonne option..

            désormais le dabat s’est déplacé non pas sur les vaccins..qui étaient qualifiés de science fiction puis de non vaccin, puis inefficaces…

            alors on a des tas de gens qui « savent »…et qui pensent n que le coeur du débat est scientifique, il ne l’est pas..

      • L’immunité collective avec la vaccination obligatoire est malheureusement un cauchemar accessible…

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